
Il y a deux ans "la plus belle revue du monde" fêtait son vingt-cinquième anniversaire dans l’opulence : il y eut d’abord la sortie, en mars 2007, d’un mémorable dix-septième numéro, porteur d’enrichissements qui désormais allaient accompagner chacune des futures livraisons. Puis une soirée organisée quelques mois plus tard à la chapelle de l’École des Beaux-Arts de Paris à laquelle était associée la publication d’un numéro spécial, réunissant un florilège d’articles déjà parus. À cette occasion Marilena Ferrari et Flaminio Gualdoni soulignèrent que ces transformations profondes apportées pour marquer cet anniversaire étaient l’amorce d’un mouvement de "Renaissance" qui devait se poursuivre de mois en mois. Le premier effet concret de cette dynamique annoncée se fit sentir dès avril 2008, quand naquit La Revue Blanche FMR. Sous un format identique et avec une maquette à la fois sœur mais distincte, ce nouveau périodique aborde plus spécifiquement, en 120 pages bimestrielles s’intercalant entre les livraisons de la Revue Noire, l’art contemporain - dans ses manifestations artistiques évidemment mais aussi à travers des textes de fond. Une noire, une blanche : ma bibliothèque commence à ressembler au clavier d’un piano...
Bien sûr, la distinction de contenu entre les deux revues est beaucoup plus subtile ; les œuvres contemporaines restent présentes dans la Revue Noire tandis que certains articles de la Revue Blanche se nourrissent des mouvements esthétiques passés et analysent de près des corpus d’œuvres appartenant à un patrimoine ancien. L’une et l’autre établissent des liens entre les périodes. Mais chacune avec une personnalité bien marquée ; elles sont étroitement complémentaires, et aussi peu séparables pour l’amateur cultivé que des sœurs siamoises. Avec de plus l’appui d’un site internet lui aussi rénové et enrichi, voilà formée une belle trinité "d’art et de culture visuelle" à même de véhiculer cet indéfinissable noyau transhistorique caractérisant la Beauté par-delà les fluctuations que subit cette notion.
Pour son premier numéro noir de l’année 2009 - chiffré 29 : des chiffres se répondent ; le calendrier se met au diapason des revues qui ne cessent de jouer de l’écho, du rappel, et des renvois de l’une à l’autre par l’entremise d’un sujet, d’une œuvre, d’un artiste... - FMR réarrange ses atours. Plutôt que d’innovations il conviendrait de parler d’approfondissement, de développment logique d’une orientation éditoriale déjà engagée depuis plusieurs mois. L’on avait vu depuis le n° 24 un "sujet central" s’imposer avec plus de force et traité à travers plusieurs contributions au lieu d’être seulement placé au début du numéro et riche d’un peu plus de pages que ses pairs ; cette focalisation thématique s’étend désormais à l’ensemble du numéro, avec toujours un thème décliné en plusieurs articles mais rassemblant autour de lui, plus étroitement qu’auparavant, les autres contributions qui continuent de nourrir différentes rubriques. Pour mieux encore mettre en valeur ce thème, voilà que son nom apparaît en vedette sur la première de couverture, en lieu et place du numéro de livraison.
La démarche des revues FMR pouvant se définir comme un voyage permanent à travers la beauté, opéré de telle manière que les ponts soient multipliés entre les époques et jetés par la grâce du génie italien, cette nouvelle étape dans l’évolution de FMR ne pouvait recevoir meilleur parrainage que celui du Grand Tour. Référence au périple qu’accomplissaient jadis les riches lettrés en Italie afin d’aller s’immerger dans les lieux mêmes où avaient vécu et créé les maîtres qu’ils révéraient, ce thème cligne aussi de l’œil au fondateur de FMR, Franco Maria Ricci qui, en hommage à ce rituel culturel avait donné ce nom de Grand Tour à l’une de ses collections. L’esprit FMR étant plus que jamais maître à bord, le Grand Tour s’effectue en marge des horizons sublimes certes mais sempiternellement montrés. L’on ne va ni à Rome, ni à Florence, ni à Venise... mais à Otrante pour découvrir un pavement mosaïque datant du XIIe siècle ; à Locres pour admirer d’antiques tablettes votives de terre cuite, on s’arrête à Sienne pour contempler une série de fresques hyperréalistes retraçant l’histoire du roi Victor-Emmanuel II... Lorsque le nom des rubriques indique que l’on quitte le giron du Grand Tour, on ne s’en éloigne guère pourtant : les photographies de Luigi Ghirri qui scrutent de près le grain de grands atlas imprimés convient à un étrange voyage vers l’infiniment grand par le truchement du très très petit ; évoquer le transfert des chefs-d’œuvre de la pinacothèque de Modène vers les collections d’Auguste III à Dresde - parmi lesquels la Nuit, du Corrège - est une façon de parler du prestige de l’art italien en Europe, et l’on entend l’écho de la vocation récemment réaffirmée de FMR à réaliser des livres d’exception - des "Livres merveilleux" qui, autant que des livres, sont de véritables œuvres d’art - se répercuter dans la toute nouvelle rubrique "Book Beautiful" qui, spatialement si l’on veut, prend la place des "Histoires de l’art".
À l’instar du 17e numéro, celui-ci a donc valeur d’aurore - une aurore peut-être encore crépusculaire et qui se doit de recevoir une ultime touche de lumière, à quoi devrait pourvoir le prochain numéro dont le thème sera l’or - il est annoncé, avec le sommaire, en fin de volume : est-ce une manière d’affirmer davantage le caractère périodique de la revue ? L’or, donc... Symbole solaire par excellence, il est métaphore de beauté, de richesse, d’éclat, de rayonnement : précisément ce qui émane de la revue FMR et de sa noire vêture depuis sa création, cela même qui découle de son ambition jamais démentie - maintenir vivante une certaine idée du Beau, la promouvoir à travers des textes de très haut niveau et la diffuser au fil de ses parutions sous la forme la plus aboutie que peut offrir un support périodique destiné à un public certes choisi mais large tout de même.
Et comme tout fait sens pour peu que l’on se donne la peine d’y regarder de près, l’image "ad hoc" qui fait face à l’annonce du sommaire à venir se charge de signifiance dès le premier coup d’œil. Ce fond de pièce vide, montré en perspective frontale et presque en parfaite symétrie, clos à l’arrière-plan par une porte - qui ne demande sans doute qu’à être ouverte ! - habillé d’un chromatisme en noir et blanc là encore presque parfait, ébréché par le filet de couleur jaune-bronze de la moulure ornant le plafond nu m’a fait l’effet d’une représentation particulièrement pertinente de l’univers FMR en son point actuel d’évolution : j’y ai trouvé une allusion à la triple déclinaison noir-blanc-web, au dynamisme à la fois formel et de fond, à la rigueur d’élaboration qui sait s’ouvrir à l’inattendu sans baisser la garde de la vigilance, de telle manière que l’harmonie d’ensemble n’est jamais brisée alors même que s’infiltrent les innovations.
Ces changements - et ce n’est pas fini : un clic récent m’a appris que le site était en cours de reconstruction ; je découvrais par la même occasion un nouveau logo, unissant à FMR le nom de Marilena Ferrari - attestent d’une brillante vigueur. Pareille à celle qui animait l’ensemble des arts à la Renaissance : une époque et un esprit dont en effet Marilena Ferrari et ses collaborateurs sont les dignes héritiers et continuateurs.
Á explorer dans la foulée, le sixième numéro de la Revue Blanche, placé sous la bannière de l’"Artifex" - celui qui fait, celui dont les mains possèdent un savoir, écrit Flaminio Gualdoni. Il semble s’agir de rompre avec cette idée de l’artiste théorisant et sujet de théories, de lui rendre sa dimension d’Homo Faber et de rappeler que l’art est d’abord une histoire de mains, de mains créatrices qui, par leur aptitude à in-former la matière, font émerger des œuvres. Dans cet hymne à la main il y aurait presque un parfum d’archaïsme que suggère l’image de couverture : ce détail d’une sculpture de Nanni Valentini ressemble, au premier regard, à un silex taillé qu’un paléontologue viendrait d’extraire du sol. D’ailleurs, ce que le sculpteur fait de la terre, torsions brunies, plaques fragiles comme ébréchées en leurs bords, ou bien vases aux courbes parfaites mais à la peau rude, squameuse - à découvrir dans le très beau dossier que lui consacre Daniela Ferrari - tout cela raconte de vieilles profondeurs, magma et glaise, forces chtoniennes apaisées par la douceur du geste qui modèle car il faut être doux sous la puissance pour ployer l’argile à sa volonté. Curieusement, là où l’on penserait qu’il est question de prendre du terrain à la pensée et à l’intellectualisme pour réhabiliter le geste, le toucher de la matière comme préliminaire à l’œuvre, l’exploration commence avec un article intitulé... "Idée du faire"...
SOMMAIRE DU NUMÉRO 29
Éditorial, par Flaminio Gualdoni - Grand Tour : "Adam et Arthur. Le “pré fleuri” d’Otrante", par Victor M. Schmidt (photographies de Luciano Pedicini) ; "De gloire et de miséricorde. Francesco De Mura au Pio Monte della Misericordia", par Nicola Spinosa (photographies de Luciano Pedicini) ; "Mythes féconds. Les pinakes de Locri", par Roberta Schenal-Pileggi (photographies de Luciano Pedicini) ; "Épopée italienne. Risorgimento à Sienne", par Marco Pierini (photographies d’Andrea et Fabio Lensini) - Les Histoires de l’œil : "Mesure du voyage. L’Atlas de Luigi Ghirri", par Walter Guadagnini (photographies de Luigi Ghirri) - Old Masters : "La célèbre Nuit de Corrège. Du Modène des Este au Dresde d’Auguste III", par Andreas Henning et Martin Roth - Book Beautiful : "Voir L’Apocalypse. L’Apocalypse de Beatus de Liébana", par Carla Casu - Différentes choses : "Portraits et autres réflexions", par Flaminio Gualdoni - Ad hoc : Per Barclay.
SOMMAIRE DU NUMÉRO 6 DE LA REVUE BLANCHE
Éditorial, par Flaminio Gualdoni - Artifex : "Idée du faire", par Flaminio Gualdoni ; "Nanni Valentini", par Daniela Ferrari ; "Artistes", par CarlaCasu ; "George Rousse", par Walter Guadagnini ; "Artisans numériques", par Valentina Tanni. - Archives : "Piero Manzoni à Herning", par Francesca Pola. - Contexte : "Le degré zéro de Baudrillard", par Marco Senaldi. - Portfolio : "Le Leica de Carlo Mollino", par Fulvio Ferrari.
Découvrez d’un clic le nouvel entretien que m’a accordé Antonio Pistilli, le directeur général de la branche française de FMR.
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