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Romans
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Passions à l’italienne

Le dernier roman de Salman Rushdie est manifestement issu de la volonté de renouveler son inspiration tout en s’attirant un lectorat plus large. Au lieu d’un sujet contemporain ou tiré de l’histoire récente, l’auteur a choisi les temps de Machiavel et du grand Moghol, ce qui va de pair avec des procédés narratifs assez différents de ceux qui avaient fini par se figer en une manière, revenant trop souvent dans ses trois romans précédents.
Il a aussi adopté une démarche différente sur le plan stylistique, ce qui frappe le plus au début du livre : pour qui se rappelle les phrases complexes des Versets sataniques et l’humour baroque du Dernier soupir du Maure, L’Enchanteresse de Florence peut paraître assimilable au degré zéro de l’écriture par sa limpidité concise et univoque.

C’est là le livre le plus accessible de Rushdie, voué à séduire également à l’aide de son intrigue entraînante : l’histoire de Niccolo Vespucci, qui prétend être le fils de la princesse Qara Köz, réunit tous les ingrédients du roman d’aventures - les périls porteurs de suspense, les affrontements spectaculaires entre personnages très pittoresques, l’exotisme, les grandes passions... -, auxquels s’ajoute la forme de namedropping propre au roman historique, consistant à mettre en scène, de façon aucunement indispensable, des figures connues de chacun, au moins de nom, telles que Machiavel, Amerigo Vespucci et les Médicis.
Le lecteur exigeant reste plutôt déçu de la façon dont Rushdie les exploite : dans son ensemble, elle est sommaire, quoique le personnage de Machiavel donne lieu à quelques passages fins et poignants, lorsqu’il s’agit d’évoquer l’amère défaite par laquelle se sont soldés et ses activités politiques, et les choix de sa vie privée.

On regrette que le romancier n’ait pas développé ni approfondi suffisamment les aperçus les moins attendus qu’il nous donne de la plupart de ses héros empruntés à l’Histoire. De fait, parmi eux, seul le grand Moghol est traité avec une attention assez grande pour vraiment prendre vie à nos yeux. Ses amours avec deux dames imaginaires, Jodha qu’il a inventée et Qara Köz que Niccolo Vespucci l’amène à adorer bien qu’elle soit morte depuis longtemps, constituent le meilleur et le plus original du roman, plaçant ouvertement une partie du récit à la limite entre l’illusion réaliste et la fiction exhibée en tant que telle.
A ce propos, il faut noter que le contexte de ce livre, propice aux grands sentiments, offre à l’écrivain l’occasion de révéler un aspect de son talent qu’on n’avait guère soupçonné jusque-là, un don pour décrire la passion telle qu’on ne la rencontre plus guère dans littérature contemporaine : à la fois flamboyante, proche des expériences mystiques et lucide. Ses romans précédents nous avaient habitués à le voir traiter l’amour avec plus d’ironie que d’empathie.

Quant au récit où s’entremêlent les destinées de ces personnages, Rushdie l’a construit d’une manière qui rappelle nettement Le Manuscrit trouvé à Saragosse, et dont on peut déplorer la facilité relative. En outre, il s’y manifeste par moments une certaine maladresse qui surprend chez un romancier aussi expérimenté : plusieurs épisodes de l’action s’emboîtent suivant des changements de perspective dont on ne voit guère la nécessité, produisant l’impression d’un travail fait à la va-vite.
Tout se passe comme si l’auteur comptait sur ses qualités de conteur (d’enchanteur) pour faire passer inaperçus les défauts de la narration - mais hélas, la magie n’opère pas tout au long du récit. En définitive, si l’on apprécie l’effort pour se renouveler, on regrette que Rushdie n’ait pas exploité pleinement, et à un plus haut degré d’exigence, le potentiel de ce roman qui reste inférieur à ses meilleurs ouvrages.



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Agathe de Lastyns, le 6 février 2009 - article3501.html
Salman Rushdie, L’Enchanteresse de Florence (trad. Gérard Meudal), Plon, 2008, 288 p.- 23,00 euros.
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