Si vous avez déjà croqué le petit dernier des "Découvertes" de Gallimard, Henri Cartier-Bresson, le tir photographique, il vous reste alors l’essentiel à découvrir. Cette relation d’un demi-siècle. Celle d’un lecteur assidu devenu l’artiste qui a fait l’objet du plus grand nombre d’articles dans les pages du journal. Pourtant réputé réfractaire à l’image. C’est dire si la gageure a du piment.
Voici donc rassemblé les soixante-quinze principaux articles que Le Monde a consacrés à HCB. De 1955 à 2007. Le tout complété par le reportage photographique que Cartier-Bresson a consacré au Monde, en mars 1985.
Un long récit en guise d’introduction à ce voyage pas comme les autres. Le résultat de la lecture du Monde, d’une enquête et d’entretiens. Cela pour vous restituer le contexte de publication des articles. Vient l’enrichir la correspondance entre le photographe et Le Monde. Une manière de nous informer sur l’influence de l’artiste sur le journal. Mais aussi de son attachement - et de ses agacements. Cela pour vous donner une idée la plus précise possible de ce que fut la vie de Cartier-Bresson à travers les centaines de citations de son nom.
Plus largement ce livre essaie de répondre à deux questions - essentielles. Le traitement de la photographie dans Le Monde. Comment et pourquoi l’image s’est imposée - en soixante ans - dans un journal sans photos. Qui sont ces journalistes, ces écrivains qui, durant plus de cinquante ans, ont écrit sur la photographie. Et surtout sur Cartier-Bresson. Et comment l’ont-ils fait ?
Dans les deux cas, vous le verrez, HCB a joué un rôle clé. Vous aurez alors une vision d’ensemble qui vous permettra de mieux cerner l’un des plus grands photographes du siècle dernier.
Ce livre est le récit d’une aventure commune entre HCB et Le Monde. A distance mais aussi rapprochée. Une relation passionnée et tendre. Parfois prises dans les tumultes.
Les images d’Henri Cartier-Bresson sont parmi les toutes premières publiées dans le quotidien du soir. Et comme un effet de miroir, il devient le premier photographe français auquel un article long a été consacré. Le premier - encore - à avoir une image publiée avec un compte rendu d’exposition. Il est aussi le seul à bénéficier - à deux reprises - d’entretiens sur trois pages ( !). Il est enfin le seul à avoir eu l’honneur de la manchette. Picasso et Matisse n’ont pas eu ce privilège...
Un bel ouvrage historique. Pour les fans, les chercheurs, les curieux. Un peu long. A lire en diagonale ou par étapes. A ouvrir au hasard. Une suite d’articles en six chapitres majeurs, dont la fin sent parfois le soufre. Notamment celui du 13 juillet 2006. Un procès d’intention fait à Raymond Depardon parce qu’il a piloté les rencontres d’Arles en disant son rejet de la photo d’HCB. Pourquoi s’offusquer qu’il préfère les photographes américains ? Il en a le droit. Le Monde n’est pas le gardien du temple - comme il se plaît trop souvent à le faire. Surtout quand on s’amuse à lire le titre : Crime esthétique à Arles. Mr Guerrin a-t-il oublié que l’on ne dit pas "à Arles" mais "en Arles" ? Depuis le départ à la retraite du dernier correcteur au Monde - remplacé par un logiciel - on voit le résultat. Preuve que l’image ne fait pas tout.
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