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Romans
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Ce roman sur l’enfance et l’adolescence est placé sous le signe du deuil : de la mère d’abord, du père ensuite, et finalement, de tout un passé que le narrateur revoit avec une nostalgie mitigée d’humour sombre et de fascination pour le sordide. L’épisode qui donne au livre son titre est très révélateur sur ce plan : au cours du premier Noël après la mort de la mère, ses fils adolescents et le reste de la famille font leur possible pour feindre que tout va bien, mais la dinde que les garçons ont fait cuire s’avère presque crue, et prend aux yeux de tous l’aspect d’un cadavre aussi répugnant qu’accusateur. Il sera fort difficile de s’en débarrasser, presque autant que d’un corps humain - un fait qui correspond symboliquement à la persistance des souvenirs malcommodes, dont toute la narration est tissée.

Certains sont plus gais, ou paraissent tels : le récit à deux voix, du point de vue du narrateur et d’un jeune rat, de la mésaventure qui réunit leurs oncles respectifs, est souvent hilarant, mais le sinistre, le poignant et le repoussant l’envahissent progressivement jusqu’à culminer dans son épilogue. De fait, chez Stelzer, tout se passe comme si le corps vivant - qu’il s’agisse d’un rat ou d’un humain - était avant tout voué à souffrir et à se muer en objet de honte même quand il apparaît à prime abord comme une incarnation de l’idéal. Ainsi, la marathonienne norvégienne que le narrateur et son frère admiraient finit vaincue pour avoir eu mal au vente pendant la course ; dans une variante plus séduisante du même passage de l’idéal au prosaïque, la cousine qu’ils voyaient comme une Sainte Vierge se révèle capable de glisser des préservatifs dans ses porte-jarretelles...

Achevant de se rappeler les images marquantes de son passé, le narrateur constate qu’il a parlé surtout de choses répugnantes, alors qu’il voulait parler de l’enfance. Paradoxalement, c’est là le meilleur atout de ce livre, dont la justesse, l’originalité et le charme étrange proviennent précisément du choix de privilégier l’aspect physique (y compris le plus ignoble) des souvenirs d’enfance. En mettant en valeur les images du sordide et des expériences physiologiques qui vont de la fièvre à la masturbation, l’auteur restitue l’une des dominantes les plus typiques de la prime jeunesse : la fascination pour les choses qu’on peut encore percevoir comme inédites et propres à constituer des événements majeurs quand elles s’imposent aux sens. L’aspect choquant et l’humour noir de certains passages se justifient de même, correspondant à la façon spontanée de sentir et de penser d’un âge auquel les principes moraux et les schémas sentimentaux propres au monde adulte sont encore étrangers. La finesse du texte tient à la façon indirecte dont il parvient à nous placer au point de vue d’un enfant, et mieux encore, au sein de ce qu’il ressent.

La traduction de Dominique Vittoz restitue admirablement l’écriture de Stelzer, son ton et son rythme particuliers, qui oscillent entre la mélancolie et le rire comme entre la prose et la poésie. En refermant ce livre, on sait qu’on va le relire, et qu’on va guetter les prochains romans de l’auteur.



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Agathe de Lastyns, le 21 janvier 2009 - article3487.html
Franco Stelzer, Notre premier, solennel et très étrange Noël sans elle (traduit de l’italien par Dominique Vittoz), Éditions du Rocher, novembre 2008, 157 p. - 17,00 €.
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