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Une soirée très littéraire

Enthousiasme à l’annonce d’une mission proposée par lelitteraire.com : rendre compte de la remise du prix Wepler, le lundi 12 novembre. L’idée de la nouveauté que représente cette expérience littéraire semble l’occasion rêvée de rencontrer auteurs, éditeurs et libraires parisiens. Deux places en poche, nous nous préparons à assister à la remise du prix, qui fête d’ailleurs ses dix ans et s’annonce alors, comme le suggère le carton d’invitation, une soirée incontournable réunissant le Tout-Montmartre.

Après les premières émotions liées à cette proposition inattendue, il a fallu nous renseigner sur ce qu’était ce "prix Wepler", dont le nom se complète d’un oripeau surprenant : Fondation La Poste. Et que venait faire dans cette histoire la brasserie Wepler, du même nom que ce prix ? Dans le fond, ce prix n’était-il pas une énième récompense venant s’ajouter aux autres et ne témoignant de son existence que par un bandeau rouge encerclant un livre sur les tables des libraires déjà encombrées ? N’était-ce qu’un prix littéraire de plus alors que résonnent encore les éternelles polémiques sur la valeur des prix et la légitimité des jurés ? La mission à nous confiée par lelitteraire.com était plus compliquée qu’il ne semblait, et bien que séduisante, elle allait nous demander une enquête approfondie. Avant de répondre à ces questions qui nous hantaient, il fallait assister à la remise du prix.

Arrivées place Clichy nous nous sommes d’abord dirigées vers l’immense façade du cinéma Pathé-Wepler. Une fois installées dans les confortables fauteuils rouges d’une des grandes salles obscures, une coupe de champagne à la main et le cœur battant d’avoir "presque" aperçu Antoine Gallimard au détour d’un couloir, il se forme tout autour de nous un curieux et sympathique dialogue entre des comédiens, installés parmi les spectateurs. Ils déclament des "recettes littéraires", sortes de poèmes surréalistes élaborés par les dix lauréats du prix et fil rouge de la soirée. Un petit film revenant sur les liens de Montmartre et de la littérature conclut cette agréable mise en bouche.

Nous rejoignons ensuite la brasserie Wepler. Une foule littéraire et affamée s’y pressait déjà et, chroniqueuses de petite taille, nous avons eu bien du mal à nous frayer un chemin entre les embrassades et les retrouvailles bruyantes du Tout-Montmartre ici rassemblé. L’attraction principale, l’œil du cyclone au milieu de la brasserie, était bien entendu Bertrand Delanoë, entouré de journalistes, de photographes et de curieux. Il venait témoigner de sa fidélité au prix Wepler et à l’organisatrice de ce dernier, Marie-Rose Guarniéri.
 
Quand les principaux organisateurs du prix se réunissent sur l’estrade, accompagné d’un jury composé essentiellement de femmes, la foule se fait plus dense. Bertrand Delanoë, encadré par deux danseuses du Moulin Rouge, rend hommage au prix et à la démarche de la fondatrice de la librairie des Abesses qui, par le prix Wepler, réactualise les profonds liens qui unissent la littérature et le 18e arrondissement de Paris. Se succèdent ensuite au micro Jean-Paul Bailly et Dominique Blanchecotte de la Fondation La Poste, Marie-Rose Guarniéri et Michel Bessières, propriétaire de la brasserie.

Chacun à sa manière met en avant le travail effectué pendant dix ans par Marie-Rose Guarniéri et les différents jurys. Au fil du temps, le prix s’est attaché avec une grande constance à récompenser une littérature contemporaine exigeante qui a su trouver son public. Mais l’heure du verdict approche et l’assemblée frémit quand un des membres du jury annonce la sélection 2007.
C’est Olivia Rosenthal qui obtient le prix avec son roman On n’est pas là pour disparaître paru aux éditions Verticales. La mention spéciale du jury revient quant à elle à Louises Desbrusses avec Couronnes boucliers armures, paru chez P.O.L. Sous le crépitement des flashes les deux lauréates, très émues, se succèdent au micro pour parler du prix Wepler et évoquer le travail d’écrivain. Ensuite les embrassades reprennent de plus belles et pour trouver une contenance, nous qui n’avons que peu de gens à embrasser, nous courons après des plateaux d’huîtres de qualité estampillée Wepler et repartons, au son des platines de la romancières Anne Caretta, heureuses et montmartroises. Cette soirée restera pour nous une sorte de "bal des débutantes" du prix littéraire...

Dix ans de prix Wepler

Malgré toutes ces émotions, un peu mondaines il faut l’avouer, il nous faut revenir à l’essentiel c’est-à-dire à l’objet même du prix Wepler, son originalité et son utilité dans le paysage des récompenses littéraires françaises. Marie-Rose Guarniéri, difficilement abordable pendant la soirée de cérémonie, a eu la gentillesse de nous accueillir une semaine plus tard dans le calme de sa jolie boutique, la librairie des Abbesses. L’entretien s’est déroulé entre les livres et les allées et venues des clients.
C’est au moment où elle a ouvert sa librairie montmartroise que Marie-Rose Guarniéri, après quinze ans d’expérience dans le métier, a senti que le moment était venu de prendre la parole et de s’engager dans le milieu littéraire. Elle crée donc le prix Wepler grâce à l’appui de la Fondation La Poste et en collaboration avec la brasserie dont le prix porte le nom. Ce dernier fête aujourd’hui ses dix ans et, pour l’occasion, ce sont tous les primés des années précédentes qui se sont réunis autour de cette sélection 2007. Le temps passe mais les liens ne se délitent pas, au contraire : ils ont en effet contribué à l’écriture de recettes secrètes, véritables surprises graphiques qui sont la meilleure démonstration que ce prix littéraire ne consacre pas l’instant, mais la durée. En effet, le travail de fond du libraire est de soutenir ces auteurs dans le temps et de les fidéliser. Même s’ils reçoivent une somme conséquente (10 000 euros pour le premier prix et 3 000 pour la mention spéciale), Marie-Rose Guarniéri insiste : ce sont bien les auteurs dotent le prix et non l’inverse.

Inventer quelque chose là où tout semblait figé. 

Malgré les sept cents romans publiés à chaque rentrée littéraire, seule une dizaine d’ouvrages et d’auteurs sont mis en avant et sont primés par les grandes institutions, telles le Goncourt, le Renaudot ou encore le Femina. Partant de ce constat paradoxal, le prix Wepler cherche à élargir le spectre. Pourquoi coller au goût ? Pourquoi s’occuper des livres que tout le monde sait vendre ? Le prix Wepler tranche et place véritablement au cœur du débat la littérature, parfois presque oubliée dans ces querelles d’initiés. Une particularité de taille : un jury renouvelé tous les ans. Les interférences sont ainsi évitées puisque se succèdent à chaque fois des professionnels et des amateurs. Ce groupe se constitue au gré des rencontres et des recommandations variées. Marie-Rose participe tout de même, tous les ans mais contrairement aux autres présidents de jury de prix, elle n’a pas de double voix.

Sélection des livres

Le mode de sélection des livres a lui aussi été bousculé. Dès les prémisses de la rentrée littéraire, les responsables du prix impliquent les éditeurs. Ce sont eux qui enverront une large sélection de livres susceptibles de correspondre à l’image exigeante du prix Wepler. Les jurés sont également force de proposition : c’est un long travail plurifactoriel de prospection qui aboutit à l’envoi de cent vingt livres, en moyenne, à chacun des membres du jury. Puis, au fur et à mesure de l’été et des réunions, le jury affine la sélection, jusqu’à n’en garder que dix. La comparaison avec le livre Inter est-elle pertinente ? En effet, ce prix n’est-il pas décerné par un jury renouvelé tous les ans ? Si ! Néanmoins Marie-Rose précise, malicieusement, que les jurés sont tous des amateurs et doivent choisir parmi une présélection établie par la personnalité qui parraine le prix et par des professionnels.

Quel est l’impact de ce prix ?

Certes éloigné des préoccupations commerciales, le prix entraîne pourtant une augmentation des ventes estimée entre 2000 et 4000 exemplaires. Mais plus que cette hausse, c’est la valeur symbolique du prix qui importe. Les auteurs sont d’ailleurs fiers de l’obtenir. Parler de nombre de tirage, c’est oublier la philosophie du prix Wepler. Marie-Rose nous rappelle à cet égard une anecdote. Jean Genet, après avoir volé un livre, a rétorqué à la question, "connais-tu le prix de ce livre ?" : "Je n’en connais pas le prix mais j’en connais la valeur." Les effets indirects du prix existent : depuis quelques semaines, les papiers sur Olivia Rosenthal s’accumulent, dans les journaux comme sur la toile.

Les valeurs défendues par le prix sont à l’image de la librairie de Marie-Rose : rouge, comme la résistance, l’audace et l’exigence intellectuelle de la butte Montmartre, lieu symbolique et alternatif de l’histoire littéraire parisienne, loin de la sphère germanopratine. Le prix Wepler porte le nom de la célèbre brasserie de la place Clichy, lieu littéraire par excellence, qui place ce prix sous le patronage prestigieux des Vian, Prévert et autres Henry Miller.
Nous ressortons de cet entretien passionnant avides de littérature et curieuses de pouvoir lire, enfin, les livres d’Olivia Rosenthal et Louise Desbrusses...



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Mathilde PitonLéonore Dauzier, le 10 décembre 2007 - article3160.html

 Prix Wepler-Fondation La Poste 2007 : Olivia Rosenthal, On n’est pas là pour disparaître, Verticales, août 2007, 215 p. - 16,50 €.
 Mention spéciale du jury : Louise Desbrusses, Couronnes, boucliers, armures, P.O.L., août 2007, 178 p. - 16,00 €.
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