http://www.lelitteraire.com
l'Actu des livres
 Contacter
 Isabelle Roche
Ses derniers articles :
L’Enigme des Blancs-Manteaux
L’Homme au ventre de plomb
Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée
La Revue Blanche FMR n° 3
Entrevue au grenier... (IV)
Les Morts concentriques
La fascination Fu Manchu
Entrevue au Grenier... (III)
Rencontre avec Jacques Bonnaffé
Entrevue au grenier... (II)
L’Oral et hardi
Entrevue au grenier... (I)
Du cristal à la fumée
La Journée des Dupes
Autumn Square
Tomber de rideau...
Un jour avant Pâques - Rentrée 2008
FMR 24 & 25
Le Visage vert n° 15
La Dispute (m. en scène de Filip Forgeau) - Sarlat 2008
  
3317 articles en ligne


Événements
afficher une version imprimable de cet article Imprimer cet article

Le soleil se lève au sud ? Que l’on me pardonne cette impertinence scientifique - dont je ne me permettrai pas d’écrire qu’elle relève d’une quelconque "licence poétique" - mais elle s’est imposée à moi telle une fulgurance. Probable résultat de la confluence de plusieurs signes, certains repérables, d’autres opérant sans doute à un niveau souterrain hors de mon entendement, elle me paraît plutôt bien venue pour évoquer le trentième anniversaire d’Actes Sud - encore que trente années d’existence, aussi brillantes fussent-elles, ne soient pas exactement synonymes de "révélation" comme le suggérerait celle allusion à l’épiphanie solaire... En fait je songe surtout à la répétition d’une grâce quotidienne, correspondant assez à la place large, prestigieuse et, espérons-le, peu ébranlable, que s’est taillée cette maison dans le paysage éditorial francophone.
Il me faudrait aussi invoquer, parmi ces signes, le gracieux arc de cercle que décrit, dans le logo qui lui a été associé, le nom de la collection "Un endroit où aller" - et cette idée crépusculaire d’un soleil au seuil du jour comme de la nuit. À cela s’agrège la découverte que les éditions Actes Sud sont, d’une certaine manière, nées au fond du Sahara et d’une conception bien particulière de la cartographie - nous y reviendrons. Et puis, le jour où me recevait Hubert Nyssen - le premier jour ouvrable du mois de juin - tombait la nouvelle que le prix du Livre Inter avait été attribué à Henry Bauchau pour Le Boulevard périphérique...

Revenons aux sources - sableuses, pour tout dire. C’est en effet dans le cadre de la préparation d’un livre sur l’Algérie pour les éditions Arthaud, au lendemain de l’Indépendance, qu’Hubert Nyssen embaucha comme assistant un jeune géographe sorti de l’université de Lille, Jean-Philippe Gautier, avec qui il allait fonder, en 1969, l’Atelier de cartographie thématique et statistique - A-C-T-E-S. Quelque temps plus tard, en 1977, les éditions Actes Sud étaient créées. Hubert Nyssen suivait là son désir de diversifier la production de l’Atelier de cartographie et de renouer avec une vocation d’éditeur qui l’avait déjà habité alors qu’il était encore étudiant puis, plus tard, quand il ouvrit un théâtre à Bruxelles et entreprit de publier les pièces jouées - deux tentatives qui hélas tournèrent court mais préparèrent le terrain à ce troisième projet qui, lui, allait s’avérer florissant. En 1978 est constituée la SARL Actes Sud - les activités de l’Atelier de cartographie sont désormais distinctes de celle de la toute nouvelle maison d’édition ; cette même année paraît le premier ouvrage, La Campagne inventée, de Michel Marié et Jean Viard. Aujourd’hui, ce sont plus de six mille titres qui figurent au catalogue général de la maison, tous départements et collections confondus.

Avoir survécu pendant trois décennies aux diverses houles qui ont agité le monde du livre et en particulier celui de l’édition littéraire est en soi remarquable. Mais Actes Sud ne s’est pas contentée de survivre : outre que la maison s’est développée, elle a crû sans jamais s’écarter de ses engagements d’origine - la défense et la promotion d’une littérature de qualité, servie par des livres attrayants et soignés à l’extrême dans leur facture. Après trente années d’activité, sa réputation de haute exigence est intacte qui lui vaut une reconnaissance incontestable. L’on remarquera surtout l’originalité de la manière dont Actes Sud a assuré sa croissance, en se déployant à l’horizontale, tel un rhyzome - je reprends ici une comparaison proposée par Hubert Nyssen qui parla de développement rhyzomatique. Certes en créant des collections et domaines spécialisés, mais aussi en s’associant, selon des modalités juridiques et financières variables, à des structures existantes qui, toujours - et Bertrand Py, à la fois éditeur et directeur éditorial, insiste beaucoup là-dessus - conservent leur liberté et leur autonomie de publication. Quand les maisons ne sont pas entièrement intégrées au fonctionnement d’Actes Sud - telles les éditions Sindbad ou Solin, devenues aujourd’hui des départements - mais juste "associées" alors l’effort de la maison mère est tout entier tourné vers le respect, la mise en valeur de leur identité et l’accroissement de la visibilité de leurs ouvrages en librairie.

À l’occasion de ce trentième anniversaire, les éditions Actes Sud ont demandé aux libraires d’élire leurs trente titres préférés dans l’ensemble du catalogue. En procédant ainsi, la maison montre que les libraires sont avant tout des lecteurs, non de simples marchands de livres, et qu’à cet égard ils sont d’irremplaçables conseillers auprès de leurs clients. Et puis inviter à explorer le catalogue permet de ramener la lumière sur un fonds magnifique, à partir de quoi s’est peu à peu construite la réputation d’Actes Sud - il y a là de ces titres fondateurs pareils à des cailloux blancs, luisant dans le firmament de ces milliers de livres inscrits au catalogue actuel... Un fonds qui, soit dit en passant, et malgré son prestige, n’en est pas moins difficile à garder vivant - on connaît la terrible dictature qu’instaure en librairie le déferlement permanent de nouvelles parutions... Or les livres de qualité sont intemporels et, par définition, résistants aux futilités des modes aussi bien qu’aux brûlures de l’actualité. Savoir se battre toujours pour eux, sans étouffer l’émergence des nouveautés : voilà un exercice d’équilibre aussi périlleux que celui consistant à ne jamais faire autre chose que de "l’édition avec éditeur" sans se dérober aux exigences financières - un double exercice que la maison réussit à merveille.

Il faut enfin préciser que ce "choix des libraires" est synthétisé dans une brochure hors commerce à l’aspect typiquement "Actes Sud" : format 11x19, couverture pelliculée mate, reproduction picturale pleine page en guise d’illustration pour la première de couverture (un détail de Soleil du matin d’Edward Hopper), et contenu admirablement soigné - à chaque livre une double page avec à droite le visuel de couverture en noir et blanc sous lequel figure "Le point de vue des éditeurs" et, en regard, à gauche, le titre, le nom de l’auteur (et du traducteur s’il y a lieu), l’incipit, puis un bref résumé, le tout suivi le cas échéant par la mention des prix obtenus.

Valoriser ainsi le livre et l’invitation à la lecture plus que l’événementiel pur est une démarche parfaitement conforme à ce que j’ai cru percevoir de "l’esprit Actes Sud". Mais l’on ne traverse pas sa trentième anné d’existence sans faire sauter quelques bouchons de chamapgne, admet Bertrand Py. Il y aura donc, entre autres, un 14 juillet exceptionnel, organisé conjointement avec la mairie d’Arles et les responsables des fameuses Rencontres photographiques : des animations seront proposées tout au long de la journée autour de certains auteurs puis, le soir, une grande manifestation sera donnée dans le Théâtre antique de la ville en l’honneur du poète Mahmoud Darwich, tout cela couronné par un bal d’envergure où ont été conviés quelque deux cent cinquante libraires de tous horizons - Belgique comprise.
Par ailleurs, Olivier Py - auteur publié par Actes Sud et depuis peu directeur du Théâtre de l’Odéon à Paris, a souhaité associer ce théâtre à la célébration de cet anniversaire à travers plusieurs événements, essentiellement des lectures publiques des ouvrages programmés pour la rentrée littéraire - voilà qui mettra un peu de piment dans les rousseurs automnales, que l’été soit "indien" ou non...



Il y a 13069 signes dans cet article.
Isabelle Roche, le 21 juin 2008 - article3331.html
©2004 LELITTERAIRE.COM. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (texte, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par lelitteraire.com. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, transmise, rediffusée, traduite, vendue, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de La Rédaction.

Envoyer l'article à un ami
Destinataire  :
(entrez l'email du destinataire)

De la part de 
(entrez votre nom)

(entrez votre email)


afficher une version imprimable de cet article Imprimer cet article
générer une version PDF de cet article Version PDF



6ème salon de l’édition indépendante
Un prix pour Palestine...
Cinq premiers romans à découvrir...
 
http://www.lelitteraire.com
Les articles les plus consultés
 Recherchehttp://www.lelitteraire.com
ARCHIVES

Romans | Nouvelles | On en parle | Pôle noir | SF | Essais/documents | Inclassables | Poésie | Poches |
On aime ! | On jette ! | DVD | Théâtre | Les érotiques | Événements | Entretiens | Dossiers | BD |
Jeunesse | Manga | Beaux livres | Arts croisés | Le littéraire TV |

Copyright © 2004-2007 lelitteraire.com - Tous droits réservés - Site optimisé 1024x768 - IE 5x et +

Rédaction
Contacts
Mentions Légales