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Ma consœur vous l’avait présentée il y a deux ans lorsqu’elle reçut le prix Renaissance de la nouvelle 2006 pour Les Sangliers, un recueil paru chez Stock en 2005 (et réédité au Livre de Poche en 2007). Véronique Bizot est toujours aussi allumée. Elle manie un style dense, électrique et troublant. Voici six nouvelles percutantes sur le fil de la dinguerie. En effet, avec Véronique Bizot nous nageons dans l’absurde ; et en la lisant vous découvrirez un écrivain pour le moins singulier. Une inquisitrice des solitudes, une curieuse de tout mais surtout de nos angoisses qu’elle observe avec une loupe et un scalpel pour mieux y dénicher le tranchant de ses chutes, le saignant de ses intrigues... Car, ô magie de la littérature, il y a dans ces nouvelles un rien d’insolence qui nous fait rire, un brin de cynisme qui nous amuse, une mélodie étrange qui nous réchauffe comme un vieux manteau de laine retrouvé dans le grenier de la maison de campagne dans lequel on s’enroule devant la cheminée le temps que les pièces se déshumidifient... Notre cerveau est ainsi happé par les lignes et balancé ici et là dans la mélopée des histoires abracadabrantesques.
Tour à tour, nous cohabiterons avec un vieil homme ("Les Jardiniers") laissé seul par sa sœur partie vivre dans un tour du monde sans fin, seul avec des jardiniers qui lui offrent un ballet violent et assourdissant dans son jardin devenu champ de bataille. La méfiance s’installe : le vieil homme est sur ses gardes, ces jardiniers n’ont pas l’air catholique... Nous irons ensuite sur les traces d’un homme mort défenestré que deux amis réhabilitent en remontant jusqu’à la source de cette vie achevée dans l’impasse de l’impossible jamais avoué ("La Tour"). Nous rirons parfois en découvrant les avatars de cette étrange famille de jeunes paysans qui affrontent les dures réalités du métier et qui doivent, malgré ce que cela leur coûte, apprendre à vivre avec leurs bêtes - et de sombres voisins ("La Campagne"). Nous suivrons sous l’œil arqué d’une vieille dame chic et dubitative, un couple de jeunes mariés qui s’enfonce dans l’hystérie à cause de l’arrivée inopportune d’une flopée de rats en plein milieu de leur voyage de noces : lune de miel ou lune de fiel ? ("L’Hôtel"). Nous serons estomaqués par l’implacable vengeance qui découla d’un tragique accident entre amis ("La Femme de Georges"). Puis nous pourrons méditer sur les tendances de l’aversion qui - comme l’amour - survit à tout, même à la mort : et cela en suivant de très près l’enterrement d’un ennemi intime.
Vous l’aurez compris : il y a dans l’étrangeté de ces nouvelles une patte, un style et beaucoup de talent qui font que Véronique Bizot parvient à nous offrir un cocktail savant de rires et de frissons. Elle semble nous parler avec familiarité et joue d’un charme machiavélique avec lequel elle réussit à nous faire croire à l’inexplicable : c’est là sa force. Plus c’est grave, plus on rit : un délicieux paradoxe qui place Véronique Bizot dans le registre des écrivains qui comptent, de ceux qui savent parfaitement transcender l’illusion du détail pour mieux faire rendre gorge au déguisement des rôles et faire tomber les masques du quotidien dans ce qu’il a de plus banal. Les âmes sont retournées comme des gants, et la métaphysique s’invite le temps de quelques pages brillamment agencées. De l’horreur naît alors la lumière qu’il faudra ciseler comme on taille les haies.
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| Véronique Bizot, Les Jardiniers, Actes Sud coll. "Domaine français", mars 2008, 102 p. - 15,00 €. |
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