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DVD
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Peu de temps après la publication de ma critique sur Le temps du ghetto, j’ai reçu par la poste ce DVD au titre franchement énigmatique. Je n’avais jamais entendu parler de Georges Mathieu. Je connaissais un peu Frédéric Rossif, à peine, mais il n’y avait aucune trace de ce film dans les courtes biographies que j’avais lues. C’est dire que j’abordais cette œuvre comme un petit navigateur portugais devant les premières côtes du Brésil, très curieux et aux aguets. Ce voyage en terra incognita m’a ouvert les pupilles : habitué au noir et blanc et au montage sobre et subtil des documentaires de Rossif, j’en ai pris plein les mirettes : tiens voilà du rouge, du bleu, du vif et des effets en veux-tu en voilà - autant sur les toiles que dans le film d’ailleurs... De retour au port, je me retrouve dans la position de faire partager ma découverte de ce petit bout d’île que je croyais être le Brésil. Je suis là pour ça finalement, un pied dans la toile Internet, pour vous inviter à faire un petit détour et défendre ce qui est à l’écart des grands courants. Il en a fallu de la volonté pour en arriver là et je dirais même qu’il a fallu trois volontés pour que ce DVD existe enfin.

La première volonté est celle d’Yves Rescalat, éditeur, producteur indépendant dont c’est là la toute première production. Il a découvert les anciennes bobines du film, les a restaurées. Il a créé sa propre société de production, Zoroastre, dans l’idée d’aller sauver par la suite d’autres films inconnus ou laissés de côté. La restauration, soutenue par le CNC, est remarquable. Les bonus sont des vrais compléments au film ; ils comprennent une interview très fine et délicate du maître, le scénario du film, de belles photographies du tournage et des biographies.

La deuxième volonté est bien entendu celle de Frédéric Rossif, dont l’œuvre est trop souvent réduite aux documentaires animaliers ou historiques. Reconnu comme un spécialiste des films de montage, aussi implacable que discret, il a élargi son champ d’étude et appliqué ses compétences à l’univers de la peinture, dont il était très proche. Le montage s’impose alors de manière bien plus nette, il s’affirme tandis que l’homme, lui, reste derrière, pose ses caméras et filme Georges Mathieu en train de peindre. Là c’est du cinéma : il y a action, tension et caractères. Car ce peintre est un personnage ; il a la moustache cinématographique. Et il fallait l’immense modestie de Frédéric Rossif pour rendre compte de ce type d’artiste énorme et entier qu’est Georges Mathieu. Si une volonté devait triompher, ce devait être la sienne. Alors merci Frédéric.

La troisième volonté, celle du peintre, constitue un affranchissement total né de l’après-guerre. Le cataclysme de la Deuxième Guerre mondiale est essentiel chez Rossif comme chez Mathieu. Un tel cataclysme demandait une rupture formelle fondamentale - celle de Mathieu - et instaurait en même temps une demande de compréhension, c’est-à-dire d’explication intelligente et sensible - ce à quoi répond Rossif. À eux deux, ils font donc un film sur une œuvre ou un monde qui se crée, car il s’agissait de crier par fulgurance dans un monde en ruine... première parole du film.

Comment crier ? Comment créer ? Par des signes. Pour Georges Mathieu, le signe précède sa signification, il faut donc éviter de penser au préalable la signification et faire d’abord un geste, c’est-à-dire le geste qu’il faut, et le trouver plus rapide que la pensée. L’abstraction lyrique doit inventer un nouveau vocabulaire pour battre les abstraits géométriques. Il ne s’agissait pas d’appliquer des règles, de poser des normes mais de fonder une nouvelle identité sur la base de signes. On assiste alors à de véritables transes ou danses en happening, et les toiles sont belles. Es-sens-tielles.

Il y a chez Mathieu une fascinante logique du contradictoire, c’est-à-dire une logique totale de l’être qui s’est affranchie de la vraisemblance et d’une morale classique et convenue. Et ses peintures le montrent heureusement, car elles ne sont plus le reflet ou le portrait d’un artiste ou d’un homme mais le prolongement d’un être qui fait.

Ce documentaire n’est ni le déroulement stupide et convenu du portrait d’un artiste (sa naissance, son village, son adolescence, ses joies, ses voisins, ses peines, sa rue, etc.), ni l’explication didactique d’une œuvre mais il est une expérience. Il participe à une recherche ; en la mettant en scène, il lui donne de l’image et du son - et notamment la musique de Vangelis, encore peu formatée et innovante. Le spectateur est ainsi littéralement immergé dans un univers nouveau et cohérent de signes, de sons, de couleur et de gestes.

Alors si la beauté est une sorte de présence qui sublime le reste - c’est l’ultime phrase de tout le disque - alors ce film contribue, modestement, à nous rendre plus sensibles. Ce film, finalement, ne nous impose rien. C’est déjà ça et c’est beaucoup. 


Georges Mathieu ou la fureur d’être
Réalisateur :

Frédéric Rossif
Commentaires :
François Billetdoux
Caractéritiques techniques :
Son Dolby Digital 2.0 et Dolby Digital 1.0 (mono d’origine) - Format écran large 16/9, compatible 4/3 -Menus entièrement animés - Chapitrage - Contenu du DVD entièrement bilingue anglais /français. 
BONUS
- Interview exclusive de Georges Mathieu sur le film et son oeuvre.
- Galerie photo exclusive haute définition : toutes inédites d’après négatifs originaux.
- Photos inédites de Vangelis.
- Biographies.
- Fac-similé du scénario original.
- Fac-similé de la lettre de Mathieu à Frédéric Rossif.
- Fac-similé de la lettre de Jean d’Ormesson à Georges Mathieu.
- Partie DVD ROM reprenant l’intégralité des photos et des textes contenus dans le DVD.

P
our visiter le site du film,
cliquez ici.



Il y a 5791 signes dans cet article.
Camille Aranyossy, le 9 juillet 2008 - article3357.html
Frédéric Rossif, Georges Mathieu ou la fureur d’être (commentaires de François Billetdoux), DVD zone 2 - Arcades vidéo, septembre 2007 - 20,00 €.
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