La ville de Nancy honore Victor Prouvé
Victor Prouvé fut un artiste multiple. Refusant de s’enfermer dans un style, il fut tout à la fois peintre, sculpteur et dessinateur. On lui doit nombre de motifs qui firent la gloire de Gallé et Majorelle. Mais il s’intéressa aussi aux domaines périphériques. La photographie. L’affiche. Le textile. Le cuir. Homme complet et prolifique, le voici honoré par la ville qui l’a vu naître. Et plutôt trois fois qu’une !
Du 17 mai au 21 septembre 2008, se tiennent trois expositions à Nancy, au musée des Beaux-Arts, au musée de l’École de Nancy et au musée Lorrain. Pas moins.
Cette exposition monumentale qui lui est consacrée a demandé d’investir les trois musées de la ville. Elle y montre près de trois cents œuvres pour la plupart inédites appartenant aux collections nancéiennes, aux grandes institutions parisiennes ou à des collections privées et familiales.
Elle présente l’ensemble des domaines que Victor Prouvé a abordé jusqu’à la Première Guerre mondiale. La peinture (aspect primordial et soutenu durant toute son œuvre). La sculpture et une foison de dessins. Puis l’art décoratif dont il fut l’un des plus fervents défenseurs au sein de l’Ecole de Nancy. Enfin, l’estampe, l’illustration et l’édition.
Ce catalogue est le premier ouvrage de fond publié depuis près de cinquante ans. Il rassemble des contributions de spécialistes de chaque discipline. Il permet ainsi d’embrasser l’ensemble de la carrière de Victor Prouvé. Voilà un artiste transversal - ce qui, sans doute, l’a desservi dans la reconnaissance qu’il aurait dû avoir. Lui, si riche de tant de moyens d’expression. Si talentueux en divers domaines de création. Maîtrisant autant de techniques, il lui fut difficile de marquer son territoire dans une histoire de l’art si peu encline à s’intéresser aux créateurs pluridisciplinaires. Justice - enfin ! - lui est rendue...
Paradoxalement, à la fin du XIXe siècle, les artistes Art nouveau revendiquaient la multiplicité de leur savoir. Car il n’y a pas d’art majeur et d’art mineur. Victore Prouvé apparaît donc comme l’un des artistes emblématiques de cette période. Par l’étendue de sa production. Et la diversité des techniques utilisées de manière simultanée. Et surtout, oui, surtout, sans primauté de l’une sur l’autre.

Pour fêter le cent-cinquantième anniversaire de sa naissance ces trois expositions ont pour vocation d’offrir une vision de son œuvre déclinée à travers la peinture, la sculpture, les arts graphiques, le cuir, le textile, l’orfèvrerie, l’affiche, l’illustration et l’édition. Tout en témoignant de son activité d’artiste-décorateur.
Elles donnent - avec leur catalogue - un éclairage nouveau sur cette œuvre hors du commun. On ne dira jamais assez à quel point furent exemplaires la carrière et la production de Victor Prouvé. Il fut un héraut de l’unité de l’art. Et ses dessins que l’on retrouve sur des Gallé ou des marqueteries Majorelle, dont cet extraordinaire piano, en sont la preuve flagrante.
Il fut aussi un fervent défenseur des théories solidaristes d’Alfred Fouillée. Il fut un être sociable et social qui marqua son temps. Ce qui ne l’empêcha pas, non plus, de maintenir le cap dans son travail. Et d’inviter la beauté dans le costume, thème d’une de ses conférences. Son objectif est simple : apporter la beauté dans toutes les manifestations du quotidien.
Reconnaissons qu’il a pleinement réussi. Et ce volumineux album magnifiquement illustré le démontre à chaque page. Habilement construit : de sa première partie argumentée à la seconde, catalogue raisonné des trois expositions, le voyage est inspiré. Déroutant, prégnant, et tout simplement... beau.
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