
|
 |
|
Une ville sonne comme un rêve. Tanger. Sise entre Europe et Afrique. Écartelée entre l’Atlantique et la Méditerranée. Fille du vent et des plaisirs. Sexe et drogue ont toujours attiré une faune hétéroclite. Écrivains paumés, peintres allumés, aventuriers ruinés, hommes d’affaires véreux... Mais Tanger c’est aussi l’un des plus beaux rivages du monde. Un détroit magnifique mais terriblement fréquenté. Une lumière éclatante et changeante. Une ville instable aussi, fuyante toujours. Un mythe littéraire. Du soufre dans les veines, des venelles ombragées, une histoire millénaire. Un capharnaüm. Une ville disparate mais luxuriante. Une cité phare mais menacée par la démographie galopante. Un patrimoine architectural et historique mais une gabegie dans les services archéologiques, si bien que tout va à vau-l’eau... Tanger rend triste, on sent le capitalisme galopant. On en oublie Bowles et Delacroix. On pense au projet de port pharaonique et on efface Matisse qui découvrit la ville en 1832. Et qui y puisa une force nouvelle.
Tanger est un mirage. Une ville dangereuse et colorée. Une fête pour l’œil mais un frisson pour la raison. Ville de Dieu (mais lequel ?) et ville cosmopolite. Lieu de fracture et de rencontre. Ville frontière, lieu paradoxal d’attraction et de répulsion. Les touristes du nord viennent y chercher un exotisme invraisemblable et des mythes improbables. Ceux du sud viennent y brûler leurs papiers pour commencer une nouvelle vie d’exil. Mais le miracle n’a pas lieu. Tout se consume alors, le ciel embrasé, les cœurs désespérés, les esprits échauffés...
Mohamed Métalsi est le directeur des actions culturelles de l’Institut du monde arabe. Il est aussi historien de l’art. Il nous entraîne sur les traces du mythe. Et nous plonge dans la réalité. Son texte porté par les très belles photographies de Jean-Baptiste Leroux, spécialiste d’architecture, de paysages et de jardins. En quelques images il nous démontre que Tanger est bien le condensateur spatial de l’histoire. La preuve que le paradoxe est parfois plus faste qu’il n’y paraît. Que la violence de l’histoire du détroit est aussi le reflet de l’extraordinaire croisement des flux de tout genre. Que Tanger sera toujours fille des influences pléthoriques. Reflet d’une image sibylline et multiple. Impossible à déchiffrer et à comprendre. La Porte du Maroc suscite passion et fantasmes car elle s’est nourrie de son histoire et de sa situation géographique.
Tanger incarne sa légende dans les méandres de l’histoire des hommes, et surtout celle des occupants, des Phéniciens aux Français, en passant par les Arabes et les Espagnols. Histoire qui s’insère dans les replis alambiqués de la médina, dans les turpitudes urbaines qui mêlent styles art déco et hispano-mauresque. C’est le triomphe du désordre. L’apothéose de l’éclectisme.
Il y a 2834 signes dans cet article. |
| Mohamed Métalsi, Tanger, photographies de Jean-Baptiste Leroux, coll. "Malika", 24 x 30 cm, 120 photographies couleurs, 2 plans, chronologie, coédition Malika / Imprimerie Nationale Editions, novembre 2007, 204 p. - 59,00 € |
©2004-2010 LELITTERAIRE.COM.
Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (texte, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par lelitteraire.com. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, transmise, rediffusée, traduite, vendue, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de La Rédaction. |
|
Envoyer l'article à un ami
Imprimer cet article
Version PDF
|
|
|
|
|
|
| Les articles les plus consultés |
|