Paul Gersen vient de décrocher son diplôme de fin d’études et va aller à l’Université. En rentrant de son jogging, des élèves s’adressent à lui bien qu’il ne soit plus, depuis la veille, leur délégué auprès de l’administration. Pourquoi tant d’étudiants sont-ils convoqués chez le directeur ? Il promet de se renseigner, après s’être changé. Dans sa chambre, deux agents de la police politique de Stagyre l’attendent pour lui faire rencontrer un amiral. Celui-ci explique à Paul qu’il a des qualités qui intéressent la Confédération et qu’il est mobilisé. Il doit se préparer pour partir sans délai pour l’Académie Militaire.
Stagyre avait pris la tête de la révolte de la Confédération contre la Terre, quand l’oppression de celle-ci, insatiable de richesses, devint trop forte. Une guerre très meurtrière s’en suivit, car la planète-mère avait sous-estimé l’acharnement des peuples à conquérir leur liberté. Depuis une génération la paix est revenue. Le développement de la Confédération se poursuit, mais les gouvernants restent vigilants. Or, depuis quelque temps, des attentats, des accidents inexplicables mobilisent l’attention. L’armée décide l’activation du programme « Guerre spéciale ». C’est dans ce programme que les compétences de Paul seront utiles.
À l’académie, il se lie avec Ben, un colosse, qui rate tous ses examens et avec Meï, une adolescente farouche. Pour développer ses capacités, Paul doit suivre un entraînement entouré du plus grand secret. La menace est presque identifiée, à défaut de savoir s’en protéger. Pour Paul et ses amis, commence une vie pour laquelle ils n’étaient pas préparés du tout...
Xavier Mauméjean a, en quelques années et quelques livres remarquables, acquis une excellente notoriété (peut-on déjà parler de gloire ?) de romancier, mais un romancier exigeant, aux sujets d’un abord pas toujours facile. Aussi, son arrivée dans une collection pour Jeunes Adultes peut troubler. Certes, il dirige depuis quelques temps une collection dédiée à ce public. De plus, les adolescents, (nous l’avons été à une époque) sont à même de saisir les subtilités romanesques de l’auteur.
Sur un thème de space opera, l’auteur construit un récit au cadre classique : un groupe humain a conquis sa liberté. Celle-ci est menacée, mais un couple de personnages se révèle et devient capable de lutter contre le danger qui émerge. Le tout se déroule dans un cadre scolaire avec les groupes constitués qui s’opposent pour mieux exister.
L’auteur émet, au détour des paragraphes, quelques idées pédagogiques et philosophiques fort bien senties. Il évoque, par exemple, l’échec, à plusieurs reprises. Cependant, il ne le présente pas comme une faute, une erreur chargée de négatif, mais comme un moyen d’avancer, un point sur lequel s’appuyer pour repartir d’un bon pied. Il rappelle quelques idées intéressantes comme la dimension personnelle, la part affective qui peuvent orienter le travail de chercheurs ou, du moins, la voie pour laquelle ils s’engagent.
La qualité de l’écriture, la richesse du langage sont ici toujours très présentes pour notre plus grand bonheur de lecteur. Et puis, on se laisse emporter par l’action, on s’attache aux personnages, on s’identifie aux héros et l’on parcourt les pages avec intérêt pour connaître enfin où ce manipulateur veut nous emmener. Car Xavier Mauméjean réussit le tour de force, avec les éléments classiques décrits plus haut, d’écrire une histoire à la tonalité novatrice que l’on suit avec beaucoup de plaisir. Certes, des amateurs de SF bardés de références trouveront des rapprochements avec d’autres romans devenus des classiques. Mais l’auteur ne désamorce-t-il pas, lui-même, cette proximité en dédiant son livre à Robert A. Heinlein et Joe Haldeman, qui ont basé une partie de leur œuvre sur la guerre ? En revanche, il est difficile de ne pas penser, face à certains éléments de l’intrigue, à La Stratégie Ender de Card.
Toutefois, malgré les qualités indéniables du livre, on ressent tout de même un auteur parfois mal à l’aise, un auteur qui se retient, qui limite son propos, le confine dans un espace restreint. Alors, comme la fin ouverte peut laisser supposer une suite... n’a-t-on pas quelques surprises à attendre ?
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