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Théâtre
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PROGRAMME DE LA SAISON 2008 / 2009

L’on a vu dans le premier volet de ce compte rendu les noms des auteurs et les titres des pièces de la saison se détacher en lettres de couleurs vives sur le fond noir de l’affiche, liés les uns aux autres dans leur succession chronologique par une ligne pointillée. Tel un chemin de lumière dans la nuit. Ne faudrait-il pas voir dans ce graphisme une belle métaphore du théâtre - et plus particulièrement sans doute du théâtre public - dont l’ambition est, quels que soient les types d’écritures et de mises en scène, de fissurer les ignorances, d’ouvrir les consciences et d’éveiller les curiosités ?

Du 9 janvier au 6 février 2009 (Grand théâtre)
Minetti
de Thomas Bernhard (texte français de Claude Porcell, publié chez L’Arche éditeur) - Mise en scène d’André Engel et Dominique Müller.
Bernard Minetti est un acteur allemand récemment disparu qui a été l’un des acteurs fétiches de Thomas Bernard, au point qu’il écrivit une pièce tout exprès pour lui - celle-ci, simplement intitulée Minetti. L’argument en est simple : un vieil acteur prétend avoir rendez-vous avec un directeur de théâtre. Il attend l’hypothétique venue de ce dernier dans le hall d’un hôtel d’Ostende, en espérant obtenir de lui la possibilité de jouer une dernière fois le rôle du roi Lear après trente ans de silence...
Thomas Bernard est un auteur qui importe à André Engel puisque c’est ici la troisième fois qu’il monte une de ses pièces. Pourquoi, maintenant, travailler sur Minetti ?
Pour des raisons assez personnelles, explique le metteur en scène. Des raisons dont on comprend qu’elles s’articulent autour de trois personnages : Lear, Minetti... et Piccoli (Michel). Il s’agit de monter une pièce qui s’appelle Minetti avec un acteur qui s’appelle Piccoli. André Engel a monté Lear avec Michel Piccoli il y a deux ans. Mais l’acteur, paraît-il, n’était pas satisfait parce que le metteur en scène lui avait imposé de jouer sans couronne...
André Engel vire alors au showman, égratignant les rigueurs budgétaires infligées au théâtre public par un gouvernement peu préoccupé par la culture : sensible à la frustration de Michel Piccoli il lui propose de troquer son rôle de King Lear sans couronne contre celui de Minetti avec chapeau - faute de subventions, il n’est plus guère possible de monter un auteur comme Shakespeare ; une couronne ça coûte trop cher. Tandis qu’un chapeau...
Reste à déterminer la nature du chapeau de Minetti-qui-veut-jouer-Lear et, d’après ce qu’en dit André Engel, qui doit en discuter avec ses collaborateurs, même cela n’est pas gagné...


Du 8 octobre au 2 novembre 2008 (Grand Théâtre)
Incendies
de Wajdi Mouawad - Mise en scène de Stanislas Nordey.
Tout le temps qu’il parla, d’une voix claire mais tendue, marquant avec force l’accent sur certains mots comme s’il en martelait la syllabe cardinale, Stanislas Nordey discourut aussi avec ses mains qui effectuaient devant son visage une chorégraphie saccadée, parfaitement synchrone dans ses soubresauts avec cette élocution puissamment rythmée - je rapprochai vite ces scansions gestuelles et verbales de l’extrême rigueur angulaire de la scénographie qu’il avait imaginée pour l’Électre de Hugo von Hofmannstahl, en songeant qu’on dit de lui qu’il est un metteur en scène-architecte soucieux de géométrie justement...
Incendies est, à en croire Stanislas Nordey, une pièce impossible à raconter parce qu’elle repose sur une succession incessante de rebondissements, au point que l’on frôle parfois le théâtre de l’absurde. Mais l’on suit très bien parce que Wajdi Mouawad sait faire vivre de vrais personnages et que sa pièce, qui mêle le tragique, le comique et le burlesque, est une magnifique partition pour les acteurs. Voilà un brillant plaidoyer, où vibrent fort l’intense curiosité d’un homme ouvert à ce qui est de prime abord très éloigné de son univers et la belle amitié qui l’attache au dramaturge qu’il connaît depuis longtemps. Wajdi Mouawad, habituellement, monte ses propres pièces. Mais l’intérêt qu’a manifesté Stanislas Nordey, son envie d’expérimenter une rencontre entre ses options de mise en scène et cette écriture dont il dit qu’elle est aussi loin de [son] univers que l’est celle de Feydeau ont donné lieu à de belles conversations d’où a émergé ce spectacle.
Incendies fonctionne sur une série de retours en arrière visant à ranimer le passé d’une femme qui vient de mourir et qui demande par testament à ses deux fils jumeaux de reconstituer sa mémoire à partir de trois âges clefs de sa vie : 20 ans, 40 ans et 60 ans. Avec pour toile de fond la guerre du Liban, Incendies est une formidable saga où la tragédie a souvent pour contrepoint un comique quasi burlesque.


Du 13 au 25 septembre 2008 (Grand Théâtre)
Nada Strancar chante Brecht
Musique de Paul Dessau ; textes français de Jean-Pierre Siméon - Mise en scène de Christian Schiaretti et Jean-Claude Magloire.
Je pense qu’on ne dirige pas un acteur mais qu’on le suit, déclara Christian Schiaretti - voilà une de ces phrases énoncées au milieu d’autres qui tout d’un coup résonnent et prennent des airs de sentence... Ce spectacle de cabaret est né de l’admiration qu’il a pour la comédienne Nada Strancar, dont il dira qu’elle [lui] a beaucoup enseigné du théâtre. Ayant déjà chanté dans plusieurs pièces de Brecht, la comédienne avait en elle le désir d’aller plus loin dans ce travail du chant. Sachant cela, il était naturel qu’en fin de compte, Christian Schiaretti lui propose de monter un spectacle qui serait un tour de chant à part entière. Avec la complicité de Jean-Claude Magloire, nous sommes progressivement passés de l’espace du cabaret à celui du plateau - puis à celui du grand plateau... 
La quasi totalité des comédiennes qui chantent Brecht choisissent les mélodies de Kurt Weil. Mais comme je souhaitais me démarquer de ce qui se fait j’ai préféré travailler sur celles de Paul Dessau, même si elles sont plus difficiles à apprivoiser, expliqua pour sa part Nada Strancar.
Le spectacle compte des airs tirés de différentes pièces ainsi qu’un florilège de petits poèmes animaliers extrêmement caustiques, puis s’achève sur la traversée de Mère Courage...
Notons au passage que Christian Schiaretti signe la mise en scène de Par-dessus bord, qui était à l’affiche de la Colline jusqu’au 15 juin, et que Nada Strancar joue dans L’Orestie, programmée à l’Odéon jusqu’au 21 juin.


Du 18 septembre au 9 octobre 2008 (Petit Théâtre)
L’Amant
Une proposition de et avec Astrid Bas et Ami Flamer. Texte de Marguerite Duras (prix Goncourt 1984) - Adaptation d’Astrid Bas et Robert Lacombe.
La rencontre entre Marguerite Duras et Astrid Bas, qui a joué dans Écrire/Roma, mis en scène par Jean-Marie Patte au théâtre de L’Odéon, a donc déjà eu lieu... L’envie de creuser le rapport entre écriture et musique lui est venue peu à peu, quand on lui a proposé de faire une lecture de L’Amant
De lecture en lecture - de Barcelone à Toulouse... - le spectacle s’est ainsi élaboré, l’espace se structurant grâce à cette articulation qu’Astrid Bas et Ami Flamer - qui a composé la musique de plusieurs films de Duras - ont tâché de trouver entre l’écriture durassienne et le son particulier du violon...
Mais comme un spectacle théâtral ne gagne pas sa vraie substance sans qu’on l’habille de lumières adéquates, Astrid Bas a tenu à conclure sa présentation en remerciant Georges Lavaudant qui, malgré un emploi du temps très chargé, a accepté de "faire les lumières".



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Isabelle Roche, le 18 juin 2008 - article3334.html
La présentation de la saison 2008/2009 a eu lieu le 19 mai 2008 à 18h30 dans la grande salle du Théâtre national de la Colline - 15 rue Malte-Brun, 75020 Paris.
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