Roman des paradoxes, roman hallucinogène qui sort tout droit de l’imagination d’un petit garçon qui refuse d’admettre la violence du monde dans lequel il vit. Il n’aspire qu’à l’amour et sait bien que ce n’est pas encore gagné... Les adultes lui paraissent médiocres et il refuse de s’identifier à eux, lui qui ne rêve que de grands espaces, de se transformer en fauve courant libre dans la savane. Libre, mot lâché comme on ouvre la cage aux oiseaux, libre au point d’en devenir fou. Folie qui n’est pas si loin de la réalité dès que l’on accepte de s’en accommoder, folie à l’instar de celle dépeinte par Dostoïevski avec l’œuvre de qui on pourrait tisser un parallèle à travers l’ambiance que ce court récit nous impose par sa narration douce et féline. Cet enfant roux qui n’est pas un tigre - pas encore - est le chant d’amour à la vie que l’enfance en train de disparaître écrit dans l’âme du jeune garçon. On y tisserait alors, aussi, un parallèle avec l’auteur qui n’a jamais su tenir en place et qui, depuis sa Colombie natale, a déjà eu plusieurs vies. Architecte de formation il exerce la profession de journaliste. Colombien, il vécut une année dans la jungle avant de s’envoler pour Manchester, puis Mexico puis Barcelone. Juif d’Europe de l’Est par ses grands-parents, il n’en tomba pas moins amoureux d’une Palestinienne et se maria. Aujourd’hui, ils vivent à Jaffa, et attendent un enfant.
D’ordinaire écrivant des polars, Ungar a trempé sa plume, cette fois, dans un bocal de miel pour nous parler de ce père au visage de fou qui se délite et traverse le décor pour devenir un fantôme. Il nous fait suivre les tribulations de ce rouquin qui hait sa grand-mère et surtout l’école qui n’est pas la savane mais un cube froid qui enferme l’âme. Mais ici, comme partout dans le monde, malgré l’extrême violence qui rôde, le bonheur finit par émerger. Il se tapit parfois dans de simples petits gestes qu’il faut savoir décoder ; comme l’amour d’une mère, la complicité d’une sœur qui a une tête de chat, des yeux persans et une douceur toute végétale. Il y a aussi ce voisin si gros et si drôle. Mais il y a surtout ce miracle, ce mirage qui a fui mais qui reviendra, au coin d’une rue, à l’angle d’un rêve, une nuit, un jour qui sait ? La sublime Aldana qui est bien la plus belle de toutes les créatures. Notre rouquin deviendrait-il un homme ? Le désir le tenaille... Et commence alors la plus belle des aventures, celle d’une vie.
Il y a 2452 signes dans cet article. |
| Antonio Ungar, Les Oreilles du loup (traduit de l’espagnol - Colombie - par Robert Amutio), Les Allusifs, avril 2008, 134 p. - 15,00 €. |
©2004-2010 LELITTERAIRE.COM.
Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (texte, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par lelitteraire.com. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, transmise, rediffusée, traduite, vendue, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de La Rédaction. |
|
Envoyer l'article à un ami
Imprimer cet article
Version PDF
|