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Voici un roman auréolé de mystère. Construit tout en jeu de miroir(s). Un roman baroque dans lequel Marta Morazzoni intente un parallèle ambitieux. Evoquer l’élaboration de la tapisserie de Bayeux (en plein Moyen-âge) et le voyage initiatique du critique d’art John Ruskin. Un périple tout esthétique qui le mena à Amiens, en 1879. Pari audacieux qui repose, en définitive, sur une phrase. Un énoncé à double entrées, un prétexte à s’ouvrir toutes les portes du récit. "On peut imaginer des choses fausses, et composer des choses fausses ; mais seule la vérité peut être inventée" C’est donc autour de cette phrase, attribuée à John Ruskin, que Marta Morazzoni a construit son roman ... Deux histoires se déroulent sous nos yeux. Celle de la tapisserie de Bayeux, ce chef-d’œuvre d’une longueur de 70 mètres, tissé de 1066 à 1077. Une pièce unique qui raconte - comme une BD - la bataille de Hastings. Et en contrepoint, l’histoire d’un des derniers voyages du critique Ruskin à Amiens. Une manière de pouvoir s’amuser de la forme. Les chapitres impairs rapportent l’histoire dynamique, celle de la réalisation collective de ces 300 brodeuses dirigées par une reine. Les chapitres pairs narre la statique, ce voyage d’étude accompli par un fin connaisseur du Moyen-âge. Un artiste éclectique et inquiétant ...
Pour réussir son pari et emporter le lecteur loin de son quotidien, Marta Morazzoni a choisi la thèse de la tradition orale. Ainsi, la tapisserie aurait été réalisée par tout un atelier de brodeuses. La reine, malgré son œil averti, ne serait pas parvenue à distinguer son travail de celui des 300 autres femmes. Mais parmi celles-ci, Anna Elisabetta se remarque. Cette ouvrière talentueuse, souvent assise à la droite de la reine, a tout laissé pour accomplir sa tâche. Sa petite fille et son mari ... Cette abnégation unira les deux femmes qui relèveront de pair le défi de parvenir à représenter les vagues. La jeune femme qui ne connait que la Somme immobile et limoneuse s’en ira voir la mer. Elle pourra alors en saisir la vie et le mouvement. Une vérité qu’elle parviendra à restituer à la perfection. D’un autre côté, "tel un Adam né d’une côte d’Eve", la trame paire du roman nous fait assister aux visites de Ruskin à la cathédrale d’Amiens. Flanqué de son serviteur George qui n’en rate pas une miette. Un voyage dans l’espace qui est un voyage dans le temps. Car Ruskin retrouve dans sa mémoire - jadis défaillante et guettée par la maladie - des moments de son enfance. D’autres voyages dans d’autres villes aussi ... Un fil rouge qui se dessine dans une trame de souvenirs évoqués par le lieu visité ...
Marta Morazzoni - dont on connaît la passion pour l’art et l’histoire - souligne ici une œuvre forte qui évoque les mythes féminins de Pénélope. Ou d’Arachné. Voici donc un roman à dévorer comme une métaphore de l’écriture romanesque. Il ouvre aussi une multitude de perspectives. Servi par une écriture sobre et pudique, l’histoire inquiète et envoûte. Un moment fort ...
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| Marta Morazzoni, L’Invention de la vérité, traduit de l’italien par Marguerite Pozzoli, coll. "Lettres italiennes", Actes Sud, mai 2009, 87 p. - 18,00 € |
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