Dans ce roman, l’érotisme occupe une place assez restreinte, la plupart du texte étant réservée à une sorte de confession sentimentale : le narrateur, Tom, qui perd tôt ses parents richissimes, se sent seul et mal aimé quoiqu’il plaise à tout le monde ou presque. Une condisciple du lycée, dont il est amoureux, le rejette, tandis que ses aventures avec des femmes mûres ne lui procurent que du plaisir physique. Assoiffé d’amitié, il se laisse séduire par un étudiant en médecine, et se retrouve engagé dans une liaison à peine moins frustrante que son premier amour non-partagé...
Nous sommes censés compatir à son sort, ce qui s’avère difficile. Certes, tel que l’auteur l’a mis en scène, ce protagoniste est plutôt attendrissant par son côté gentil garçon avide d’amour, mais il souffre de deux gros handicaps, n’arrivant jamais à paraître assez crédible et s’exprimant avec une maladresse qui nourrit le recul critique face à son texte.
Le souci courant des éditeurs actuels de s’épargner les frais de correction frappe ici le lecteur de manière malvenue : l’auteur a de gros problèmes de grammaire et de conjugaison (arrivant à confondre la première et la troisième personne du singulier à maintes reprises dans une seule phrase) ; en outre, il utilise parfois des termes dont il ignore manifestement le sens, ce qui donne des formules comme « [il] me trépignait », quand il s’agit de deux personnes couchées l’une sur l’autre.
Si l’on comprend ce qu’il veut dire, c’est souvent non pas grâce à... mais malgré ce qu’il en a écrit. Par ailleurs, les scènes homosexuelles d’Éric Jourdan sont réussies, assez plaisantes pour qu’on regrette qu’il n’en ait pas fait davantage au lieu de s’étendre sur les souffrances de son jeune Werther des beaux quartiers. Hélas, il y en a trop peu, et le chapitre le plus érotique vient après une centaine de pages qui nous ont largement donné de quoi mesurer la faiblesse du romancier en matière de psychologie et de narration.
Non seulement son Tom, mais aussi aucun autre des personnages presque tous pourvus de prénoms ou de petits noms anglophones - sans doute pour faire chic -, qui passent leur temps à Deauville ou à Hawaii, ne parvient à produire un effet de vraisemblance suffisant ; leurs conversations sont artificielles même dans les passages indécents ; l’action qui les concerne manque d’intérêt et suit une ligne maladroitement prévisible, si bien que sans l’idée du devoir critique, on n’aurait pas pu tenir assez longtemps pour arriver au clou de l’histoire (l’orgie).
S’ajoutant aux problèmes de français, ces défauts font qu’on se demande, sachant que Jourdan n’en est pas à son premier ouvrage, par quel miracle des moins réjouissants il a pu en publier « de nombreux » chez divers éditeurs (cf. la quatrième de couverture). Ou bien a-t-il bâclé ce livre précis, le tenant pour une commande purement alimentaire ? On restera dans l’ignorance faute de courage pour en lire d’autres.
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