Tout commença pour Oscar Niemeyer le jour où il entreprit les études pour Pampulha. C’était sa première période. Il la vécut dans le mépris délibéré de la célébration de l’angle droit et de l’architecture rationaliste faite à la règle et à l’équerre. Il voulait s’avancer hardiment dans l’univers de courbes et de lignes droites qu’offrait le béton. C’est ainsi qu’il défia les canons de l’école moderne. Au diable les affrontements idéologiques du début du XXe siècle en Europe qui mettaient en avant la nécessité de tracer une ligne entre l’homme et la nature. Au Brésil on ne l’entendait pas de cette oreille. Bien au contraire. L’idée de brouiller les pistes en amusait plus d’uns. Et le plus célèbre d’entre eux fut un révolutionnaire. Un homme qui rejetait le purisme. L’idée de "machine à habiter" chère à Le Corbusier. Le concept de fonctionnalisme. Il ne voulait pas choisir. Il voulait être libre. Il osa, alors. Il créa. Des maisons folles au style ambivalent. Entre les contradictions économiques et l’ère industrielle qui balbutiait .
Ce très bel album recense les plus belles maisons particulières de cet architecte poète. Il y intégra une liberté absolue. Laissant son imagination galopante aller ailleurs. Les croquis ici rapportés montrent cette volonté d’outrepasser les limites. D’une main agile, il trace sur de grandes feuilles des formes impossibles. Le trait est simple. La courbe parfaite. On devine ensuite la poids de la brique. La dureté de la pierre. L’élancement du béton. Le reflet du verre...

Niemeyer n’est donc pas QUE le père de Brasilia. Il aura su s’affranchir des grandes commandes pour ne jamais se perdre. Il aura toujours en lui l’idée de nouvelles formes. Les organiques qui reprennent les contours des feuilles de nénuphar. Ou de philodendron, voire les méandres des fleuves. Clin d’œil à ses pairs américains, Sullivan, Lautner, Wright. Et le lecteur attentif reconnaîtra dans certaines maisons les thèmes de ses projets grandioses. Une forme singulière. Sculpturale. Pour donner une présence et de la cohérence. Un toit qui unifie (maison Kubitschek). Des espaces qui s’entrecroisent. S’interpénètrent. Une dalle trapézoïdale. Des contours arrondis (maison de Canoas). Ou alors se sont des angles à vif (maisons de Miranda, de Baldo, de Camargo).
On retrouve dans ces maisons les espaces chers à Niemeyer. On se pâme face à ces volumes aux dimensions immenses. On s’amuse d’une marquise à forme libre. Idée développée à l’exposition de Sào Paulo (1950) et reprise à plus petite échelle. Ainsi, loin de l’agitation des grandes commandes, il continuait toujours à dénicher la logique. À isoler la pureté en architecture. À être toujours plus efficace. À mélanger les systèmes et les composants pour mener à bien son exploration. L’art et l’imagination seront toujours ses deux sources de vie. Parti sous l’aile protectrice de Le Corbusier, il le rejeta pour s’émanciper.
Bien lui en prit. Ses maisons sont sources d’histoire et de tradition. Elles sont sobres et rigides. Mais elles offrent surtout un confort incomparable dans le cadre de vie. Lumière. Côté pratique. Esthétique. Cette beauté à nous offerte fera oublier l’injustice, disait-il. C’est tout ce qu’il pouvait faire en tant qu’architecte. Et c’est déjà beaucoup ! Merci Monsieur Niemeyer.
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