http://www.lelitteraire.com
l'Actu des livres
 Contacter
 Isabelle Roche
Ses derniers articles :
L’Iguifou - Nouvelles rwandaises
Frémissements théâtraux à Sarlat
Petit manège à Ottignies
Le nouveau site FMR-Marilena Ferrari
La saison 2009-2010 à la Colline
Du changement dans la continuité à la Colline
Deux coups de cœur...
FMR bouge...
Bientôt au Théâtre du Lierre...
Sa Majesté des Mouches (Ned Grujic pour la m. en scène)
Dé-blogage...
La Revue Blanche FMR numéro 4
L’Œil d’Apollon
L’Enigme des Blancs-Manteaux
L’Homme au ventre de plomb
Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée
La Revue Blanche FMR n° 3
Entrevue au grenier... (IV)
Les Morts concentriques
La fascination Fu Manchu
  
4695 articles en ligne


Théâtre
afficher une version imprimable de cet article Imprimer cet article

"Reprise en raison du succès"... Voilà une formule plaisante à lire dans le dossier de presse d’un spectacle que l’on a aimé. Créée en automne 2007 à l’Aktéon théâtre, reprise au théâtre de l’Essaïon en juillet 2008 - là même où elle prend, en ce moment, ses quartiers d’automne - la pièce de Musset revisitée par la compagnie des Larrons fit halte cet été à Sarlat. Oui, revisitée au-delà de ce qu’apporte la seule opération de mise en scène ou d’adaptation d’un texte dramatique : ne voulant pas aborder la pièce de manière habituelle - elle est en général jouée conjointement à Un Caprice - et cherchant un moyen de la sortir du salon bourgeois où elle est censée se dérouler, Isabelle Andréani a eu l’idée d’insérer le texte de Musset, sans rien modifier à son argument, à l’intérieur d’une autre intrigue qu’elle a elle-même forgée : elle a écrit un "lever de rideau" intitulé La clef du grenier d’Alfred qui, doucettement, amène le spectateur auprès du Comte et de la Marquise en train de jouter autour d’un amour partagé qu’ils ne veulent pas s’avouer...
Ce faisant, elle cligne de l’œil à certaine tradition théâtrale qui, jadis, proposait des "levers de rideau" aux grandes pièces : souvent étrangers au propos de celles-ci, de petits drames en un acte étaient joués en guise de préambule comme, autrefois, l’on pouvait voir au cinéma un court métrage avant le "grand" film. Clin d’œil d’autant plus juste que la pièce de Musset est, à l’origine, un lever de rideau !

Petit retour en arrière...
Jeudi 31 juillet 2008. Le temps est beau mais le vent s’est invité, et ne cesse de courir par rafales légères - agréables pour nous qui n’avons qu’à serrer autour de nos épaules la petite laine prévue pour faire obstacle à d’éventuelles fraîcheurs mais bien importunes dans ce grenier à ciel ouvert recréé sur la scène. Face à nous, tout un désordre artistement composé de malles, d’objets que l’on sent embarrassés de poussière, de nostalgie - comme portant au bout d’eux-mêmes une ruine, une défaite. Un tableau auquel on semble avoir renoncé, des sièges... et, surtout, des feuillets épars, ici, là, un peu plus loin, partout jonchant le sol et qu’il a fallu immobiliser par des cailloux pour que, brisant alors le décor, ils ne prennent pas pour de bon leur essor, poussés par le vent.

Tout est en place quand les spectateurs gagnent leur siège. On a le sentiment de contempler un univers en dormition - c’est un sommeil des choses, une torpeur dont vont peu à peu les tirer, une fois qu’ils auront poussé la porte - panneau polygone de forme étrange tenu par un frêle chambranle là-bas en fond de scène - Édouard et Léonie. Ils sont en quête de harnais. Nous sommes en 1851 ; M. de Musset, alors en veine d’argent, peut s’offrir les services d’un cocher ; Édouard a été embauché et Léonie, la servante de l’écrivain, doit donc retrouver les outils indispensables à son office, remisés au grenier depuis le dernier revers de fortune du poète...
Voilà donné l’argument de base justifiant une fouille en règle de l’endroit : l’on remue, l’on retourne et déplace tandis que se lèvent des volutes de poussière et qu’à chaque objet ou presque Léonie attache une émouvante anecdote tirée de la vie de Musset - toutes anecdotes strictement authentiques, précisera le lendemain, à Plamon, Isabelle Andréani.
Et puis on lit les pages éparpillées : ici quelques lignes d’une lettre de George Sand, là un poème, ailleurs des extraits de telle pièce... Et au fil de ces bribes tirées de l’œuvre de Musset que le spectateur visite ainsi à sauts et à gambades, Édouard et Léonie se découvrent l’un l’autre à travers l’admiration qu’ils vouent au poète et cheminent, de texte en texte, jusqu’à celui qui les transporte pareillement tous les deux : la petite pièce en un acte Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée.

Rien ne les contraint à se hâter. Alors ils se mettent... non pas à lire simplement mais à jouer. Léonie s’empare d’un châle dont elle se drape avec distinction, Édouard apporte de l’élégance à sa mise ; elle devient la Marquise - une veuve encore jeune qui "a son jour" et crie haut qu’elle ne veut pas être courtisée car cela l’ennuie - et lui le Comte, amoureux de la Marquise mais qui ne sait pas le lui dire autrement que de fort ordinaire manière au goût de l’intéressée. Ils argumentent et ferraillent dur verbalement pour se convaincre l’un l’autre qu’ils s’aiment... sans se le dire. Et quand l’aveu est enfin consenti, la parenthèse théâtrale se clôt. Édouard et Léonie reviennent brusquement à eux et à ces fameux harnais qu’il convient de trouver rapidement. Ils quittent le grenier, la porte se ferme...

La création d’Isabelle Andréani est heureuse à bien des égards. D’abord son texte est un bijou d’intelligence et de finesse : elle a su lui imprimer une musique en parfaite harmonie avec le phrasé de l’écrivain tel qu’on l’entend dans le dialogue entre le Comte et la Marquise sans que jamais on ait le sentiment qu’elle imite ou singe l’écriture du poète. De plus, elle se montre d’une grande subtilité dans sa façon d’agréger à la conversation d’Édouard et Léonie les extraits de Musset. Enfin, la double mise en abyme qu’instaure "La clef du grenier d’Alfred" - la pièce jouée dans la pièce ; la relation entre le Comte et la Marquise apparaissant comme le reflet de celle, naissante, entre le cocher et la servante que rapproche une commune admiration pour leur maître - confère un bel et original éclat au texte de Musset.
Quant au jeu des comédiens ? Il est admirable de justesse et de légèreté. Isabelle Andréani est une émouvante Léonie qui sait exprimer avec beaucoup de discrétion - mais non moins de force - la profonde dévotion qu’elle voue à son poète de maître et sait tout aussi bien faire sa Marquise ; Xavier Lemaire est parfait en cocher lettré, adepte des "poulaillers" versant à l’occasion dans le militantisme social quand il affirme que le théâtre doit rester populaire avec, dans la voix, une pointe de gouaille qui disparaît dès qu’il se glisse dans le rôle du Comte.

Blotti pour l’automne dans la salle de L’Essaïon, "le grenier d’Alfred" sera à l’abri du vent et les feuillets épars se tiendront tranquilles dans leur désordre. Allez donc au théâtre de L’Essaïon emboîter le pas sans tarder aux deux Larrons qui reprennent leur spectacle car c’est un très bel hommage qu’ils rendent à Musset et, avec eux, vous apprendrez à l’aimer - aussi bien l’homme que l’artiste.


Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée
Texte d’Alfred de Musset - Précédé du lever de rideau écrit par Isabelle Andréani : "La clef du grenier d’Alfred"
Mise en scène :
Isabelle Andréani
Avec :
Isabelle Andréani, Xavier Lemaire
Décors :
Pierre Alain 
Costumes :
Compagnie Ilda Coniglio
Lumières :
François-Éric Valentin
Durée du spectacle :
Environ 1h20

Parmi les différentes éditions existantes de cette pièce nous citerons celle qui était à la disposition des festivaliers à la Maison de la presse de Sarlat :
Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée suivi de Un Caprice, J’ai Lu coll. "Librio Théâtre", mars 2006, 78 p. - 2,00 €.

Pour tous les détails et voir quelques photos, visitez la fiche du spectacle sur le site de l’Essaïon. Et complétez votre visite par un détour chez les Larrons...



Il y a 7286 signes dans cet article.
Isabelle Roche, le 11 novembre 2008 - article3401.html
Jusqu’au 31 décembre 2008, les vendredis et samedis à 20 heures, les dimanches à 18 heures. Théâtre de l’Essaïon, 6 rue Pierre au Lard - 75004 Paris
©2004-2012 LELITTERAIRE.COM.
Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (texte, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par lelitteraire.com. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, transmise, rediffusée, traduite, vendue, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de La Rédaction.

Envoyer l'article à un ami
Destinataire  :
(entrez l'email du destinataire)

De la part de 
(entrez votre nom)

(entrez votre email)


afficher une version imprimable de cet article Imprimer cet article
générer une version PDF de cet article Version PDF



Tolkien, un auteur à (re)découvrir.
Entretiens sur l’art
Jacques Rancière à Marseille
 
http://www.lelitteraire.com
Les articles les plus consultés
 Recherchehttp://www.lelitteraire.com

Romans | Nouvelles | On en parle | Pôle noir | SF | Essais/documents | Inclassables | Poésie | Poches | Chapeau bas ! |
On jette ! | DVD | Théâtre | Les érotiques | Événements | Entretiens | Dossiers | BD | Jeunesse | Manga |
Beaux livres | Arts croisés | Le littéraire TV |

Copyright © 2004-2012 lelitteraire.com - Tous droits réservés - 
Site optimisé 1024x768 - IE 5x et +, Firefox 3.0.3 et +, Safari 4.0 et +

Rédaction
Contacts
Mentions Légales