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Mourir pour l’honneur

On entend dire souvent qu’une sortie d’un DVD est la « deuxième vie » d’un film, alors quand il s’agit d’un film disparu depuis près de quarante ans, d’un film qu’on a voulu et pensé détruire, retrouvé par miracle en 2005... Quels mots utiliser ?... « deuxième vie » ? : mon Dieu que c’est plat... la deuxième vie des « Ch’tis » d’accord. Chiffres et Ch’tis à l’appui. Mais quand le film a été réalisé par Mishima lui-même, monument littéraire du siècle à peine achevé... quels mots utiliser ? « Renaissance » , « Résurrection » ? .... peut-être mais je pense que Mishima n’a pas besoin, ni envie, de seconde naissance, ni de renaître, ni de ressusciter. Il est là, monstrueux, là où il a voulu être.

En ce triste mois de novembre aux journées courtes, à l’évidence, nous avons besoin de nous distraire, de nous divertir, de nous évader et il est légitime de chercher un peu de soleil sur les écrans. Evadons-nous, distrayons-nous youp la la... bla bla. Et si, au contraire, on en profitait pour lire et voir ? Lire et voir parce que vous en connaissez beaucoup vous, des coffrets dvd, qui proposent, face à face, comme une proposition schizophrène, un livre et un disque ? Quelques nouvelles de Mishima d’un côté dans un livre édité spécialement par Folio, s’il vous plaît, et un film d’à peine 30 minutes, adapté d’une des nouvelles. Yukoku, Rites d’amour et de mort est une adaptation de Patriotisme par le même auteur. Là, les œuvres se répondent, et je pense qu’il faut vivre cette expérience : voir le film, lire la nouvelle et revoir le film. Question de dimension et d’engagement peut-être.

La scène se passe en plein hiver, en décembre 1936, des officiers japonais rebelles expriment leur fidélité à l’empereur en tuant des ministres. Takeyama, officier et ami des rebelles, jeune marié doit être chargé de les arrêter. Il ne peut lutter contres ses propres frères si sincères et fidèles à son propre code de l’honneur. Il préfère donc se donner la mort, par seppuku, sa femme, témoin, l’accompagne. Voilà pour l’histoire.
Le film décrit, sculpte et met en scène leur mise à mort minutieuse. Intime et respectueuse. Digne, morbide, héroïque et pathétique. La mise en scène globale est théâtrale mais c’est un cinéma de gros plans. Les détails sont splendides comme cette main de femme, dont l’extrémité des doigts, à la lumière, formait un précieux bouquet. Allez toujours donner de la lumière à un livre. Poser de la lumière sur des mots. Voilà le film.

La nouvelle s’achève par la mort de Reiko, la femme, qui s’enfonce le poignard au fond de la gorge, à un demi-mètre de son mari, déjà mort. Le film s’achève par les corps exposés, unis par l’amour et par la mort. Quatre années plus tard, le 25 novembre 1970, après avoir tenté lui-même de mobiliser les forces d’autodéfense dont il faisait partie pour rétablir le Japon traditionnel, Mishima effectue Seppuku et se donne la mort. Rite qui n’avait pas été pratiqué depuis 1945.
Il était d’un temps qui n’était plus le sien. Il avait annoncé et préparé sa mort contemporaine et atemporelle par ses livres et par son film. Sa femme voulut détruire le film. Il fallait du compromis et de la respectabilité. Alors que tout va très vite, et que nous sommes maintenus dans un flot permanent d’illusions distrayantes et distractives, il peut être bien apaisant de voir cette œuvre illuminée d’un être aussi authentique qu’appliqué, si loin de ce bla bla de faux-semblants médiocratiques. Nous savons que les démocraties sont bien capables de porter à leur tête les plus vendeurs et de laminer les plus conscients. Ce concentré d’amour et de mort est une leçon d’esthétique. Vitale. Que faisons nous de notre
vie ?



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Camille Aranyossy, le 28 novembre 2008 - article3450.html
Yukio Mishima, coffret YUKOKU, Rites de mort et d’amour, Editions Montparnasse Video, 38 minutes, Noir et Blanc. Sortie 4 novembre 2008 - 22,00 euros.
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