
Pas si bête !
Le 17 septembre 2008, François Xavier nous avait dit tout le bien qu’il pensait du livre de Marie-Sabine Roger. Sans doute n’a-t-il pas été le seul puisque Jean Becker a mis en images ce roman qui est aussi un conte moderne. Pour celles et ceux qui ne l’ont pas encore lu, deuxième chance...
Il y a dans tout homme la possibilité d’un mieux, et ce n’est pas une utopie ni un excès d’optimisme. C’est du moins le postulat de départ du dernier roman de Marie-Sabine Roger, que l’on connaît plutôt pour sévir avec succès dans l’édition jeunesse mais qui nous prouve ici qu’elle a aussi les armes pour titiller nos zygomatiques de belle manière. En nous offrant ce portrait coloré d’un ravi, comme on dit chez moi en Provence, un gentil bougre qui n’a pas inventé le fil à couper le beurre mais qui ne ferait pas de mal à une mouche. Germain Chazes, 45 ans et plus d’un quintal de muscles mais l’esprit ailleurs. Il gravite autour de quatre amis, vit dans une caravane au fond du jardin de sa mère, et laisse le temps filer... Il le meuble entre le bistrot et le parc dans lequel il s’amuse à compter les pigeons, assis sur un banc public. Quand il ne s’obstine pas à rajouter son nom sur le monument aux morts en utilisant les derniers feutres indélébiles que lui a vantés le papetier du village.

Et c’est là, dans le jardin public, de la manière la plus anodine qui soit, qu’il fait la connaissance de Margueritte (avec deux T), une mamie modèle réduit de 86 ans... La coquine fait le mur de la maison de retraite pour venir respirer l’air frais sous les marronniers. Elle aussi s’anime à la vue des pigeons. Un point commun qui va rapprocher ces deux-là qui n’étaient, à première vue, pas faits pour se rencontrer. Mais il aura suffit d’un vocable usuel, d’une attention particulière, d’une politesse exprimée dans un profond respect. Un simple Monsieur à l’adresse de Germain pour que la machine s’emballe et que l’émotion fasse le travail... Tout l’amour emmagasiné au fil des ans et jamais déclaré à cette mère atrabilaire qui n’a jamais su l’élever va trouver en cette grand-mère providentielle de quoi alimenter sa source et s’épancher dans les artifices de la littérature. Grâce à la lecture, Margueritte va enseigner, par petites touches subtiles, la richesse du vocabulaire et le sens de la nuance. Et de lecture en lecture Germain comprendra qu’avec Annette, sa compagne, il y a autre chose. Qu’il ne baise plus mais qu’il fait l’amour... Et le monde va s’inviter à lui et lui ouvrir de nouveaux horizons.
Rédigé par Germain, ce récit scintille de trouvailles et de jeux de mots. De Jojo Zekouc (le cuisinier - il apprendra plus tard que The Cook est son surnom dérivé de l’anglais) à toute une série de réflexions qui cinglent le tempérament du bonhomme et donne ce ton plein de tendresse et d’humour bravache, le lecteur est bercé par de courts chapitres dont les chutes claquent comme autant de vérités :
Il te sape pas le moral, il te le dioxine.
Et ça, voyez, j’aurais jamais pensé que je le penserais. Sans parler de le dire.
Vous pouvez la serrer autant que vous voulez, c’est souple de partout. C’est comme un édredon, en fille.
Et je me dis que tenir une grand-mère, c’est pas plus reposant que tomber amoureux.
Un pur moment de complicité que la lecture de ce livre naïf qui nous ramène à l’essentiel : le plaisir d’offrir, le temps partagé, la famille... Oui, le bonheur est dans le pré...
Première publication le 17 septembre 2008
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