Ce qui était bel et bon dans les ouvrages précédents de Pippo Delbono, c’était d’abord cette manière, cette pâte toute italienne de présenter ses réflexions, pratiques, recherches, expériences... : celle d’une gouaille burlesque qui se mêle avec force à un lyrisme sensible pour le rendre plus férocement émouvant, en déroulant avec fracas une vie au tumulte férocement baroque, pleine d’anecdotes à la cocasserie bouffonne, flirtant poétiquement avec le surréalisme.
Ce que l’on retrouve bien, dans ces généreux Récits de juin, et que ce soit depuis ce flux de parole inépuisablement magique, tendre et douloureusement généreuse qu’offre Pippo au lecteur happé dans l’intimité familière du ton que prend sa voix (on a l’impression de l’entendre, proche), jusqu’aux photos livrées, prises au vif et serrées, photos d’enfance ou de groupe, que le livre rend palpablement vivantes autant par de petits commentaires à la briéveté et l’allusion complice que par la texture murmurante sous les doigts du riche papier cartonné qui en est le support.
Ensuite ce qui fascinait dans ces mêmes livres, c’était que la force de la pratique artiste du démiurge à la barbe et au sourire gaiement fous (théâtre, danse, poésie...) montrait comment elle ne cessait de puiser dans le drame météoritique d’une existence aux expériences toutes d’une force rare, dans un parcours frénétique et riche de rencontres exceptionnelles (le microcéphale acteur génial qu’est Bobo, Gianluca le trisomique dont la maman instit s’occupait et qui rêvait de faire du théâtre, Nelson l’ancien clochard qui assista ...), jusqu’auboutistes, se colletant sans cesse avec la maladie, la folie, la drogue, la misère, la mort ou la politique. Un artiste qui parvenait cependant à trouver l’énergie morale, plastique pour que, dans la vie, dans toute sa dangerosité affolante, prenne source l’art.
Ce que l’on retrouve aussi dans les récits de juin.
Les Récits de juin poursuivent donc le même ton et esprit, sont frappés du même génie que les livres précédents.
Sauf que l’intérêt neuf ici est que l’optique portée sur le parcours est inversée : non pas axée sur les spectacles et leur façon de pratiquer et puiser autant dans la recherche esthétique que dans la vie, mais bien plutôt sur la vie elle-même prise en plein feu - la jeunesse, les débuts, l’amour, l’homosexualité, la drogue, le SIDA, la fuite, l’inextinguible quête de la liberté dans la nécessité adverse même. Où l’on voit Pippo enfant de chœur, résurgence fiévreuse de Rimbaud, ou Bobbo contemplé d’un œil étonné et pensif par Arafat. Avec nombre d’anecdotes drôles et belles. Un beau livre fort.
Pippo Delbono fut un jour invité à intervenir en conférence à Rome pour parler de l’amour. De là sont nés ces Récits de juin, (les traducteurs, au dos du beau livre.)
Artaud, Pasolini, Kane sont les bons saints meurtris et passionnés de cette quête intime et universelle où la douleur, la mort, le danger affrontés, recherchés, traversés promettent le Graal de la joie, de la délivrance, de la liberté, de l’amour.
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