Vous en connaissez beaucoup, vous, des raisons d’être heureux, d’être "satisfait" ? Je vous rappelle pourtant que le monde est à la crise, et qu’il est désormais de bon ton, donc, de se serrer les coudes et de remonter nos manches pour que ça aille mieux. Il faut bien se projeter, y croire un peu. Acheter ce vent que l’on nous vend, car on sait très bien qu’au bout du compte, pour une raison ou pour une autre, ça n’ira pas. Plus tard, nous aurons encore mille et une raisons de nous plaindre car, il suffit d’écouter, de tendre l’oreille : "C’était mieux avant."
Et pourtant, ce petit ouvrage est là pour nous le rappeler, cela fait plus de trois millénaires que ça dure. Depuis le temps, on aurait dû comprendre, ou alors toucher le fond, mais non ; on continue car il y a de la réserve. Et certainement pour longtemps, grâce à nous, on peut compter là-dessus.
Alors imaginez que l’on prenne justement ce pessimisme au mot. Qu’on le prenne pour ce qu’il est, c’est à dire une matière inépuisable et vous aurez ainsi saisi tout l’intérêt du livre ; un détournement salutaire et jubilatoire.
Car cet ouvrage sent bon les années passées dans l’atelier de l’historien. Il exhale comme une odeur de vieux bois, travaillé avec le temps par un bon artisan. L’artisan s’est retourné et a trouvé par terre de beaux copeaux, bien tournés, bien ronds. A peine ciselés, il les a rassemblés, les a classés et réunis dans un ouvrage de 10 centimètres sur 15.
Et cet artisan c’est Lucien Jerphagnon que j’avais hâte de retrouver après avoir chroniqué son ouvrage sur Julien l’Apostat. Je n’ai pas été déçu, j’ai retrouvé dans la préface et la postface de l’ouvrage cette même délicatesse de style, cette même façon de transmettre avec légèreté une profonde érudition.
C’est très rare, les recueils de citations qui fonctionnent, je veux dire qui déroulent autre chose que des fragments hâchés de sentences et de bons mots. La plupart du temps, les recueils, c’est bon pour les cuistres. Les Achille Talon. Là, c’est autre chose, car il se dégage de l’ensemble comme une petite musique, bien sûr assez sombre, mais avec des tonalités bien agréables, comme une douce amertume. La recherche était là, il s’agissait de trouver comment au sein de cette litanie désenchantée, les livres pouvaient se répondre, identifier ce long "murmure" dont parlait Umberto Eco.
Et finalement, au détour d’une phrase, après avoir soi même identifié la nature de notre désolante affliction, on se sent moins seul car en compagnie de quelques uns, et pas des moindres : Virgile, Chateaubriand, Céline. Et j’en passe. Effectivement, en la matière, tout a déjà été dit. Et bien dit.
Vous en connaissez beaucoup, vous, des antidotes au désespoir, à 7 euros ? Alors profitons d’une journée de non-travail - grève, congé, dimanche, maladie ou autres - pour rallonger nos manches, se poser un peu à l’écart et profiter de cette traversée du désespoir qui fonctionne comme un baume.
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