Un zeste de Salon
Depuis le 14 mars, nous sommes invités, Porte de Versailles, à être livres comme l’air... L’assimilation de la lecture à la liberté et au voyage va de soi ; elle est toujours là, à portée d’idée, favorisée par les homophonies du français : Livre/ivre (et l’on songe aux ivresses livresques qu’Hugo Marsan a transformées en Livres-S), livre/vivre/libre, page/plage... et je laisse aux vrais poètes le soin de poursuivre la broderie, de l’Éther aux pages - entre livres et griseries, feuilletages et escapades... Je me bornerai ici à louer celui ou celle qui a imaginé de symboliser le Salon 2008 par ces trois mots, auxquels répond la délicate animation qui orne la page d’accueil du site officiel de l’événement : la poésie est ainsi affichée là où certains esprits trouvent matière à s’échauffer, voire à polémiquer, à propos de l’invitée d’honneur, la littérature israélienne. Trente-neuf auteurs sont venus la représenter pendant ces quelques jours ; conviés à participer à diverses conférences, débats ou tables rondes, ils vont aussi à la rencontre de leurs lecteurs lors des signatures organisées par leurs éditeurs.
Vous pouvez consulter le programme complet sur le site du Salon.
En deux jours de voyage au pays des livres comme l’air, je ne ramène qu’une poignée d’impressions et quelques rencontres qui ont toutes le sourire livre, empreint de la passion de la chose écrite. Mais d’abord un constat : les allées sont plus larges, les stands plus spacieux, le Forum des auteurs plus accueillant (toujours à l’enseigne du Thé des écrivains) - l’on se meut dans un espace aéré où l’on souffre moins des cohues que les années précédentes. Là-dessus se détachent le souvenir aigu de ces gens que je rencontrai pour la première fois - François-Marie Mourad et sa passion pour Zola, Hélène Fiamma et l’enthousiasme qu’elle déploie pour faire vivre la branche "littérature" de la collection GF, Hafid Aggoune un peu rêveur, en digne Compagnon de la Lune, Michel Host au beau sourire chaleureux, toujours prêt à aider les grands-mères solitaires, les chats errants et les enfants perdus comme il le dit lui-même (et qui, en passant, lance un appel à l’aide en faveur d’un jeune Allemand en difficulté, Heiko Wagner), Olympia Alberti, rayonnante, le visage clair et ouvet, lumineux comme son livre*... - et le plaisir de croiser des amis - Fabienne Juhel qui signait Les Bois dormants sur le stand des éditions du Rouergue, Alain Kewes, grand amateur de Rhubarbe devant l’Éternel, Pierre Bonnasse, rendu euphorique par plusieurs perspectives heureuses qui pleuvent à verse dans sa vie comme giboulées en mars... Sans oublier une découverte marquante : Patrick Roegiers lisant des extraits de son dernier livre, La spectaculaire histoire des rois des Belges, dans le cadre des lectures quotidiennes organisées au Forum des auteurs sous l’égide conjointe de la SGDL et de l’ADELF - le texte bien sûr se goûte, mais il a été magnifié par le talent de diseur de son auteur.
Voilà : des moments d’émotion fugitifs et intenses, un peu ternis par le regret de n’avoir pas encore salué tous ces acteurs de l’écrit que je connais et dont j’apprécie le talent - il me reste encore trois jours pour y remédier. Rien de crucial, donc, à l’heure où la numérisation des œuvres et les nouveaux modes de diffusion du texte occupent les pensées de nombreux professionnels, rien de crucial, non, à l’heure où le nom d’Israël suscite bien des débats.
Rien de crucial, mais des instants essentiels qui dureront dans ma mémoire.
* Olympia Alberti, Là où la lumière chante, et quelques arbres - Résidence en Bourgogne, éditions Rhubarbe, 175 p. et 65 photos en noir et blanc de l’auteur, 14,00 €.
Un livre serein, tranquille comme l’aurore et que l’on a envie d’offrir à un ami dans l’affliction tant on le présume capable d’apaiser les chagrins.
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