Initialement présentée à Madrid, à la Fondation Mapfre, du 7 novembre 2007 au 13 janvier 2008, se tient au Musée Rodin, du 15 avril au 20 juillet 2008, une rétrospective consacrée à Camille Claudel. Plus de 80 sculptures en marbre, terre cuite, plâtre, onyx et bronze, ainsi qu’une dizaine de gravures et dessins y sont exposés. Ce personnage mythique de l’histoire de l’art est trop souvent présenté comme la maîtresse de Rodin. Or, si sa vie tourmentée a suscité des débats enflammés, il ne faut pas que la légende fasse oublier le sculpteur. Son personnage a trop souvent estompé la véritable dimension de l’artiste. Cette rétrospective est là pour le démontrer - et rendre à l’artiste sa place.
L’exposition - dont est ici présenté le catalogue - retrace les différentes étapes de la carrière de Camille Claudel. Depuis les premiers portraits de membres de sa famille. Jusqu’au crépuscule de sa vie d’artiste et de femme. Au cours de cet itinéraire, nous assistons à la gestation de tous ses chefs-d’œuvre : Sakountala, Buste de Rodin, La Valse, La Petite Châtelaine...
Ces pièces constituent une œuvre extraordinaire qui s’exprime dans chaque détail. Dans chaque esquisse. Dans chaque version des multiples variations réalisées en plâtre, terre cuite, marbre ou bronze. Camille Claudel est une artiste qui représente mieux que tout autre créateur l’essence de la sculpture.
Tout y est. Cette exposition fait - enfin - la part belle à toute l’œuvre mais aussi à la vie de Camille Claudel. L’aspect romanesque n’est pas oublié. Les sculptures sont accompagnées d’un vaste corpus de documents personnels qui illustrent l’existence fascinante et tourmentée de l’artiste. Mais attention ! si la folie s’est emparée de son esprit, il ne faut jamais oublier son extraordinaire apport à la sculpture.
Ainsi, grâce à la présentation des recherches personnelles faites par Camille Claudel, on appréhendera mieux son univers. Certaines œuvres montrées ici le sont pour la première fois... On découvrira pourquoi certains la considéraient - et Rodin lui-même - comme un homme en raison de sa puissance créatrice. Et de sa vigueur intellectuelle. Cela en éclipsant la femme, belle, cultivée... et malheureuse.
Camille Claudel travaille en effet, en cette fin du XIXe siècle, à bousculer les canons artistiques. Elle participe à l’interrogation générale. Elle pose les questions qui dérangent. Bouscule les règles et impose de nouveaux codes plastiques et esthétiques. Son œuvre est polémique, tout autant que son destin tragique.
Elle constitue, de fait, une des grandes figures autour desquelles se sont cristallisés des mouvements de pensée majeurs des années 1980 à nos jours. À son sujet, les débats sur des thèmes aussi variés que la place de la femme dans l’art et dans la société. Le lien entre création et folie. La question même de la folie et de son traitement dans une période marquée par le mouvement de l’anti-psychiatrie. L’interrogation sur la place de la famille. Et, surtout, les relations mère-fille dans les troubles mentaux. Un nuage de bruits et de fureurs qui ont éclipsé les interrogations purement esthétiques. Quelle erreur !
Ces thématiques n’ont toujours pas disparu du champ de réflexion. Il est donc grand temps de mettre la lumière sur la place de Camille Claudel dans les mouvements artistiques de son temps. Et de s’interroger sur son œuvre.
Qu’est-ce qu’une femme élève-sculpteur dans un atelier du XIXe siècle ? Quelles stratégies professionnelles pour une femme artiste issue de la moyenne bourgeoisie ? Et non pas de l’aristocratie comme Adèle d’Affry, duchesse de Colonna, dite Marcello ? Comment faire advenir une sculpture moderne dans une période d’intense "statuomanie" ?
Enfin, qu’est-ce que la sculpture moderne entre 1884 - débuts du travail de Camille Claudel - et 1905 - époque où elle cesse toute activité ?
A ces questions fondamentales, que répond Camille Claudel ? C’est ce à quoi cette exposition s’efforce de réfléchir... Et ce très beau catalogue d’en rapporter toute la substantifique essence. Très beau travail de mise en page. Photographies à couper le souffle. Papier doux au toucher. Texte précis mais non trop érudit, donc ouvert à tous. Une œuvre dans l’œuvre pour donner envie. Pour témoigner. Pour apporter tout cet amour. Cette beauté. Ces sculptures au plus grand nombre. Pour le plaisir de partager une émotion intense.
PS - Pour les plus curieux. Pour les chercheurs. Pour les fans de toujours, on signalera aussi la réédition revue et augmentée de la Correspondance de Camille Claudel.
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