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Contrairement à ce que laisse croire la couverture, ce livre contient des textes de deux auteurs, s’ouvrant sur un roman et des lettres dus à la présidente Ferrand, qui occupent plus d’un tiers du volume. On regrette le choix éditorial revenant à occulter ainsi un personnage certes moins important du point de vue historique que le baron de Breteuil, mais dont l’écriture et le destin sont propres à captiver le lecteur.
Anne Bellinzani, épouse Ferrand, était le genre de grande amoureuse comparable à la fameuse Religieuse portugaise, à cette différence près qu’elle n’avait rien de fictionnel, et que son histoire dépasse en romanesque celle de l’héroïne de Guilleragues. Éprise du baron de Breteuil depuis son adolescence, elle se mue en femme d’esprit dans l’espoir de lui plaire, et ne cesse de chercher à se faire aimer de lui même une fois mariée (de force, par les soins de son père).

Son Histoire des amours de Cléante et Bélise offre, sous des dehors de narration respectant les conventions littéraires à la mode de l’époque, le récit saisissant de sa passion, contrariée d’abord parce que le baron aimait une autre femme, ensuite parce que la présidente devait compter avec la surveillance dont elle faisait l’objet.
Nous laisserons au lecteur le plaisir de découvrir les stratagèmes par lesquels cet amour éperdu a pu triompher au moins provisoirement - le temps de donner à Mme Ferrand assez de matière pour écrire un roman remarquable et une série de lettres aussi ardentes que virtuoses. Quant aux Mémoires du baron de Breteuil, ils forment une sorte de contrepoids surprenant aux textes de son amoureuse, étant impersonnels au possible, essentiellement voués à la gloire du Roi et à l’instruction des hommes de cour susceptibles d’accomplir des fonctions comme celles où il brilla : il fut notamment l’introducteur des ambassadeurs auprès de Louis XIV.

Ses textes sont passionnants dans la mesure où ils donnent des renseignements de première main non seulement sur des événements tels que l’arrivée de l’ambassadeur de Perse à Paris, le mariage du duc de Mantoue ou l’avènement du duc d’Anjou au trône d’Espagne, mais aussi sur les derniers jours du Roi Soleil, et sur une série de faits qui permettent de se faire une idée vivante de la façon de vivre à la cour de France, comme de la manière dont la politique de l’époque fonctionnait.
À défaut d’aperçus vraiment personnels, on se délecte à relever les remarques qui témoignent de la tournure d’esprit de Breteuil, tel ce commentaire au sujet du Persan qui reçoit allongé, les jambes repliées : Je ne doute pas que la première fois que les Persans voient un Européen assis sur une chaise, ils ne trouvent la posture aussi ridicule que celle de l’ambassadeur me le sembla dans cette première apparition

En somme, l’ouvrage est apte à satisfaire les amateurs d’Histoire aussi bien qu’un lectorat plus intéressé par la qualité d’écriture, l’anecdotique et le sentimental. L’introduction et les commentaires (bien fournis) d’Évelyne Lever ajoutent à son intérêt historique tout en le rendant facile d’accès.
Souhaitons, pour une réédition à venir, que le nom de la présidente Ferrand figure sur la couverture : ce serait là non seulement rendre à sa plume un hommage amplement mérité, mais aussi rétablir la justice poétique qui exige qu’un couple hautement romanesque soit indissolublement uni, sinon en réalité du moins en littérature ...et pour la postérité.



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Agathe de Lastyns, le 22 juin 2009 - article3644.html
Baron de Breteuil, Lettres d’amour, mémoires de cour (1680-1715), Tallandier, 2009, 383 p. - 21,00 €. ISBN 978-2-84734-582-7
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