Le soir de Noël, à Londres, le philosophe Karl Zweig entraperçoit par hasard, plus de vingt ans après qu’il a eu quitté ses cours, un ancien étudiant, Gustav Neumann, au moment où il s’engouffre dans un taxi en compagnie d’un vieil homme. Brillant élève en butte aux violences antisémites dans une Allemagne où Hitler arrivait au pouvoir, Neumann jugeait que les Juifs acceptaient trop passivement le rôle de victimes. Il entendait bien devenir un maître du crime pour parvenir à ses fins. Alors que Zweig tente de découvrir où il loge et ce qu’il est devenu, des faits troublants lui sont révélés. Il les rapporte à son ami Charles Grey, anciennement de Scotland Yard. Ensemble, ils se mettent sur la piste de Neumann, bientôt assistés d’un couple excentrique fasciné par l’œuvre de Zweig. Neumann a été le secrétaire de plusieurs riches vieillards morts dans de mystérieuses circonstances et semble bien être un criminel. Mais Zweig refuse de le condamner. Seuls les imbéciles sont de grands criminels et Neumann est tout sauf un imbécile.
Énigme haletante qui ne laisse nul répit et dépourvue de la moindre scansion en chapitres, Le Doute nécessaire est dans la veine des romans du genre des années 60 à ceci près que le protagoniste principal n’est pas celui qui est injustement accusé mais l’enquêteur. Et ce dernier met tout en œuvre pour l’innocenter, sûr de la psychologie de son ancien étudiant. La trame est d’autant plus singulière que Colin Wilson convoque une femme médium et un adepte de religions païennes avant de révéler l’existence d’une drogue aux vertus... stupéfiantes. Il explore ainsi, ou plutôt effleure, les voies qui ont fait sa renommée - Colin Wilson a souvent traité de l’hypnose dans ses romans - tout en pratiquant l’autosatire : la remarque de Grey, même les auteurs de romans policiers ont abandonné cette ficelle, ma chère confère au Doute nécessaire toute son ironie. Ce classique du genre procurera un moment de lecture intense et agréable.
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| Colin Wilson, Le Doute nécessaire (traduit de l’anglais par Gérard de Chergé), Rivages coll. "noir" (n° 670), janvier 2008, 384 p. - 9,50 €. |
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