Depuis 1979 le pays s’est enfoncé dans une guerre tribale qui ne dit pas son nom. Une chape de plomb s’est abattue sur ces contrées d’un autre âge. Nœud géostratégique, l’Afghanistan est victime de sa géographie. Et de ses voisins. Carrefour d’un hypothétique pipeline. Premier producteur de pavot. Terre d’un islam rétrograde et désincarné. L’Afghanistan se meurt. Nous avons suivi depuis des décennies la lente agonie qui fut la sienne. Agonie stigmatisée par la destruction de son patrimoine. Depuis l’occupation soviétique elle s’est accentuée par les actions des Tâlebân. En 2000, ils ont détruit devant les caméras du monde entier les fameux grands Buddhas de Bamiyân. La bêtise humaine a ainsi touché le fond. Même si, depuis, l’UNESCO s’est attaché à préserver ce qui demeure. À restaurer ce qui peut encore l’être. Mais le temps s’est associé au jeu de massacre. La menace s’intensifie. Demain, il risque de ne plus rien rester...
Bernard Dupaigne est le directeur du laboratoire d’ethnologie du musée de l’Homme. Il est aussi un spécialiste de l’Asie. Il nous invite à le suivre sur les routes de l’Inde. Voyage initiatique. Magique. L’Afghanistan est situé sur l’une des routes de la soie qui relie la Chine aux empires de Méditerranée. Cela explique que ce pays ait subi - dès la Préhistoire - les influences culturelles et artistiques venues de Chine et d’Inde. Mais aussi des nomades de la steppe. Des empires perses et hellénistiques. Être au carrefour de l’Asie n’est pas de tout repos. Les hordes de conquérants déferlèrent à toutes les époques. Alexandre le Grand et les Séleucides. Les héritiers de Gengis Khan et de Tamerlan. Sans oublier les pèlerins chinois qui se rendaient en Inde s’informer des textes bouddhistes. Mais aussi Babour le conquérant. Qui deviendra empereur moghol de Dehli. Et qui adorait Kaboul au point d’y séjourner longuement...
Ce pays qui fait tant fantasmer l’Occident garde - fort heureusement - encore de très nombreux vestiges des monuments laissés par les différentes civilisations qui s’y sont succédé. Grecque. Kouchân. Bouddhiste. Hindousite. Seljoukide. Timouride. Safavide. Moghole... Puis, à partir de 1747, le règne des rois afghans s’implante durablement. Ainsi, l’art du Gândhârâ, issu de la rencontre des représentations bouddhistes et de l’art grec, a donné naissance à un style hybride. Mais qui n’en a pas moins révélé d’authentiques chefs-d’œuvre à l’originalité incomparable.
Ce très très beau livre recense des monuments millénaires. Présentés de manière totalement inédite par le souci d’exhaustivité de l’auteur. En effet, Bernard Dupaigne s’appuie sur les travaux d’archéologues internationaux réalisés depuis plus d’un siècle. Illustrée de nombreuses photographies d’époque mais aussi d’estampes et de dessins, d’archives muséales, cette enquête sur l’un des plus vieux pays du monde est fascinante. On suit à la trace l’évolution et les avatars - destructions, reconstructions, re-destructions... etc. - de ces œuvres depuis les premiers relevés architecturaux jusqu’à aujourd’hui. Plusieurs témoignages attestent l’historiographie : Croisière Jaune, Elsa Maillart, Alfred Foucher, Jules Barthoux, Roman Ghirshman...
Ce livre, cadeau idéal, met en valeur le splendide patrimoine afghan. Il illumine d’un regard neuf ce jeu des influences culturelles qu’il a subies. Ce métissage incessant. Ce brassage des hommes et de leurs valeurs, de leurs idéaux matérialisés pour notre plus grand plaisir de voyeurs impénitents... Mais il est aussi un cri d’alarme face à la fragilité de ces trésors. Et un appel à leur imminente protection. Car ils sont lieux de mémoire du peuple afghan. Mais aussi trace ultime d’un monde perdu. Donc indispensable pour permettre à ce pays meurtri de parvenir à se reconstruire dans la lumière de ses racines...
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