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Théâtre
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À l’occasion de la création de leur nouveau spectacle, Le Pas de l’homme, Farid Paya et la Compagnie du Lierre ont renoué, tout au long du mois de février, avec cette habitude qui leur est chère d’inviter les spectateurs curieux à partager certains moments de leurs séances de travail. En attendant la première, un peu de la magie théâtrale à venir commence ainsi d’agir ; ce qui a été entraperçu lors de ces répétitions ouvertes au public met en appétit, mais on n’en sait pas encore assez pour se forger trop d’idées a priori qui pourraient entraver la réception du spectacle abouti. Et le texte lui-même conserve ses replis de mystère puisqu’il n’est pas encore disponible - écrit par Farid Paya et publié aux éditions Entretemps, il ne sera proposé à la vente qu’à partir du 4 mars.

À partir des petites bribes qui m’ont été révélées, je devine que ce sera du théâtre à très grand spectacle. Non pas au sens de ce que l’on peut voir à La Colline par exemple - la mise en place de dispositifs scéniques d’une extrême sophistication même lorsqu’il s’agit de mettre en scène l’absolue nudité pour rendre audible le sacré : je songe à cette reconstruction radicale du Grand théâtre qui avait été imaginée pour accueillir Comme un chant de David. Mais parce qu’en plus de convoquer, comme il aime à le faire, diverses formes de spectacle vivant - mime, chant, danse, comédie... - et de rehausser le tout par des costumes pensés comme des œuvres plastiques, Farid Paya a appelé sur scène le cinéma et la musique - une musique originale enregistrée, savamment composée à en juger par ce que j’ai pu entendre. Encore une fois je n’ai vu que d’infimes bribes, et de manière très parcellaire puisque comédiens, techniciens et metteur en scène s’occupaient à mettre en place l’un après l’autre les différents éléments scénographiques. J’en ai trop peu perçu pour avoir la moindre idée de ce que déploiera l’ensemble. Mais il m’a bien semblé sentir la façon très particulière dont fonctionnent film, théâtre et musique : ils se soutiennent les uns les autres, se communiquent mutuellement de la force expressive et concourent à créer un spectacle total. La musique n’est pas là en fond sonore, pour meubler les silences, appuyer sur les ruptures narratives ou entrer en concurrence avec les voix ; elle est une présence à part entière ; et l’on peut en dire autant du film : projeté sur la toile vierge qui ferme le fond de la scène, habité par ses propres acteurs, il ne sert pas de décor ; il amène une réalité narrative qui va aller de conserve avec celle que mettent en acte les comédiens sur le plateau. Et déjà je sais que cette profusion sera richesse, non confusion.

Dès la seconde répétition, j’ai été témoin de la complémentarité qui peu à peu s’instaurait entre les voix et la musique ; puis j’ai ensuite pu voir comment s’unissaient en une magnifique signifiance le jeu des acteurs et le déroulement du poème filmé - oui, poème plus que récit : les paysages et les hommes y évoluaient comme les figures de style dans un texte poétique... Enfin lundi dernier j’ai vu les costumes. Ils ont été créés par la même artiste - Évelyne Guillin - que ceux de Noces de sang, et l’on retrouve en eux une "patte stylistique" reconnaissable à travers les pans d’étoffe superposés, les bords découpés, les écharpes nouées qui font bouffer manches et jambes de pantalon, les béances taillées ici et là, l’association de matières diverses - on décèle du cuir fin, du lin, du coton, de la laine aussi, peut-être... Par-delà ces similitudes formelles ils ont une résonnance à la fois féerique et archaïque - la petite musique du mythe brodée sur l’épopée des Origines... - et déploient les couleurs de la nature évoquée par le texte - variations de beiges et d’ocres, pointes de pourpre, avec du vert bronze et une touche de bleu - les pierres, le sable, mousses et lichens, une goutte de ciel. De discrètes arabesques brillantes sont rebrodées ici au revers d’un col, là au bas d’une jaquette ou d’un pantalon, comme de petits ornements portés en coin, peut-être l’empreinte du soleil ou des étoiles... Quant aux masques, ce sont d’étonnants objets que Farid Paya a réalisés en véritable sculpteur... Imposants, je les croyais éléments de décor, mais ils seront bel et bien portés par les comédiens.

Aux dires du metteur en scène, Le Pas de l’homme est la pièce la plus difficile à monter que la compagnie ait jamais jouée jusqu’à présent tant sont nombreux, en permanence et tout au long du spectacle, les éléments à synchroniser - les chœurs, la coordination entre imges projetées, musique, déplacements... Ces ajustements millimétrés, ainsi multipliés, interdisent tout droit à l’erreur : un seul mot qui glisse ou se dérobe, et cela bouscule le très subtil et très fragile équilibre de la mise en scène... 
Me reste maintenant à découvrir la symphonie finale ; la robe de haute couture enfin assemblée. Le voile sera levé le 4 mars - journée d’ouverture à tous les niveaux au Lierre puisqu’en plus d’être celui de la générale de presse et de la sortie du livre Le Pas de l’homme, ce sera aussi celui du vernissage de l’exposition des toiles d’Évelyne Guillin et de la mise en vente officielle de deux autres ouvrages écrits par Farid Paya : Concepts et techniques de la Compagnie du Lierre (éditions L’Harmattan), et Les Exercices de la Compagnie du Lierre (éditions L’Harmattan).

Puissent ces quelques lignes inciter beaucoup d’entre vous à emboîter le pas à la Compagnie du Lierre pour cette aventure mythico-épique qu’elle vous propose jusqu’au 5 avril 2009.
Pour toutes informations utiles concernant les jours et horaires des représentations, suivez l’ombre du brin de lierre et rendez-vous sur le site de la Compagnie...

 



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Isabelle Roche, le 1er mars 2009 - article3525.html
Théâtre du Lierre - 22, rue du Chevaleret, 75013 PARIS.
Tel : 01 45 86 55 83
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