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Pôle noir
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- On était ensemble et, après sa disparition, je l’ai attendu des années. D’ailleurs, je suppose que c’est toujours le cas. À quel moment on cesse d’attendre ? Il y a une règle dans ce domaine ?
- Non, répondit Erlendur, il n’y en a pas.

La disparition, toujours la disparition. À travers Arnaldur Indridason, c’est tout un pays, l’Islande, qui expose un profond traumatisme. Les multiples disparitions inexpliquées, le plus souvent pour des raisons climatiques rigoureuses, servent de matériau à l’auteur. Chaque nouveau roman mettant en scène le commissaire Erlendur et toute sa clique, explore plus en profondeur ce thème tout en s’accaparant de nouvelles voies. Toujours aux sources de l’Histoire et de la mémoire des gens.

L’Homme du lac ne déroge pas à cette règle. Dans ce roman, les disparitions sont omniprésentes et variées. Erlendur est toujours obnubilé par celle de son frère pendant un trajet sous la tempête. Les nombreuses frasques de sa fille, junkie malgré elle et peut-être bien à cause du père absent durant son enfance, sont des disparitions temporaires qui annoncent la disparition finale. Celle d’Ilona, une étudiante hongroise, enlevée par la Stasi à Leipzig dans les années cinquante parce qu’elle critiquait ouvertement le socialisme d’Allemagne de l’Est, est une des plus tragiques. Que dire de celle d’une jante d’une vieille Ford, si ce n’est qu’elle est le lien entre le squelette d’un homme retrouvé au fond d’un lac qui s’assèche, un poste émetteur russe en lest, et son identité ?

Car si l’enquête dont se charge Erlendur, débute en 2000 avec la découverte d’un cadavre, la source du drame se trouve à Leipzig, en 1950, quand des étudiants islandais socialistes obtenaient des bourses leur permettant d’intégrer une université de grand renom. C’était aussi l’occasion de trouver des éléments qui pourraient travailler pour l’Est, une fois de retour dans leur pays. Mais à Leipzig, Hannes, Tomas et Ilona découvrent la surveillance réciproque et les travers du communisme avec une idéologie très éloignée de celle qu’ils espéraient. Lothar, le tuteur de Thomas, est un agent de la Stasi. Si Hannes puis Tomas vont se faire exclure et être obligés de retourner en Islande, Ilona, elle, n’aura pas cette chance. La Stasi en fera une affaire personnelle après les événements de Hongrie. Or Ilona était l’amie de Tomas et elle était enceinte. Après avoir multiplié les démarches sur place, Tomas, brisé, rentre au pays.

À mesure que le roman progresse, de nombreux fils se dénouent. Dans l’enquête mais aussi et surtout en dehors. Erlendur, vieux commissaire bourru s’accroche à Marion, son ancienne supérieure, avec la hantise de la voir mourir seule. Son attachement est surprenant car leur relation est symbiotique. Une de celle que l’on pourrait trouver entre un père et une fille. Cependant, Erlendur, grâce à son fils, Sindri Snaer, commence à découvrir une fille qui adore son père et l’a longtemps idéalisé. Ses partenaires ont tous leurs ennuis : Sigurdur Oli est ainsi harcelé au téléphone par un homme effondré par le hasard, qui a vu sa femme et sa fille mourir lors d’un accident de voiture. Ce même Sigurdur Oli qui, avec sa compagne Berghtora, a du mal à avoir un enfant.

La fresque humaine continue de prendre forme. Indridason continue d’écrire une saga humaine de plus en plus poussée, où la fatalité tient une grande place sans pour autant virer dans le pathos ou le méli-mélo. À ce jour, L’Homme du lac est le meilleur roman de cet auteur islandais.



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Julien Védrenne, le 23 février 2008 - article3214.html
Arnaldur Indridason, L’Homme du lac (traduit de l’islandais par Eric Boury), Métailié, février 2008, 352 p. - 19,00 €.
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