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Beaux livres
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L’œil existe à l’état sauvage, peut-on lire en ouverture du Surréalisme et la Peinture, dont les premiers brouillons furent écrits dès 1928. Le ton est donné. Volent en éclats les normes. Il s’agit de briser les idéaux pour magnifier la liberté. La liberté de voir. D’aimer. De créer sans entraves. Ainsi se positionne d’emblée la pensée d’André Breton. Toujours plus loin. Jamais de chapelle. Point de dogme. Réinventer la langue et l’art. Redonner du goût à la vie.
En 1965, Gaston Gallimard réédite ce pamphlet dans une version considérablement augmentée. Mais la première phrase demeure. Inchangée. Car André Breton pense toujours de même. Il est certain que la vision possède une antériorité absolue sur le langage. Il affirme que l’œil est l’instrument d’une saisie immédiate du monde. Selon lui, le regard posé sur une peinture peut changer une destinée. Changer le monde. Même à la fin d’une vie, la rencontre avec un tableau peut engager l’existence avec la force et la soudaineté du coup de foudre amoureux. Finalement, Breton n’aura jamais autant écrit sur l’art que dans les dernières années de sa vie...

Nul, pourtant, ne mérite moins que lui l’étiquette de critique d’art. Il demeure un franc tireur. Il s’est affranchi des étiquettes. Il n’use pas - à dessein - du vocabulaire usuel de l’esthétique. Il demeure l’étranger. C’est ce qui lui donne ce regard neuf. Insaisissable. Il peut alors s’emporter. S’égarer. Saisir les nuances que lui dicte son cœur. Car il n’a cure de rentrer dans le cadre. Il est chaleureux. Il s’enthousiasme. Ainsi, ses textes qui composent l’ultime édition du Surréalisme et la Peinture témoignent-ils d’une capacité d’émerveillement intacte... André Breton traite les grands noms et les parfaits inconnus sur un même pied, avec la même ferveur. La même innocence. Le même incendie des affects. Il est hors du marché. Seule, pour lui, compte la capacité de surprise que l’œuvre doit faire éprouver dès le premier regard.

Lors de sa sortie, en 1965, Le Surréalisme et la Peinture était un beau livre. Il comportait plus de trois cents reproductions en noir & blanc, et en couleurs. Elles sont ici reprises dans leur intégralité. Idem pour L’Art magique (1957) qui présente l’essentiel de l’iconographie originale. Avec une grande place faite aux collections personnelles de Breton. Un titre qui ne fut pas choisi par l’auteur. Un caprice de l’éditeur, Le Club français de l’art ? André Breton s’épuisa à tenter de cerner cette notion d’art magique. Car pour lui, tout est magique, et le pouvoir exercé par un tableau de Watteau est de même nature que la fascination d’un dessin alchimiste. Il faut alors chercher le clin d’œil ailleurs. L’impertinence et la justesse de Breton se retrouvent dans l’illustration. Il a réussi à réunir - à défaut de moyens, avec une inventivité particulière - une présentation étrange. Des sculptures africaines. Des dessins des îles Salomon. Un masque esquimau. Des reproductions de Rembrandt, Rousseau, Gauguin, Vinci... etc. Un monde iconoclaste qui conserve tous ses pouvoirs.

Deux années plus tard, l’apothéose. Une série de vingt-trois peintures de Miró - ici reproduites en couleurs - est accompagnée d’un poème en prose. Ces sont les Constellations. Un jeu de miroirs. Une prose en parallèle avec la peinture. Histoire d’inverser les rôles. Ce n’est plus le peintre qui vient s’ajouter aux poèmes. C’est le poète qui honore les peintures. Ainsi, Breton impose le poème comme l’illustration textuelle d’une œuvre d’art. Octavio Paz résumera parfaitement cela :
Les Constellations de Miró sont des grappes de fruits célestes et marins, celles de Breton sont des constructions d’échos et de reflets.
Paru en 1959, ce livre occupe une place à part dans le paysage du livre d’art.

Il a beau tenter de brouiller les pistes, Breton laisse néanmoins l’art pénétrer ses textes. Cela depuis toujours. Et les inédits ici réunis le prouvent. Qu’ils datent de la période 1954-66. Ceux qui évoquent les expositions surréalistes et la Victoire de Samothrace. Les arts africains, américains voire d’Océanie. Ou encore Picabia ou Man Ray. Ou qu’ils soient plus anciens. Des textes qui furent parfois oubliés dès leur parution dans la presse. D’autres encore, demeurés secrets. Retrouvés dans les dossiers de Breton et publiés ici pour la première fois.
Enfin, on retiendra aussi l’envoûtant dialogue écrit pour la radio à l’invitation de Lise Deharme, Alouette du parloir. Sans oublier Du surréalisme en ses œuvres vives, dans lequel André Breton revient sur les apports essentiels du surréalisme. Ni Le La qui dresse une sorte de bilan de quarante années d’automatisme.
Clôturant ce volume, le recueil posthume Perspective cavalière, dans lequel Marguerite Bonet, qui fut l’initiatrice de cette édition, a recueilli un large choix de textes dispersés, datant des années 1952 à 1966.

Ce volume contient :
Introduction
Chronologie (1954-1966)
Bibliographie
Avertissement
Alouette du parloir (1954)
Du surréalisme en ses œuvres vives ; appendices : Ephémérides surréalistes, Pour un nouvel humanisme (Les Manifestes du surréalisme, réédition de 1955)
L’Art magique (1957)
Constellations (1959)
Le Surréalisme et la Peinture (1928-1965)
Perspective cavalière (1952-1965)
Alentours (1954-1966)
Inédits (1954-1966)
Supplément :
Textes retrouvés 1938-1948 et Textes inédits 1921-1952
Notices, notes et variantes.

NB - On signalera aussi la parution "hors commerce" de l’Album Breton, un inédit que votre libraire vous offrira gracieusement pour tout achat de trois volumes de la Pléiade. Un livre présentant une très grande et belle iconographie en couleurs, que l’on doit à Robert Kopp.



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Annabelle Hautecontre, le 21 mai 2008 - article3314.html
André Breton, Œuvres complètes - Tome IV : "Ecrits sur l’art et autres textes" (édition de Marguerite Bonnet, publiée, pour ce volume, sous la direction d’Etienne-Alin Hubert, avec la collaboration de Philippe Bernier et Marie-Claire Dumas), Gallimard coll. "Bibliothèque de la Pléiade" (n° 544), mai 2008, 1584 p. - 59,00 €. jusqu’au 31 août 2008, puis 68,00 €.
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