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À lire cette correspondance, qui remonte pour l’essentiel aux années 1960, on se retrouve plongé dans une époque encore proche mais si différente de la nôtre qu’elle apparaît un univers quasi légendaire, dont on a du mal à croire qu’il ait vraiment existé : dans cette sorte de paradis perdu, il y avait encore des gens capables d’échanger des lettres libertines prolongeant la tradition du XVIIIe siècle, entre deux festivals de cinéma (Cannes ou Venise) où ils croisaient les maîtres d’un Age d’or, tout en cherchant à monter des projets qui donneraient quelques films cultes...
Chacun à sa façon, Kaplan et Mandiargues nous séduisent par le mélange d’esprit de fins lettrés, de sensualité piquante et d’aperçus souvent surprenants sur la période en question, nourrissant de lettre en lettre notre regret de ne pouvoir fréquenter qu’à distance l’espace-temps de leurs échanges.

Dès le début d’une liaison vouée à se muer en amitié solide, ils rivalisent en virtuosité verbale, d’une manière faisant penser que chacun des deux prévoyait le moment où leurs lettres seraient publiées : les renvois de formules plaisantes, le langage d’allusions qui s’y tisse, semblent relever d’une joute oratoire conçue pour être admirée par les tiers. Il y a là une forme de narcissisme des plus appréciables, celui qui pousse à donner le meilleur de soi pour apparaître digne de l’estime qu’on se porte.
Mandiargues, un auteur dont la plupart des romans ont très mal vieilli - seul La Marge reste assez agréable pour un lecteur d’aujourd’hui - se révèle un épistolaire vraiment brillant, aussi bien quand il évoque ses désirs que lorsqu’il esquisse par petits traits une série de situations cocasses ou exaspérantes choisies parmi les faits de son quotidien. Certaines donnent lieu à des rebondissements hilarants, comme l’histoire de la lettre anonyme « d’un fou méchant et pieux », ennemi des libertins mais fervent défenseur des « Sodomites », qui s’avère être... François Mauriac, prompt à s’excuser de ce sien méfait dès qu’il craint que tout le monde ne l’apprenne.
Du côté de Kaplan, les images viennent souvent se mêler à l’écrit, sous forme de cartes postales ou de photos qui engendrent des commentaires insolites, d’un humour délectable. Et lorsqu’elle fait allusion à l’actualité, cela donne des formules comme « les lendemains qui châtrent » - de quoi vous faire un petit stock de citations percutantes, pouvant servir à nombre d’occasions.

L’ensemble de cette correspondance est d’une cohérence parfaite, tel un duo chanté par des voix faites pour se mettre en valeur réciproquement. On regrette seulement que le volume soit si mince, et que les annotations de Nelly Kaplan ne soient pas plus disertes. Mais peut-être publiera-t-elle quelque autre recueil d’échanges épistolaires, tiré de ses archives dont on suppose qu’elles cèlent encore beaucoup de trésors inédits ?



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Agathe de Lastyns, le 25 juin 2009 - article3645.html
Nelly Kaplan, André Pieyre de Mandiargues, Écris-moi tes hauts faits et tes crimes..., correspondance, Tallandier, 2009, 90 p. - 15,00 euros ISBN 978-2-84734-601-5
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