http://www.lelitteraire.com
l'Actu des livres
 Contacter
 Camille Aranyossy
Ses derniers articles :
Renaissances arabes
Quelques jours avec Hitler et Mussolini
Mes histoires parallèles. Entretiens avec Isabelle Veyrat-Masson
2 films, 2 bêtes. Yobi, Nénette.
Discours et conférences
Une journée dans l’affaire Dreyfus 13 janvier 1898
Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes
Les énigmes du Sphinx
Ma liste au Père Noël
Dictionnaire des concepts nomades en sciences humaines
De quoi la Palestine est-elle le nom ?
La Danse - Rentrée 2010
Histoire de chambres
Amerrika
Pondichéry - Goa
Tuer le tyran ? Le tyrannicide dans l’Europe moderne.
Close-Up
Gaza 1956, en marge de l’Histoire
Univers BD
Wonderful town
  
4695 articles en ligne


DVD
afficher une version imprimable de cet article Imprimer cet article

Comment un homme peut-il se mesurer à ce qui n’a pas de mesure, au démesuré, à l’inhumain ? La question se pose en particulier lorsqu’il a lui-même participé à cette inhumanité, à cette bestialité. A ce massacre. Toute l’œuvre tourne autour du massacre : essentiellement celui perpétré par les phalanges chrétiennes libanaises dans les camps palestiniens de Sabra et Chatila, camps surveillés par l’armée israélienne lors de la guerre du Liban en 1982. Et Ari Folman, jeune soldat israélien de vingt ans, a éclairé ces camps toute la nuit à l’aide de fusées éclairantes.

Il peut oublier. Il est devenu réalisateur. C’est son premier film d’animation. Arrive le moment où le passé remonte, les images ressurgissent alors comme sur un écran. Le film commence comme ça, par un oubli qui dure depuis plus de vingt ans.
Indirectement, une question idiote, spontanée, peut tout déclencher. Il faut alors chercher à nommer, identifier, donner une forme nette, objective aux images montantes. Il faut la prendre cette image trouble, qui émerge. Il faut la saisir et lui donner forme et sens pour trouver enfin : sur la fin, voir. Aux dernières minutes, on voit clairement ce que l’on ne pouvait pas voir. Les corps entassés. La quête se termine sur des photographies, plus réelles que le film. Plus réelles que le film ? Hélas.

Pour en arriver là Ari a dû voyager et rencontrer ses anciens camarades, ceux qui avaient vécu la guerre, comme lui, avec lui. Ceux qui n’ont pu tuer que des chiens. Ceux qui ont tué des familles, des gamins portant des lance-roquettes. Ce n’est pas un documentaire à charge, ni à décharge. On ne découvre pas l’histoire des camps. L’auteur lui-même la connaissait, comme nous, plus ou moins. Sauf qu’il avait participé. On ne découvre pas les camps, on se découvre soi-même, sans complaisance ni apitoiement. Juste une effroyable lucidité qui s’annonce, qui s’impose à nous comme dans un rêve.

La matière était là, il fallait raconter cette lutte, cette quête de l’épicentre, à l’origine de ce tremblement de la mémoire. A l’origine de ce film d’animation. La mémoire est un film d’animation. Un film d’animation, forcément truqué, forcément faux. Mais beau. Impossible de le résumer, celui-là, de le réduire à une forme, à un genre, à un style.
Parfois, pour certains films - peu importe la qualité d’ailleurs - il suffit de le spécifier pour en dire l’essentiel. Là c’est impossible : auto-fiction... documentaire... film de guerre. Non, cette voie-là, la définition catégorique, est sans issue. Si la guerre réduit l’homme, bien sûr, le film échappe à la réduction formelle de ce simple constat. Il fonctionne comme un ensemble de fragments décomposés, unis dans une quête, une recherche harmonieuse aux trois teintes chromatiques : la part du jaune pour les souvenirs, la part du clair pour les entretiens, la part du bleu pour le rêve.

La mer est noire la nuit et bleue le jour. Cette mer est importante, essentielle même dans l’œuvre car elle ne connaît pas de frontières. Elle noie la peur et rejette les vivants et les morts, les survivants et les fantômes.
Une fois finie, achevée, l’œuvre continue de rayonner. En nous et dans le monde. Interdite au Liban, bien sûr... ça c’est de la reconnaissance. Le film a été projeté clandestinement dans les camps mêmes de Sabra et Chatila. Et présenté à Sderot, presque sous les bombes. Et puis à l’international, succès dans les festivals : Cannes... Oscars.... et César du meilleur film étranger. J’ai failli oublier ! Cela n’ôte rien au film, ne lui donne pas plus de qualité non plus. Juste de la notoriété qui accroît son potentiel de distribution. Ca compte, c’est bien... de la part des Césars d’avoir reconnu un tel film.

Lire la critique de la bande dessinée éponyme ici.



Il y a 3778 signes dans cet article.
Camille Aranyossy, le 8 mars 2009 - article3530.html
Ari Folman, Valse avec Bachir, Editions Montparnasse, 91 minutes, DVD Collector - 25,00 euros. Sortie le 4 mars 2009.
©2004-2012 LELITTERAIRE.COM.
Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (texte, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par lelitteraire.com. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, transmise, rediffusée, traduite, vendue, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de La Rédaction.

Envoyer l'article à un ami
Destinataire  :
(entrez l'email du destinataire)

De la part de 
(entrez votre nom)

(entrez votre email)


afficher une version imprimable de cet article Imprimer cet article
générer une version PDF de cet article Version PDF



Tolkien, un auteur à (re)découvrir.
Entretiens sur l’art
Jacques Rancière à Marseille
 
http://www.lelitteraire.com
Les articles les plus consultés
 Recherchehttp://www.lelitteraire.com

Romans | Nouvelles | On en parle | Pôle noir | SF | Essais/documents | Inclassables | Poésie | Poches | Chapeau bas ! |
On jette ! | DVD | Théâtre | Les érotiques | Événements | Entretiens | Dossiers | BD | Jeunesse | Manga |
Beaux livres | Arts croisés | Le littéraire TV |

Copyright © 2004-2012 lelitteraire.com - Tous droits réservés - 
Site optimisé 1024x768 - IE 5x et +, Firefox 3.0.3 et +, Safari 4.0 et +

Rédaction
Contacts
Mentions Légales