Hiroshima, (re)commencement d’une humanité possible ?
Si tous les 6 août il convient d’avoir une pensée, à huit heures et quinze minutes, pour ne pas oublier l’une des pires abominations de l’histoire de l’humanité, il y a aussi une autre manière de réparer l’irréparable : en affrontant la réalité et en y insufflant de l’espoir. Pour cela quelques outils culturels sont à votre portée, et l’un des principaux est à remettre au goût du jour à l’occasion du cinquantième anniversaire du tournage historique d’un film qui allait marquer le monde, Hiroshima mon amour ...
L’occasion nous est donc donnée de vous inciter à voir et revoir ce chef-d’œuvre du cinéma mondial, mais aussi de présenter pour la première fois ces photos qui l’éclairent d’une gaieté insoupçonnée dans une ville en pleine résurrection, seulement treize ans après le drame du 6 août 1945...
Ce livre témoigne d’une sorte de miracle. Dans les jours qui ont précédé, à Hiroshima, le tournage de la partie japonaise du film d’Alain Resnais, l’actrice principale, Emmanuelle Riva, alla se perdre dans la ville en marchant au hasard des rues qu’elle découvrait par l’œil de son Semflex.
Hiroshima, son port, ses ruelles et surtout, oui surtout ses enfants qui jouaient et riaient, offrant leur bonhomie au cadre d’une photographe amateur qui rapporta des clichés extraordinaires, dignes des plus grands.
A ces documents s’en ajoutent d’autres, la retranscription intégrale des lettres d’Alain Resnais à Marguerite Duras (c’est elle qui signa le scénario) ; mais aussi le témoignage de la scripte, Sylvette Baudrot, sous la forme d’un journal de voyage qui, du menu d’Air France aux photos de plateau, replace l’événement dans son cadre d’origine ; un entretien avec Emmanuelle Riva et les témoignages que la découverte de ses photos ont suscités au Japon où elles furent présentés à la fin de l’année 2008.
L’histoire du cinéma - et l’histoire du monde, l’Histoire, donc - se trouvent transformées en 1959 par ce grand coup de tonnerre que fut la sortie d’Hiroshima mon amour. C’est un film moderne qui, tant par l’audace sexuelle implicite que l’obscur travail sur la mémoire qu’il véhicule, ouvre les portes d’une autre humanité possible.
D’abord pensé comme un énième documentaire par son producteur, le projet est abandonné par Resnais dans le but de le reprendre par le biais de la fiction. Mais une fiction qui dérange, qui oblige le spectateur à une réflexion (d’ailleurs le film sera exclu de la sélection officielle au Festival de Cannes pour ne pas froisser - déjà ! - les Américains auxquels on est prêt à faire toutes les concessions pour qu’ils honorent la Croisette de leur présence. Un film choc, donc, que Resnais revendiquera jusque dans ses demandes à Marguerite Duras, témoin une carte postale envoyée au sujet d’un dialogue : J’ai l’impression que la réplique sur Hiroshima fait encore trop « bons sentiments » et ne comporte pas assez de « Au fond on s’en foutait un peu. Et puis c’étaient des Jaunes. »
Mais Hiroshima est aussi un véritable laboratoire, un film complet qui utilise toutes les techniques de montages possibles, les travellings ou les plans courts, un maelström qui n’est pas un fourre-tout (images d’archive, reconstitution, musique lancinante) mais une pièce unique de ce que peut être un film non académique poussé au bout de la logique créative qui affirme une certaine diversité des esthétiques.
Un très bel album, émouvant et historique, à rapprocher d’un autre livre tout aussi incontournable, celui de Tamiki Hara, Hiroshima, fleurs d’été (Babel/Actes Sud, août 2007), des récits d’une grande beauté poétique et d’une incroyable sobriété qui narrent l’avant, le pendant et l’après de cette abomination...
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