Parfois il y a des livres utiles. Des livres qui mettent en lumière un état de fait, une situation qui mérite qu’on s’y intéresse et qu’on tente d’y remédier. En général ces livres là nous captivent un instant mais ne restent pas. La force des mots n’est pas là. Un livre n’est vraiment utile qu’à partir du moment où il touche son lecteur, sous peine de n’être qu’un pavé de plus dans la marre. Souvent, le propos de ceux qui luttent et qui s’engagent nous tient à l’écart, malgré nous, avec un discours trop jargonneux, des considérations trop factuelles, des lettres ouvertes au ton trop policé, trop administratif.
Pourtant, à l’heure où le film poignant de Sandrine Bonnaire, Elle s’appelle Sabine, est diffusé sur nos écrans, Marc Voisin réussit avec une très grande simplicité à nous sensibiliser encore un peu plus au sort des frères et sœurs d’handicapés. En laissant la parole à ce directeur d’hôpital, engagé depuis des années dans la lutte pour la reconnaissance de la responsabilité de la fratrie, les toutes jeunes Editions du Retour réussissent leur pari : faire coexister littérature et engagement grâce à un livre hybride qui mélange l’exercice littéraire, la lettre ouverte et le témoignage. Les mots simples, intimes de Marc Voisin sont un préambule puissant aux différents témoignages ainsi qu’à la peinture concrète de la situation qui constitue la deuxième partie de ce petit ouvrage. Doucement, simplement, il raconte un drame familial dont le centre est une jeune fille handicapée, Josiane. Dans ce récit, il parle en frère blessé et parfois impuissant et nous livre un point de vue différent sur le handicap, rendu plus pudique encore par la distanciation imposée de la phrase nominale.
La fratrie, confrontée parfois trop tôt au handicap et souvent responsable, après la disparition des parents, de personnes handicapées vieillissantes ne bénéficiant pas de structure adaptée, est évoquée dans cet ouvrages de points de vue extrêmement différents, des questions les plus pratiques à l’évocation des blessures profondes que cette situation entraîne. Ce rapprochement un peu étrange a priori, donne au livre toute sa force.
Avec leur deuxième ouvrage publié, les éditions du Retour affirment un regard différent sur le monde et une vraie exigence littéraire qui peut, comme Pas de verbe le montre si bien, s’accorder à tous les genres et à tous les combats. Affaire à suivre.
Pour savoir où vous procurer le livre et faire connaissance avec ce nouvel éditeur, passez donc par la Toile...
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