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Romans
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À la faveur de l’assistance appréciable qu’il apportait voici quelques semaines à Mathilde Piton à l’occasion de son entretien avec Benny Barbash (l’auteur de My first Sony, publié chez Zulma et qui a reçu le Prix du public lors du dernier Salon du livre de Paris), nous faisions connaissance avec Charles de la Doucette qui, très vite, nous signifia qu’il serait heureux d’écrire pour Le Littéraire. Au vu de cette première contribution, nous ne pouvons que nous en réjouir. Quant à savoir qui est Charles, laissons-le se présenter lui-même...
Charles de Ladoucette a commencé sa vie professionnelle par quelques enrichissants zigzags et quelques fausses routes. Résolu à reprendre les choses en main, il vient de s’engager dans le long chemin cahoteux qu’ont à suivre tous ceux qui voient leur destin dans le milieu de l’édition. Sinon, il vit à Paris avec une très belle femme et un lapin pas mal non plus.


À l’été 1897, Aubrey Beardsley séjourne à Dieppe. Affaibli par la tuberculose qui l’emportera quelques mois plus tard, il sort peu, s’attable seul aux terrasses des cafés pour y boire du lait, évite la promenade du front de mer. Le soir, il se rend au casino où, un peu à l’écart, il observe avec une attention fascinée les joueurs de petits chevaux, jusqu’à ce que la salle se vide de ses derniers noceurs titubants. Il travaille également à L’Histoire de Vénus et Tannhäuser, petit sommet de littérature décadente que sa conversion au catholicisme, autant que sa maladie, laisseront inachevé.

Beardsley devait trouver un certain réconfort, oubliées un peu ses souffrances, à décrire par le détail les mœurs du Venusberg, royaume tout entier dédié à la satisfaction des sens. Son chevalier de Tannhäuser s’y exile, pénétrant au creux de la colline de Venus avec l’aplomb admirable et la suavité sans rides de Don Juan, et découvre un monde où chaque détail du paysage porte au ravissement, où chaque son réjouit le cœur, où chaque effluve enivre délicieusement. Ses habitants, infatigables fêtards, insatiables débauchés, oscillent entre sublime et grotesque. Affublés de noms évocateurs - Priapusa, De La Pine, Le Vit - ils combinent les raffinements du dandysme aux traits de la plus grande dépravation. Beardsley se plaît à décrire avec une minutie amusée les costumes les plus extravagants et les beautés les plus ambiguës. Ainsi, lorsque l’alto Spiridion vient interpréter la Vierge du Stabat Mater de Rossini aux hôtes de Venus, il est dépeint en ces termes :
Des bas très blancs à grisotte de faux rose enveloppaient ses hanches féminines et ses jambes potelées. Il portait des bottines de chevreau marron, boutonnées à mi-mollet, et de fines jarretières écarlates ceignaient ses cuisses de putain. Sa jaquette avait la coupe de celle d’un jockey, si l’on excepte les diverses dentelles aux poignets, autour du cou et des épaules s’élançait une cape noire.

Les dix chapitres que compte finalement le manuscrit à la mort de Beardsley sont une suite de scénettes (Venus se préparant dans son boudoir, un banquet, une scène de bain, une promenade dans le parc...) qui toutes dérivent rapidement vers la description des mœurs débridées du Venusberg et culminent en bacchanales toujours inventives, parfois incongrues. Le texte est aussi plein d’humour, avec son style subtilement distancié et son intrigante érudition. On sent le plaisir que Beardsley a pu prendre à l’écrire, même s’il lui a fallu plusieurs années pour parvenir à rédiger ce qui ne semble être qu’une faible part du projet qu’il avait en tête. Une première version, expurgée, fut publiée en 1904 sous le titre Under the hill, une autre, rendant plus complètement honneur au "mauvais génie" de l’auteur, parut clandestinement en 1907, sous le titre original Histoire de Venus et Tannhäuser.

Aubrey Beardsley a laissé peu d’écrits à la postérité, quelques poésies en plus de l’ouvrage qui nous intéresse ici. Il est plus connu pour son travail de dessinateur qui lui valut de son vivant une certaine renommée et le mépris de la bonne société victorienne, et qui lui vaut aujourd’hui d’être considéré comme l’un des précurseurs de l’art nouveau. Il illustra notamment l’édition anglaise de Salomé d’Oscar Wilde et, bien entendu, réalisa quelques planches pour L’Histoire de Venus... Les éditions Viviane Hamy ont réalisé un très beau travail pour cette nouvelle édition française, qui inclut le texte intégral et l’ensemble des illustrations, accompagnés d’une introduction de Michel Bulteau. Un livre qu’on ne se lasse pas de conseiller.

Charles de Ladoucette



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La rédaction, le 13 mai 2008 - article3306.html
Aubrey Beardsley, L’Histoire de Vénus et Tannhäuser (traduit de l’anglais par Michel Bulteau), Viviane Hamy, novembre 2007, 120 p. - 18,00 €.
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