Qui est le plus heureux des trois ? Le canevas est connu - femme, mari, amant... Le tout dans un appartement bourgeois, jour d’anniversaire, avec chausse-trapes, jeux de portes et jeux de mots, mots hauts en gueule, gueules étonnées qui ont bonne mine... Le bon mot est haut et bien placé, l’intrigue huilée à la perfection, la mécanique est infaillible - la recette du succès comique et agréablement plaisant.
Mécanique infaillible, mais compliquée - avec un grand bonheur : les amants foisonnent, les femmes aussi, les amants de la même famille, et il y a un pompier (un pompier en maison bourgeoise, tiens, tiens, de quoi faire triller d’étonnement une cantatrice même chauve), amant d’une soubrette, elle-même s’improvisant maître chanteuse pour se sauver de la concurrence de domestiques alsaciens à l’accent et patois colorés... Ouf !
Patriarche du genre, Labiche s’amuse avec l’enfant joyeux qu’est le vaudeville en en augmentant les ressorts, que ce soit par la multiplication improbable des intrigues, ou en affolant la parole réglée et décalée du bon bourgeois ou du paysan alsacien un peu bêta - et cela marque, quelle modernité étonnante ce langage, anticipant avec saveur sur le théâtre surréaliste et le théâtre de l’absurde.
La mise en scène est dépouillée, manque peut-être de charpente quant à la scénographie, mais elle sait miser sur de gros effets efficaces d’approximation - décor rose sensuel ou bourgeois épais et jeu truculent. Ici le parti pris est moins affaire de détail et de subtilité, mais de rythme et jovialité - la bonne humeur gaillarde et légère des acteurs, ponctuellement chantonneurs de grivoiseries pimpantes, passe aisément du côté de la salle. L’ambition affichée est celle de la bonne humeur loufoque, pari tenu !
Le plus heureux des trois
Mise en scène :
David Friszman
Avec :
Aurélie Bargème (Hermance), Emma Darmon (Petunia), Frédéric d’Elia (Ernest), Salvatore Ingoglia (Marjavel), Arnaud Maudeux (Krampach), Delphine Rivière (Berthe et Lisbeth), Cédric Tuffier (Jobelin)
Costumes, décors et lumières :
Mattéo Porcus
Création son :
Jean-Christophe Dumoitier
Adaptations musicales :
Thomas Verovski
Durée du spectacle :
1h50
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