Cet Album Breton a été conçu et réalisé à l’occasion de la Quinzaine de la Pléiade 2008 ; c’est un livre rare que votre libraire vous offrira gracieusement pour tout achat de trois volumes de la Pléiade. Il est aussi à mettre en parallèle avec la sortie du tome IV des Œuvres complètes, les Écrits sur l’art qui paraît ce 15 mai. Ma consœur vous ayant mis l’eau à la bouche, vous aimeriez sans doute savoir, ici, de quoi il s’agit ?
Tout d’abord, le papier n’est pas bible, et encore moins sable, mais d’un blanc médical et d’une texture plus traditionnelle. C’est normal, il contient une très riche iconographie en couleurs que l’on doit à Robert Kopp. Mais attention, il ne s’agit pas d’une nouvelle biographie d’André Breton même si cela y ressemble beaucoup, et que cet album peut aussi servir à cela, peindre la vie météorite de ce poète fou, de ce peintre étonnant, de ce critique exalté. La biographie officielle existe déjà, nous la devons à Henri Béhar et Mark Polizzotti. Sans parler de Marguerite Bonnet qui a conduit l’intronisation de Breton dans la Pléiade. Mais il participe pleinement à la diffusion de l’œuvre d’André Breton et à mieux le faire connaître. D’autant que sa construction ludique et facilement abordable en fait un ouvrage pédagogique dont la lecture devrait être obligatoire...
Ainsi donc, Robert Kopp nous offre, non pas une présentation linéaire, mais un voyage hallucinant dans le monde halluciné de Breton, un voyage surréaliste ( !) qui n’est rien d’autre qu’un feu d’artifice. Un hommage dessiné autour de celui qui a suscité tant de ferveur. Celui qui fut présenté comme le pape du plus important mouvement d’avant-garde du XXe siècle, celui qui a osé bousculer tous les codes littéraires et artistiques, celui qui a su transformer avant tout le monde - et surtout les situationnistes - nos façons de voir et de sentir, mais surtout notre rapport au monde, notre approche du quotidien.
Breton est l’homme de toutes les contradictions, ce qui fait dire à ses détracteurs qu’il n’est que l’homme d’une révolution sans idéal, un doux rêveur incapable de transformer en actes ses pensées. Or Breton n’est pas qu’un gardien du temple nouveau qui aurait veillé jalousement sur la pureté d’une doctrine oscillant entre totalitarisme et tables tournantes. Non ! Et s’il dénonce la littérature (Il est inadmissible que l’homme laisse une trace de son passage sur terre), il aura cependant pris soin, lui, d’en laisser un grand nombre...
Car Breton est aussi le fils de son temps : marqué par les horreurs de la Première Guerre mondiale, écœuré par la mobilisation quasi unanime des écrivains en faveur de la guerre, il se révoltera. Sa remise en question est radicale. Il s’alliera à Sade, Lautréamont et Rimbaud pour détruire les formes d’expression traditionnelles. Il libérera la langue jusqu’alors régie par une raison asphyxiante, au détriment d’une imagination qu’il faut libérer à tout prix...
Lorsque l’Histoire se rejoue en 1940, Breton choisit l’exil jusqu’à son retour, en 1946 : mais il se heurtera alors à l’hostilité d’anciens compagnons de route, des amis comme Aragon ou Eluard, voire Sartre et Camus. Mais il n’écoute pas la meute des donneurs de leçons et reprend ses activités, organisant d’innombrables expositions et fondant toujours de nouvelles revues...
Officiellement portés par les petits éditeurs et les galeries marginales, il succombera aux éditions de luxe que Gaston Gallimard lui propose. Mais il veut rester indépendant, à n’importe quel prix, et mène une vie difficile mais toujours entouré de tableaux, de collages, d’objets primitifs et de livres... car l’œuvre de Breton est avant tout chant du refus.
Elle est aussi tentative de concilier les contraires, recherche de ce point suprême d’où le réel et l’imaginaire, le passé et le futur, la vie et la mort cessent d’être perçus contradictoirement. C’est ce qu’il appelle la "réalité absolue" ou la "surréalité".

De l’horoscope de Robert Desnos établi de la main de Breton à son propre arbre généalogique tracé à la main sur une double page ; de sa carte d’étudiant au poème manuscrit dédié à Paul Valéry ; d’une page manuscrite de Philippe Soupault aux photos d’époque ; de ses entretiens avec Trotski à son atelier, rue Fontaine ; du second manifeste à l’affaire Aragon, ; de Dada aux Champs magnétiques sans oublier Ralentir Travaux, cet album revisite cet univers si particulier d’un artiste hors du temps, hors des mondes ; un artiste incompris, mal aimé, plagié, reconnu puis méprisé, mais un homme honnête qui chercha toujours à manifester ce qu’il éprouvait, par ses tableaux et ses mots.
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