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Romans
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Fort de la mention spéciale du prix Wepler-Fondation La Poste obtenue le 12 novembre dernier, ce roman donne au lecteur toutes les raisons de s’attendre à un texte exigeant, et même à un véritable univers fictionnel, a priori innovant, et donc sûrement déroutant.

C’est bel et bien ce qui se produit dès les premières pages. Le prologue annonce le récit d’une journée particulière, vécue différemment par chacun des protagonistes, dont on ne connaît pas l’identité précise, si ce n’est leur place dans la famille. Les personnages se meuvent dans ce quasi-anonymat, élevés au rang d’archétypes : il est question de Sœur, de Mère, de Père. La capitale peut effrayer et on pourrait se croire, par moment, dans un traité de psychanalyse. Le prologue présente brièvement les deux héroïnes, deux sœurs aux prénoms inavoués, qu’elles portent comme des couronnes représentant leur originalité. Le roman est composé de trois parties : couronnes, boucliers, armures, qui sont autant d’armes d’apparat et de guerre pour survivre dans le monde très hostile de la famille. L’intrigue se noue donc autour des deux sœurs : l’une est l’aînée et l’autre, forcément, la seconde. Ce qui donne chez Louise Desbrusses : l’Aînée et la Seconde. Et de suite nous voilà dans une autre dimension. Cette façon de glisser des capitales, de rester dans une certaine distance n’est qu’un leurre : rien n’est neutre et les formules assassinent, dans une prétendue innocence, les hypocrisies familiales. L’enjeu de cette journée est de taille pour la plus jeune des deux sœurs. La Seconde cherche en effet sa place dans une famille qui l’a longtemps cantonnée à tenir une position bien précise qu’elle n’a jamais choisie. À présent, doit-elle mettre à mort (symboliquement) ses aînés pour exister ?

Récit psychanalytique donc, avec une situation "exemplaire" : un décor, un lieu, un temps, soit une réunion de famille, chez les grands-parents, une journée. Les personnages archétypiques défilent : la Mère bien sûr, imposante, régnante, dominante, protectrice - ou destructrice. Le Père, discret, presque absent. Et tout le reste de la smala qu’on affuble de noms emblématiques propres à les rendre clairement identifiables, mais surtout à les mépriser. Parce que les Sœurs, elles, sont différentes. Et cette manière de stigmatiser l’autre, de l’éloigner d’elles en s’en moquant les distingue encore davantage. On trouvera dans cette galerie de personnages - que chacun pourrait à sa guise identifier à des membres de sa propre famille : les Vieux, l’Autre Imbécile, Pièce Rapportée Récemment, Tyran, Bon Fils, Tante Jeune, Cousine l’Endive et son fils l’Endivon (nommés ainsi à cause de leur fadeur). C’est drôle. Non, c’est méchant. Des surnoms ordinaires ? Pas vraiment. Au lieu d’être un cadre rassurant et jovial, la famille est le lieu d’une violence sourde et intime.

Véritable poison jeté au visage des familles en apparence bien-aimantes, ce roman déconcerte. Mais il est, mine de rien, jubilatoire. Il y avait longtemps qu’on n’avait pas vu tant de haine pour la vénérable institution que représente la famille. À lire de préférence après les fêtes de Noël.



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Mathilde Piton, le 22 décembre 2007 - article3171.html
Louise Desbrusses, Couronnes, boucliers, armures, éditions P.O.L, août 2007, 178 p. - 16,00 €.
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