Sur une fraternité absente
Le vingt-huitième numéro de La Pensée de midi intitulé "Les chants d’Orphée" nous invitent à nous (re)penser. À (re)positionner l’individu. À tenter de (re)construire la complicité qui devrait nous unir. Et non nous diviser. Car nous ne sommes pas condamnés à l’isolement. L’individualisme n’est pas une vertu. Mais un fléau ...
Oui, écoutons Julien Gracq qui nous admoneste. Point de monde, dit-il, sans une sorte de vouloir être-ensemble. Sans un point de fuite vers lequel convergeraient les lignes de sa perspective. La question d’un monde commun se pose donc. Un monde agréable à vivre. Un monde débarrassé de la guerre entre Israël et la Palestine. Un rêve non andalou mais bien méditerranéen. Un monde plus large et plus humain ...
Utopie ? Certes. Mais la probabilité demeure. La fraternité humaine doit renaître. Et pour cela quoi de mieux que la musique et la poésie ? Cette fraternité mise en mots. Elle donne un sens. Elle inspire un élan possible pour demain.
En un peu plus de deux cents pages vous plongerez dans une mosaïque de textes et de sons. Il y aura de grands écarts dans le temps. Des fissures dans l’espace et dans les univers musicaux. Parfois savant ou populaire, mais aussi sacré ou profane, quelquefois traditionnel ou classique ... la hiérarchie vole en éclats. Cette anthologie est marquée par le vent de la liberté. On ira donc sans état d’âme d’Homère à Sapho. D’un récit baroque à un fado. D’une cantillation ecclésiale à un chant sacré alévi. D’une joute poétique à une pièce contemporaine pour chœur a cappella. D’un chant palestinien à une chanson occitane. Du rap (hé oui !) à un texte slamé ... Jusqu’à la voix nue de Christophe Tarkos.
Cette diversité confère un caractère précieux à ce curieux recueil. C’est aussi le témoignage d’une recherche inlassable à travers les âges et les cultures. Une quête sur les relations entre musique et poésie. Une fouille minutieuse de ce que peuvent être le son et le sens quand ils se disputent la primauté.
Un fantôme hante la langue : c’est la musique. Débute ainsi le dernier texte de Renaud Ego ... Qui n’est pas sans rappeler une lecture de Mallarmé. Celui qui a mené le plus loin la réflexion, à la fois philosophique et linguistique, sur la relation entre la poésie et la musique, entendant cette dernière dans le sens grec, au fond signifiant Idée, ou rythme entre les rapports.
La Pensée de midi offre ici quelques essences rares d’un bouquet fait de musique et de poésie, à écouter, d’abord, et à lire ensuite, dans le calme et l’ombre d’un bruissement de feuillage ... l’été ...
NB - Ce numéro comprend des textes de Nidaa Abou Mrad, Henri Agnel, Amina Alaoui, Béatrice Albert-Adwan, Jean-Marc Aymes, Philippe Brunet, Jan-Mari Carlotti, Claude Chantal, Lambert Colson, Renaud Ego, Suzie Félix, Angélique Ionatos, Félix Jousserand, Zad Moultaka, Ulas Özdemir, Agnès Pellerin, Catherine Peillon, Nicolas Puig, Paco de la Rosa, Giovanni Semeraro.
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