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Des nouvelles de Zola...

Zola conteur et nouvelliste ? demande, en guise d’apostrophe inaugurale, François-Marie Mourad dans son introduction au premier des deux volumes de Contes et nouvelles que viennent de sortir les éditions Flammarion. Le ton interrogatif est de mise car, aujourd’hui, le nom de Zola n’est guère associé à la notion de "récit bref" ; pour la plupart des lecteurs, l’art zolien se résume à l’Histoire naturelle d’une famille sous le Second Empire - quand ce n’est pas à deux ou trois romans phares de ladite fresque, Nana, Germinal, ou L’Assommoir. Les plus avertis auront lu le retentissant "J’accuse !" et se seront intéressés aux éclatantes prises de position de l’écrivain quant à la nécessité d’une nouvelle esthétique romanesque qui se soucierait davantage de réalisme social et de rigueur scientifique que de lyrisme ou d’envolées idéalistes. Or Zola a écrit, entre 1864 et 1899, pas moins d’une centaine de nouvelles, que les non-spécialistes tendent à oublier derrière les hauts remparts de ce que la postérité a érigé en monuments de la littérature. Est ainsi occulté tout un pan de l’œuvre de Zola qui, outre son intérêt propre, reste essentiel à la compréhension de l’ensemble de sa production. Non que ces textes soient indisponibles : ils occupent un volume entier de la Bibliothèque de la Pléiade, présentés par Roger Ripoll, figurent évidemment dans l’édition des Œuvres complètes, et certains d’entre eux ont même une telle faveur auprès des éditeurs qu’ils sont publiés isolément - l’on citera surtout "La Mort d’Olivier Bécaille", "Madame Sourdis" ou "Le Capitaine Burle". Mais aucune édition facilement accessible ne permettait encore d’aller au-delà de ce "vedettariat éditorial" et d’avoir un aperçu réel des multiples manières dont Zola s’est illustré dans le domaine du récit bref - une lacune que viennent très opportunément combler ces deux volumes, dont le but est de proposer un ensemble représentatif de la nouvelle zolienne (F-M Mourad).

L’on est d’abord tenté de se demander pourquoi publier deux tomes distincts puisque seule la lecture des deux offre un juste aperçu de cet ensemble représentatif. Le découpage chronologique - 1864-1874 pour le tome 1, et 1875-1899 pour le second - paraît a priori un motif de scission bien peu pertinent. Pourtant, cette scission s’appuie sur une réalié littéraire : de part et d’autre de l’année 1875 en effet, la nature même des nouvelles que Zola écrit change du tout au tout. Plutôt courtes et de registres extrêmement variés jusqu’en 1874, portant l’empreinte nette des auteurs qui ont inspiré Zola - comment de pas songer, en lisant "Les Repoussoirs" ou "Une victime de la réclame" à certains Contes cruels de Villiers de L’Isle-Adam, tels "La Machine à gloire", ou "Le traitement du Docteur Tristan" ? N’entend-on pas de forts accents baudelairiens dans "Les étrennes de la mendiante", dans "Le vieux cheval" ? - elles se muent, ensuite, en "nouvelles classiques", beaucoup plus longues et obéissant toutes à un schéma narratif à peu près similaire. Ces textes ont en eux les échos de ce qui se perçoit dans les grands romans : similitudes thématiques au niveau des sujets comme des représentations (ce sont par exemple les mêmes accents lyriques pour décrire la force des éléments dans "L’inondation" et dans La Joie de vivre), rythmes semblables dans la narration comme dans la composition des phrases, lexique identique pour caractériser, notamment, l’opulence végétale... jusqu’à la récurrence de certaines tournures phrastiques particulières. Cet infléchissement de forme, de fond, et de ton signe certes l’évolution d’un écrivain qui commence à être reconnu comme romancier mais correspond, aussi, au fait qu’à partir de 1875, Zola ne publie presque plus dans la presse parisienne ; c’est la revue pétersbourgeoise Le Messager de l’Europe qui accueille alors ses fictions brèves. À nouveau support nouvelles exigences formelles. Et la présentation en deux volumes qui d’abord intriguait en vient à s’imposer : l’on trouvera dans le premier un florilège de ce que Zola a publié dans les journaux parisiens, dans le second une sélection de ce qu’il a donné au Messager de l’Europe - à quoi s’ajoute "Évangeline", la dernière nouvelle qu’il ait écrite.

Rupture dans un continuum créatif : ce double mouvement autorise à lire chaque volume comme une entité indépendante aussi bien qu’en complémentarité réciproque. L’on sera bien sûr enclin à recommander la dernière option, mais il convient de souligner que l’appareil critique a été conçu avec suffisamment d’intelligence pour que les deux lectures soient pareillement confortables et instructives. Ainsi trouvera-t-on dans les deux ouvrages une "Vie de Zola", une "Composition des recueils de nouvelles publiés par Zola" et un tableau synthétique qui liste toutes les nouvelles publiées en suivant la chronologie de parution, signale les divers supports qui les ont accueillies, et indique le titre du recueil qui, ensuite, les a réunies.
Dans l’un et l’autre volume, les textes sont toujours présentés de façon à être mis en valeur pour eux-mêmes. Si les multiples intertextualités sont précisées avec soin dans des notes placées en bas de page - d’une consultation facile et rapide, donc - les caractéristiques et les qualités propres à ces récits brefs ne sont jamais occultées, bien au contraire. De plus, ces notes - réduites au strict nécessaire mais en même temps complètes et riches - indiquent l’historique éditorial de chaque texte et quelle version a été retenue lorsqu’un choix a dû être effectué parmi plusieurs variantes. L’on a un aperçu clair des facettes dont se pare l’art de la fiction brève sous la plume de Zola sans perdre de vue ni son inscription dans l’ensemble de l’œuvre, ni sa place dans la production littéraire du moment. 
L’on remarquera enfin l’insertion de quelques reproductions de gravures qui, tirées de la presse du XIXe siècle, restituent un peu de l’ambiance dans laquelle ces textes sont nés.

Mais les bilbliographies diffèrent lègèrement - dans chacune d’elles, la liste des "Études sur Zola et la nouvelle" reste ciblée sur la période couverte par le livre. Et chaque tome comporte une "Présentation" en stricte adéquation avec son contenu : celle du premier s’attache à décrire le contexte qui favorisa l’éclosion puis l’expansion d’un certain journalisme littéraire dont Zola fut l’un des grands acteurs tandis que dans le second est abordé de façon plus spécifique l’art zolien de la nouvelle, et l’on peut lire, dans les pages 14 à 17, un remarquable abrégé de poétique comparée du roman et de la nouvelle. L’on ne manquera pas de retenir, au passage, qu’une préface est toujours une postface (p. 12 du tome 1) : voilà une formule qui s’applique à merveille à la lecture en deux temps que requièrent en principe les introductions de tous les ouvrages de la collection GF...

Bien que pensés pour pouvoir être consultés indépendamment l’un de l’autre, ces deux volumes gagnent à être lus ensemble, le second dans la continuité du premier. L’on appréciera ainsi dans toute sa plénitude l’apport de l’appareil critique en même temps que la véritable diversité des nouvelles zoliennes.



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Isabelle Roche, le 15 avril 2008 - article3241.html

 Émile Zola, Contes et nouvelles 1 (1864-1874) (choix des textes et appareil critique : François-Marie Mourad), Flammarion coll. "Garnier-Flammarion", février 2008, 264 p. - 5,30 €.
 Émile Zola, Contes et nouvelles 2 (1875-1899) (choix des textes et appareil critique : François-Marie Mourad), Flammarion coll. "Garnier-Flammarion", février 2008, 337 p. - 5,80 €.
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