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Théâtre
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Lire ici le compte rendu de la soirée de présentation et les grandes orientations du projet du nouveau directeur Stéphane Braunschweig.

C’en est donc fini des choses qui se font comme ça et de cette apparente nonchalance avec laquelle Alain Françon exposait ses choix lors des présentations de saison - j’écris "apparente" parce qu’un regard à peine attentif suffit à comprendre qu’il y a toujours eu une solide cohérence d’ensemble et qu’une intention sous-jacente présidait bien à la construction des programmes. Stéphane Braunschweig, soucieux de cohésion comme on l’a vu, a choisi comme axe de réflexion pour sa première saison "Rêves d’héroïsme et de radicalité".
Héroïsme et radicalité sont des figures extrêmes de l’action humaine, deux façons de repousser les limites d’une condition subie, écrit Anne-Françoise Benhamou dans l’un des textes introductifs de la brochure. Ce sont "officiellement" six pièces, sur les douze programmées, qui sont attachées à ces deux champs d’interrogation mais l’on verra, au fur et à mesure que les metteurs en scène interviendront, que par un biais ou un autre chacun des spectacles a finalement à voir avec tel ou tel aspect de l’héroïsme ou de la radicalité. Outre cela, on constate que l’affiche est très allemande : l’artiste étranger invité est Michael Thalheimer, et cinq des pièces du programme ont été écrites par des auteurs allemands. Aux dires de Stéphane Braunschweig, cette "germano-coloration" n’a rien de délibéré et relève juste d’une somme de coïncidences.
D’un point de vue plus général, la continuité annoncée est bien à l’ordre de cette saison : avec deux pièces d’Ibsen mises en vedette et, parmi les metteurs en scène invités, Sophie Loucachevsky, Bernard Sobel ou Stanislas Nordey, l’habitué de la Colline ne sera pas dépaysé.


Du 16 septembre au 9 octobre 2009, Petit Théâtre.
Notre terreur, création collective D’Ores et Déjà - Mise en scène : Sylvain Creuzevault.
Du 14 au 31 octobre 2009, Petit Théâtre
Le Père Tralalère, création collective D’Ores et Déjà - Mise en scène : Sylvain Creuzevault.
À l’initiale de la saison - en signe d’ouverture, saluant la nouveauté et l’inventivité comme on salue le soleil au lever - et pour marquer d’emblée l’intérêt porté aux écritures scéniques contemporaines dans ce qu’elles peuvent avoir de plus singulier - et par là de plus radical - l’on verra deux créations collectives dont la particularité est de ne reposer sur aucun texte préexistant ; le spectacle se construit au fil des répétitions à partir d’un canevas sur lequel les comédiens improvisent. Rien de ces improvisations n’est fixé ; le spectacle est réimprovisé à chaque représentation et sera donc toujours différent. Le Père Tralalère est né d’improvisations lancées autour d’un texte intitulé La fuite des origines ; très vite, du jeu personnel des comédiens a émergé une situation classique : le repas de famille. Ici se raconte, en quatre grands mouvements, la relation d’un père avec sa fille, au moment où celle-ci va se marier tandis que lui apprend qu’il est atteint d’une très grave maladie. Notre terreur, élaboré sur le même principe, est issu d’une violente crise qui a agité le collectif et qui a conduit ses membres à prendre conscience du caractère paradoxal de deux des principes qui fondent la société française depuis la Révolution : la liberté et l’égalité. Pour mieux comprendre ce paradoxe, le meilleur moyen leur a semblé être de l’interroger à travers un "retour aux sources", à savoir la période révolutionnaire et plus particulièrement la période que l’on appelle La Terreur.
Parallèlement à ces expérimentations dramatiques, le groupe D’Ores et Déjà, fondé en 2002, travaille de manière classique à la mise en scène de grandes œuvres - par exemple Baal, de Brecht.

Du 14 novembre au 20 décembre 2009 puis du 9 au 16 janvier 2010, Grand Théâtre.
Une maison de poupée et Rosmersholm, de Henrik Ibsen* (les deux pièces seront présentées en intégrale les samedis et dimanches, en alternance du mardi au vendredi). Mise en scène et scénographie : Stéphane Braunschweig.
Après avoir longtemps hésité quant au spectacle qu’il allait présenter pour sa première saison, Stéphane Braunschweig a finalement décidé de monter deux pièces d’Ibsen. Parce qu’Ibsen est un auteur très important, et d’une grande pertinence aujourd’hui, dont tout le théâtre, finalement, traite des cadres qui enferment les êtres, qu’ils soient sociaux, familiaux ou plus intimes. Mais aussi par désir de lier ses débuts en tant que directeur à son passé à la Colline - en 2004-2005 il avait monté Brand, pièce qui, dit-il, correspond tout à fait à la problématique de la radicalité puisque c’est l’histoire d’un personnage extrémiste, radical, qui cherche faire éclater les cadres de la société norvégienne de son époque. Il a choisi ces deux pièces parce qu’à ses yeux elles se répondent si bien qu’il lui était difficile de préférer l’une à l’autre.
Rosmersholm est une pièce austère, proche par son atmosphère des Revenants et qui tient tout entière dans un manoir, la "maison des Rosmer" - Rosmersholm. Le personnage principal, Rosmer, est un pasteur qui vient de renier sa foi et son éducation rigoriste sous l’impulsion d’une jeune femme, Rebecca. À l’inverse, la Maison de poupée est une demeure joyeuse, et Nora, la figure centrale de la pièce, tient dans son cadre. Jusqu’à ce qu’il explose. Ainsi présentées, en effet ces deux pièces fonctionnent en un diptyque parfait, que l’on sent bien devoir former la pierre angulaire de la problématique organisant la saison.
* Les deux textes sont à paraître aux éditions Actes Sud-Papiers dans une traduction d’Eloi Recoing.

Du 20 novembre au 19 décembre 2009, Petit Théâtre.
Merlin ou la terre dévastée de Tankred Dorst* (traduit de l’allemand par Hélène Mauler et René Zahnd). Création du collectif Les Possédés, dirigé par Rodolphe Dana.
L’œuvre dans son entier est une véritable épopée, partant d’une situation chaotique que les personnages vont tâcher d’organiser et de civiliser au fil du temps. Elle correspond, quand on la monte intégralement, à un spectacle d’environ six heures. Les Possédés, sous l’égide de Rodolphe Dana, ont adapté la pièce pour en proposer une version abrégée - dont ils ne savent pas encore quelle sera la durée puisqu’elle est en cours de répétition. Il a fallu plusieurs lectures à Rodolphe Dana pour s’approprier le texte et se passionner pour la manière dont est décrit, à travers le jeu théâtral, le processus d’émergence, de développement puis d’agonie d’une civilisation. Il a également été touché par le caractère profondément humain des héros, qui ont perdu, sous la plume de Tankred Dorst - écrivain allemand né en 1925 - une grande part de leur aura myhtique. Ce sont les résonances actuelles des thèmes présents dans la pièce qui ont guidé le travail des Possédés : le public n’assistera pas à une reconstitution historique en costumes de l’épopée arthurienne...
* Le texte est publié aux éditions de L’Arche.

Du 21 janvier au 20 février 2010, Petit Théâtre.
Manhattan Medea, de Dea Loher* (traduit de l’allemand par Olivier Balagna et Laurent Mulheisen). Mise en scène : Sophie Loucachevsky.
Dea Loher a, paraît-il, la particularité d’écrire ses pièces en fonction d’une ville précise, en écoutant certaines musiques... Son théâtre, ancré dans le social d’aujourd’hui, développe un univers très personnel relevé d’une nuance de fantastique. Elle reprend dans cette pièce la légende de Médée en la transposant à Manhattan et dans unmilieu qui n’est plus celui des reines et princes de l’Antiquité grecque : Jason et Médée sont deux émigrés clandestins - des "sans-papiers". Au long de la pièce Médée croisera d’étonnants personnages dont un Afro-Américain nommé Velasquez, portier et peintre à ses heures, Mr Sawyer - l’équivalent de Créon... La pièce est écrite pour cinq personnages et un enfant mais Sophie Loucachevsky a choisi de la monter avec trois acteurs...
* Le texte est publié aux éditions de L’Arche.



Il y a 17364 signes dans cet article.
Isabelle Roche, le 18 mai 2009 - article3602.html
Programme annoncé publiquement lors de la présentation de saison le lundi 11 mai 2009.
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