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Ces mémoires du duc de Montpensier sur ses années de détention (1793-1796) présentent un intérêt certain pour les lecteurs qui voudraient enrichir leurs connaissances sur la Terreur, comme pour tout amateur de textes qui offrent des aperçus vivants sur une période historique éloignée.
Fils de Philippe Égalité et frère cadet du futur Louis-Philippe, Montpensier se retrouve emprisonné, comme tous les Orléans jugés dangereux, alors qu’il est encore adolescent et qu’il n’a qu’une idée assez confuse des circonstances politiques fort complexes dont il risque d’être victime. Son récit des événements concernant son père révèle de façon frappante, avec une sincérité mi-lucide, mi-candide, le besoin de s’aveugler qu’on peut éprouver quand on se retrouve d’abord confronté aux conséquences des graves erreurs d’un proche, puis face à la menace de le perdre.

Les pages où le duc évoque les adieux de Philippe Égalité, les vains espoirs et les illusions que ses deux plus jeunes fils se faisaient encore sur son sort alors qu’il était déjà guillotiné, sont particulièrement révélatrices de ce que peut vivre en temps réel un acteur d’événements historiques : une expérience où l’incertitude totale porte souvent à l’optimisme le plus absurde qui s’impose pour survivre moralement. D’autres passages des mémoires ont aussi une portée plus large que le contexte historique.
Les plus admirables à notre sens concernent le prince de Conti, qui partage un temps la détention de Montpensier et de son frère Beaujolais : la description du vieil homme aux cheveux pleins de papillotes, aux caprices ridicules, proprement incapable de juger de ce qui se passe comme de ce qu’il fait, produit l’effet d’une allégorie involontaire de l’Ancien Régime.

L’auteur, partagé entre la piété familiale et le sens de l’humour, rend d’une manière saisissante les accès d’hilarité de deux adolescents face au spectacle qu’offre le prince, tout en nous faisant ressentir le soulagement que peut être une occasion de rire dans une geôle où l’on craint pour sa vie à tout moment. Pour un lecteur de nos jours, les horreurs de cette captivité suscitent des rapprochements inévitables avec les méthodes des régimes totalitaires.
À les comparer, on relève nombre de ressemblances, notamment sur le plan du harcèlement physique et psychique voué à anéantir moralement les détenus, mais on constate aussi, non sans effarement, qu’entre la fin du XVIIIe siècle et la fin du XXe, l’humanité a fait, en matière de traitements inhumains, des progrès tels que les procédés de la Terreur peuvent nous paraître relativement doux. Et l’on se surprend à rire amèrement à l’étape où Montpensier et son frère décident de s’enfuir, ce qu’ils auraient déjà pu faire bien plus tôt, et sans scrupule de conscience, puisqu’ils ne sont pas détenus sur parole, comme en lisant le passage touchant où Beaujolais rentre en prison pour rester avec son aîné dont la fuite a échoué : l’époque où pareils choix étaient possibles diffère de la nôtre à un degré si prononcé, hélas, que même l’empathie en devient impossible.

L’ouvrage cèle encore nombre d’épisodes aussi instructifs sur son temps que porteurs de mises en contraste avec le nôtre - autant de raisons de plus qui rendent sa lecture profitable. La préface et les annotations de Dominique Paoli, qui accompagnent le texte, apportent des précisions bien choisies, dictées par un souci pédagogique grâce auquel l’ouvrage est accessible même aux lecteurs n’ayant qu’une très vague idée de la période historique en question.



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Agathe de Lastyns, le 22 mars 2009 - article3544.html
Duc de Montpensier, Ma captivité pendant la Terreur, Tallandier, 2009, p. - 15,00 euros ISBN 978-2-84734-543-8
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