Quand la tempête fait rage il faut revenir aux fondamentaux. Relire le Petit livre rouge ne semble donc pas incompatible avec la crise actuelle. Comme par un hasard heureux, voici un livre fort à propos paru cette semaine. Et parmi les textes rassemblés, certains sont si célèbres que leur titre fait effet de proverbe : "Une étincelle peut mettre le feu à toute la plaine" Les subprimes seront-ils cette flammèche qui embrasera le monde capitaliste ? Peut-être. Le salut alors serait-il dans la révolution ?
Mao Tsé-toung est le seigneur marxiste du désordre. En effet, l’histoire du marxisme se condense en deux courants. Deux transitions qui se suivent. De Marx à Lénine. Et de Lénine à Mao. Dans ces deux cas, il y a déplacement de la constellation initiale du pays le plus avancé - comme le prévoyait Marx - vers un pays relativement arriéré. Et la révolution a lieu dans le mauvais pays.
Mais il ne faut pas condamner la réinvention du marxisme que Mao tente de théoriser. Elle n’est pas inadéquate en tant qu’elle constituerait une régression par rapport au modèle. Mais aussi il ne faut pas estomper la violence de la coupure en acceptant la réinvention de Mao comme une suite logique ou une application du marxisme.
L’accomplissement de Mao est ici considérable. Son nom recouvre la mobilisation politique de centaines de millions de travailleurs anonymes du tiers-monde dont le labeur fournit l’invisible substance. Cet arrière-plan du développement historique. Et la mobilisation de tous ceux que même un poète de l’altérité comme Lévinas écartait au titre de péril jaune.
L’argument clé de Mao est que la contradiction principale - et universelle - n’est pas superposable à la contradiction qui doit être traitée comme dominante dans une situation particulière. C’est bien dans cette dimension universelle que réside littéralement cette contradiction particulière.
En Chine sous occupation japonaise, l’unité patriotique contre les Japonais était la nécessité prédominante si les communistes voulaient gagner la lutte des classes.
Mao engage donc le pivot de son enjeu politique. Il affirme le rôle clé de la lutte politique. Il insiste sur la théorie, la superstructure ; ce qui, d’après lui, avait été négligé par Staline.
Face aux déboires actuels, que faire ? Face à l’absence totale de conscience politique, que faire ? Face à la destruction des partis - dits - de gauche, que faire ?
Comment devons-nous révolutionner un ordre dont le principe même est l’autorévolution constante ? C’est sans doute la seule question à nous poser aujourd’hui. C’est ainsi qu’il faut répéter Mao. En réinventant son message adressé aux centaines de millions de piétinés. Un message tout simple. "Grand n’est pas synonyme de redoutable. Le grand sera renversé par le petit et le petit deviendra grand."
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