Arachnae est, à la fois, la capitale d’une île éponyme et celle d’une principauté qui règne sur un archipel. Le véritable pouvoir était, cependant, détenu par trois Moires jusqu’au gouvernement de la princesse Olivia. Celle-ci les a écartées et ravalées au rang de simples conseillères. La princesse a même été plus loin, puisqu’en mourant, assassinée, elle a installé son frère Alessio sur le trône. C’est une situation d’exception car jusqu’alors seules des femmes dirigeaient le pays. Depuis, les Moires complotent pour retrouver leur rang et utilisent Julia, l’épouse du prince... C’est une Moire, en personne, qui est venue, de nuit, chercher Théodora, la petite orpheline, pour l’emmener à l’Université de Vespera, car : La Lune au triple visage a posé son regard sur elle et décidé de son destin. Sous la houlette de la magister Fausta, la fillette est devenue une jeune femme et une bretteuse expérimentée. Mais celle-ci s’échappe fréquemment de sa chambre et fréquente les bas-fonds de la cité, s’étourdissant dans le jeu et l’alcool pour oublier son destin. Depuis quelque temps, dans les ruelles les plus sordides d’Arachnae, on retrouve des cadavres d’enfants suppliciés. Le spectacle est si atroce que Tigram Gracci, capitaine dans la garde, en vomit. Parce que son destin de bretteuse et de tueuse la rejoint, Théodora commence, avec le capitaine, une hallucinante enquête pour découvrir les auteurs de ces odieuses bacchanales. Dans Inferno, ce quartier du Labyrinthe : ...au cœur de ce misérable entrelacs où la mort constituait une échappatoire honorable à l’indigence., le danger est permanent, la mort omniprésente. Les valeurs humanistes n’ont pas cours dans cette lutte sans merci pour survivre ...éperdument.
Quel que soit le décor de son histoire, dans les palais ou dans les bas-fonds, Charlotte Bousquet donne la première place à la souffrance, à la douleur physiques ou morale, au crime et à la mort. Elle organise son récit avec trois intrigues qui se mêlent, s’amalgament et autour de la destinée de chacun, des choix et des possibles chemins que peut prendre une existence. Pour ce faire, elle construit une galerie de superbes personnages porteurs de failles, de cassures, à la recherche d’une vérité ou d’un sens à donner à leur vie. L’auteur introduit une dimension démonologique et magique avec l’émergence d’une secte et le sens divinatoire des Moires et de certains des personnages. Elle fait de la ville une entité à part entière qu’elle dote d’une anatomie insistant, en particulier, sur les fonctions d’évacuation des déchets. Elle entremêle ainsi de façon adroite l’esprit des contes, tel celui de Blanche-neige, et les tristes exploits de figures devenues mythiques comme celles de Gilles de Rais ou du marquis de Sade. Cependant, au sein de cette noirceur, renforcée par un climat épouvantable, un vent glacial, une pluie constante, elle offre quelques pages de pur romantisme, à la limite de la mièvrerie.
Arachnaé est-elle la transposition, dans une période Renaissance, de la réalité de la société humaine où le moindre progrès social est inexistant, où tout est violence, outrage, et irrespect de l’autre ? L’on sait il est vrai que l’on reste dans une pure fiction quand Alessio, le prince, déclare : Je ne demeure pas prince par volonté de puissance, mais parce que c’est mon devoir. Renoncer serait trahir... rompre mes engagements vis-à-vis du peuple. Cela ferait de moi le pire des criminels... Avec Arachnae, Charlotte Bousquet livre un récit sans fard, ni fioritures, aborde des sujets peu communs en fantasy comme les fêtes de Lesbos ou la pédophilie. Sous couvert d’aventures, de magie et d’autres thèmes de la littérature d’évasion, l’auteure signe un livre fort qui bouscule. Même si l’assise essentielle de l’histoire, avec en toile de fond l’araignée et sa toile, demeure : « Est-on libre du cours de sa vie ? Ne suivons-nous pas des chemins déjà tracés, des routes déjà définies et, quoi que l’on fasse, ne vivons-nous pas un destin déjà écrit, englué dans une toile ? »
Il y a 4057 signes dans cet article. |
| Charlotte Bousquet, Arachnae, Mnémos, avril 2009, 312 p. - 22,00 €. |
©2004-2010 LELITTERAIRE.COM.
Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (texte, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par lelitteraire.com. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, transmise, rediffusée, traduite, vendue, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de La Rédaction. |
|
Envoyer l'article à un ami
Imprimer cet article
Version PDF
|