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Poésie
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Toute la poésie publiée d’Henry Bauchau (+ 14 poèmes inédits)

C’est l’édition complète, revue et corrigée de son œuvre ; toute aussi définitive que possible, désormais réunie en un seul volume.

Henry Bauchau est entré en poésie de manière magistrale : en 1958 il publie chez Gallimard son premier recueil, Géologie, et obtient le Prix Max Jacob... Car si c’est un premier recueil ce n’est pas un premier livre écrit par un tout jeune homme. Bauchau a 45 ans et signe depuis bien longtemps des chroniques politiques et culturelles dans diverses revues (L’Esprit Nouveau, L’Avant-Garde, La parole universitaire et notamment La Cité chrétienne, dont il est le rédacteur en chef depuis 1938).
Juriste de formation, Henry Bauchau traversera par la suite le miroir en se confrontant à l’analyse dans l’immédiat après-guerre : il se confiera à Blanche Reverchon, qui n’est autre que l’épouse du poète Pierre Jean Jouve... Elle l’amènera à affronter ses peurs et l’aidera à déplacer le centre de gravité de l’axiologie : il convient de savoir que la poésie doit être considérée comme ce qui compte réellement ; c’est elle qui porte ce poids du rêve si cher à Bernanos (Ce qui pèse dans l’homme, c’est le rêve, G. Bernanos, La Joie, La Pléiade, 1966, p. 615). C’est elle qui cristallise ce sentiment d’abandon qui révèle les profonds désirs sans qui le quotidien n’est rien, sans qui l’existence ne se traversera pas : les rêves sont l’impulsion de l’âme humaine, le moteur à explosion de l’être humain.
En recherche de liberté, Bauchau laissera filtrer dans toute sa poésie la trace d’une quête identitaire et imprimera sa voix, parvenant enfin à se soulager du poids qui le comprime, de cette puissante tension émotionnelle qui l’habite et le ronge de l’intérieur.

LA GRILLE

Est-ce que l’amour est toujours devant cette grille
Arrêté par le temps le cœur trop bref et le désert
De l’âge abandonné par l’archange animal

Est-ce qu’il faut toujours déchiffrer et traduire
Amour dans le langage amer ?

Le ton que donne Henry Bauchau à sa poésie est celui de la gravité, malgré l’étonnante facilité de lecture et le plaisir que l’on y prend. La confrontation au monde et cette remise en question face à l’emprise d’une tentation d’être un autre lui permettent de renvoyer ses velléités personnelles au-delà du trou noir qui l’aspire parfois.
Sa poésie, nommée parole ou chant, se déplace physiquement vers l’épreuve d’une altérité inquiétante, d’un spectre qui pourrait être la mort ...à moins que ce ne soit qu’une expérience du tragique. Finalement, Bauchau est un joueur, il s’amuse à rechercher le point de jonction entre réel et fiction, mêlant écrits intimes et essais voire romans, lesquels sont tous élaborés dans un dialogue avec son travail poétique. Il se joue des normes et fonce vers son destin.
Il nous propose une poésie qui laisse transparaître ce profond désir lié au manque cruel, au froid brûlant qui matérialise le sentiment d’abandon qui le mine, ce vide infini qui caractérise un mal-être hérité des noirceurs de la guerre. Alors, pour aider à cicatriser, le poète s’invente un vocabulaire qu l’aidera à prendre conscience de la dimension de la parole. Il inventera une musique qui jaillira de ses vers car la poésie est d’abord oralité. Henry Bauchau écrit à l’oreille : Survient un son, un rythme, une image, une intuition et j’ai soudain le désir, l’espérance d’écrire un poème. [...] Je me sens guidé par un rythme d’abord confus mais auquel je dois me conformer, par un son de voix que je reconnais peu à peu pour le mien lorsque j’ai la fermeté suffisante pour l’attendre et pour l’écouter. (H. Bauchau, Dépendance amoureuse du poème in Heureux les déliants, Poèmes, Labor, 1995, p.19).
Bauchau travaille donc les sonorités car il sait qu’elles dissimulent un sens qui est tout autre, qu’elles expriment une ellipse, un jeu verbal qui donne son intensité à la langue, la marque du sceau de l’unique, de celle que l’on reconnaît entre mille.

LE CANCER

Le cœur en maison de feu sombre
O désir labourant des cieux
Entends-tu le germe dans l’ombre
Prononcer le Nom silencieux ?

Enceinte d’un pas de danse
Amour est ma chambre forte
Où musique n’est pas morte
Sous l’étreinte du silence
 
Henry Bauchau a su tracer dans le mouvement perpétuel des Lettres une dynamique qui s’inscrit dans une démarche à étapes. De poème en poème, il décrypte la douleur de l’altérité radicale du monde et s’embarque vers un nouveau monde dans lequel il aspire à se (re)découvrir et à apprendre de l’Autre. Il fabrique, tel l’artisan, des groupes de mots qui portent en eux les aspirations de chaque homme de bonne volonté et vont, telles des bulles d’oxygène libérées d’une faille sous-marine, remonter à la surface et exploser au contact de l’air, libérant des particules élémentaires de sens. C’est pour cela que le poème vous sautera à la gorge comme un diable sorti de sa boîte, répondant au souffle de l’adéquation de soi, et vous marquera pas sa gravité et sa force.
Prisonnier de sa musique vous tournerez les pages sans effort pour accompagner le poème dans le poème des poèmes qui se refermeront dans une boucle enfin bouclée car il n’y a de fin que dans l’infini des psaumes.
 
LES CHARS DE BUDAPEST

[...]
Les chars de novembre roulent en vain sur la connaissance de la douleur
Le soleil jaillira de la fosse nocturne. Qui pourrait arrêter la jeunesse du monde ?
Avec vos plans et vos cerveaux, avec les chars lourds de novembre, pourrez-vous interdire au soleil
De percer notre nuit pour la rendre amoureuse ?
 
NB -
Parallèlement, Actes Sud publie, dans la collection "le souffle de l’esprit", La lumière d’Antigone, un poème pour le livret de l’opéra de Pierre Bartholomée qui fut créé au Théâtre royal de la Monnaie, à Bruxelles, en 2008.
Une aventure qui débuta en octobre 2004 : c’est Bernard Foccroulle (alors directeur du théâtre) qui demanda à Henry Bauchau d’écrire un livret pour une œuvre lyrique que Bartholomée voulait composer d’après son roman Antigone. Il s’agissait d’un opéra court, avec une structure musicale plus légère que pour Œdipe sur la route et comportant peu de chanteurs.
En septembre 2005 l’axe retenu change, désormais le souhait des commanditaires s’oriente vers une rencontre d’Antigone avec la vie moderne, faisant voir ce que notre monde est devenu...
Déconcerté, Bauchau s’en remet à son roman mais, s’il connaît Io, la contemporaine d’Antigone, il ne sait rien d’Hannah, la chanteuse moderne qui va, au lieu de Io, dialoguer avec Antigone, avant de la chanter après sa mort ; et il sait aussi que l’attente est longue avant l’apparition d’un personnage. Il se souvient alors de Gamma, la chanteuse de L’Enfant bleu (Babel, 2006), son roman qui reçut le Grand Prix de la SGDL. Alors, grâce à elle, se compose le personnage d’Hannah, son élan, son abandon total à la musique quand elle chante. Et Hannah sait aussi aller trop loin, comme Antigone.
Bauchau transforme alors son premier texte en un poème écrit en vers rythmés mais non rimés. Un travail d’orfèvre, une précision mathématique que le rythme atténue pour lisser la technique au service du seul plaisir d’écouter. Et même sans musique, ces lignes sont volupté et légèreté, fruits défendus et conscience de l’âme révélée en un seul champ polyphonique que l’on entend dans cette ode unique : l’amour, la liberté.
 
HANNAH
N’est-il pas plus dur
De recommencer ?
Œdipe en s’aveuglant
Est devenu aède, est devenu voyant
Ses fils se sont entretués
Antigone en assurant
Les funérailles du vaincu
Que devaient dévorer les bêtes
Ne s’est pas inclinée
Devant la loi des mâles
Ensevelie vivante, emmurée
Elle demeure victorieuse
Son image et sa parole
Ont traversé les millénaires



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François Xavier, le 18 avril 2009 - article3572.html

Henry Bauchau, Poésie complète 1950-2009, coll. "Domaine français", Actes Sud, mars 2009, 307 p. - 25,00 €

Henry Bauchau, la lumière Antigone, coll. "le souffle de l’esprit", Actes Sud, mars 2009, 46 p. - 9,00 €

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