Avis aux dames et aux demoiselles, voilà un manga complètement déjanté qui donne sacrément envie de traiter les hommes comme des chiens !
Sumiré Iwaya est un modèle de réussite : presque 30 ans, diplômée de Harvard, journaliste émérite, belle, immensément grande pour une Japonaise, bref, une femme à qui tout réussit... sauf ses relations avec les hommes. Elle a bien un compagnon, mais ce dernier finit par la tromper avec une femme plus petite et moins bien payée. Dur dur le complexe d’infériorité ! Le soir de leur rupture, Sumiré trouve devant chez elle un homme endormi dans un carton. Elle l’héberge pour la nuit et découvre vite qu’il n’a nulle part où aller. Elle lui propose alors de l’accueillir et de s’occuper de lui à la seule condition qu’il devienne son animal domestique.
Et voilà comment Takeshi, 22 ans, jeune étoile montante de la danse, se retrouve affublé du prénom un poil ridicule de Momo (en mémoire du chien mort de Sumiré) et a droit à un lit, des bons petits plats comme il aime, un shampouinage intensif de ses cheveux et des câlins devant la télé en tout bien tout honneur... Une relation teintée de dépendance et d’ambiguïté se met vite en place entre eux deux jusqu’à ce que Hasumi Shigehito, le premier amour de Sumiré, réapparaisse. Car comment présenter son gentil chienchien à son nouveau compagnon ?
Avouons tout de suite qu’on se mettrait bien à la place de Sumiré pour profiter aussi de son animal de compagnie. Il est tout sourire quand sa maîtresse rentre, écoute ses malheurs, la réconforte. En plus, pas besoin de faire d’effort ou de jouer la carte de la séduction. Et c’est bien là le malheur de Sumiré : elle se permet d’être elle-même avec Momo mais pas avec Hasumi ! Elle n’ose pas l’appeler par son prénom même au bout de quelques mois de relation, se cache pour fumer, ne dit jamais un mot plus haut que l’autre et omet systématiquement de parler de sa passion pour le catch.
À la lecture de ce manga, on se demande si les Japonaises ont droit au bonheur. Soit c’est le boulot jour et nuit, soit c’est le mariage et une vie un peu trop au chaud à la maison. Yayoi Ogawa grossit un peu le trait, mais elle n’est pas la seule à évoquer ce genre de problématiques. Dans Complément affectif, Mari Okazaki traduit elle aussi, mais avec plus de gravité, le quotidien d’une femme de 27 ans qui ne sait comment concilier réussite professionnelle et vie personnelle. Des questions complexes qui nous changent enfin de celles habituellemnt abordées dans les shojo. Ici, nous sommes passés dans le domaine du josei : un manga pour les jeunes femmes de 18 à 30 ans (et plus si affinités !) qui aborde les sujets complexes de manière moins morale et plus crue, en écornant au passage le mythe du prince charmant, ce qui est plutôt rassurant ! Les aventures de Sumiré sont parfois dures, toujours drôles et, au fond, pas si caricaturales que ça. Le dessin est lui aussi assez original, entièrement concentré sur les personnages dont les visages sont à mi-chemin entre le type asiatique et le type européen. Dommage que les couvertures soient dignes d’Harlequin...
Pour découvrir tous les volumes de la série, rendez-vous sur le site de l’éditeur.
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