Parfois je me demande comment faire comprendre aux gens que le manga ne se limite pas aux aventures de Dragonball, pas plus que la BD franco-belge ne se borne à celles de Lanfeust de Troy. Mushishi (littéralement "Maître des insectes") est la série idéale pour casser ce genre de préjugés !
Les mushi sont des formes de vie primitive à l’origine d’autres formes de vie. Certains de ces organismes vivent indépendamment des humains, d’autres les colonisent pour leur propre survie. Ginko, un chasseur de mushi (un mushishi !) au savoir étrange, sillonne le Japon pour aider les populations à vivre en harmonie avec ces mystérieux éléments.
Sous forme de petites histoires (cinq par tomes), Mushishi revisite le folklore japonais traditionnel avec des titres qui pourraient initier quelques haiku : "La lumière sous les paupières", "Du blanc dans la pierre à encre", "Le bruissement de l’herbe foulée". Parfois dures, toujours poétiques, ces nouvelles en disent long sur la nature humaine, la solitude, la différence, l’entraide ou la mise à l’écart, la cupidité, l’amour. Une palette de sentiments subtils et complexes, échappant avec élégance à toute forme de caricature, pour toucher au plus juste. Certaines de ces histoires dévoilent peu à peu le passé de Ginko et ses curieux comportements : comment il a perdu son œil, pourquoi il fume...
Les dessins sont atypiques et aériens, jouant beaucoup sur les contrastes grâce à la technique du clair-obscur, et les quelques planches en couleur sont absolument magnifiques. Les couvertures peintes à l’aquarelle et sans encrage détonent agréablement du reste de la production éditoriale environnante. L’adaptation en animé est un petit bijou de poésie, mais elle n’a pas encore reçu de licence pour une exploitation en France. Heureusement, il nous reste les cinq tomes déjà parus chez Kana pour retrouver l’ambiance feutrée de ce manga de grande qualité !
À lire Mushishi, il est donc bien difficile de croire que la jeune mangaka Yuki Urushibara n’en est qu’à son coup d’essai ! Ce manga a d’ailleurs déjà reçu de nombreuses récompenses dont le Prix d’Excellence du Festival japonais des Média d’Arts en 2003.
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