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Pôle noir
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Les éditions Rivages poursuivent la réédition de l’œuvre de Donald Westlake dans des traductions revues et complétées. Il faut bien le dire, à une certaine époque, les traducteurs, sur la demande d’éditeurs qui voulaient des ouvrages calibrés - entendez par là qu’il leur fallait un certain nombre de pages - n’hésitaient pas à couper dans le vif du sujet avec pour fâcheuse conséquence des romans parfois amputés jusqu’au tiers de leur version originale.

Dans Personne n’est parfait, Dortmunder - le cambrioleur que la poisse ne quitte pas et qui ne peut se débarrasser de son ombre, son alter ego, Andy Kelp, une autre espèce de poissard - Dortmunder, donc, connaît de nouvelles péripéties. Donald Westlake est un écrivain diablotin. À chaque page d’un de ses romans on se dit qu’il ne va pas oser, qu’il ne va pas faire sombrer ses protagonistes dans l’absurde et la bouffonnerie. Eh bien, en fait, il use d’un autre contre-pied et va encore et toujours plus loin que ce à quoi on s’attendait ! C’est sûrement un hasard, mais ce roman intègre la collection avec le numéro 666. Le chiffre de la bête, du mal, du Diable. Force est de constater que le Diable a partie prenante dans cette histoires tant les embrouilles vont succéder aux embrouilles dans un roman où tout amateur de Donald Westlake sera comme chez lui.

J’admets, cher Maître, que vous avez fait naître un doute dans les esprits, quant au bien-fondé de l’accusation même si, dans mon esprit, un doute subsiste quant au bien-fondé de vos assertions... Non-lieu ! C’est par ces propos que le juge Léonard Blick prononce la relaxe pour le prévenu Dortmunder. Non pas que le célèbre avocat J. Radcliffe Stonewiler ait été impressionnant dans sa démonstration, mais pour un magistrat à New York depuis douze ans, sept mois et neuf jours dont la dernière affaire à avoir suscité une quelconque surprise dans le prétoire remontait à douze ans, sept mois et trois jours, la plaidoirie de l’avocat tient de la gageure et mérite son estime. Pour Dortmunder, en revanche, elle sonne le glas de sa tranquillité.

Dortmunder doit contacter un certain Chauncey qui veut que l’on organise le cambriolage des étages de sa maison pendant qu’avec ses invités il se trouvera au rez-de-chaussée. Pourquoi ? Pour escroquer encore une fois les compagnies d’assurance avec le vol puis la restitution de La Folie conduisant l’homme à la ruine, de Veenbes. En apparence, l’histoire semble simple. En apparence seulement. Pour s’assurer de la loyauté de Dortmunder, Chauncey a contacté un tueur à gages chargé de le surveiller. Les vigiles en place dans sa maison n’en font qu’à leur tête pour retrouver les bonnes grâces de leur supérieur. Les invités sont odieux entre eux et certains se précipitent vers un ascenseur qui devrait être immobilisé. Et, enfin, une bande d’Écossais en vient aux mains dans ce qui va très vite s’apparenter à un match de rugby où le ballon sera une certaine toile enroulée. La toile disparaît pendant que Dortmunder est bloqué dans une cage d’ascenseur. De quoi le préoccuper. Son espérance de vie est de six mois : le temps que la compagnie d’assurance accepte de dédommager Chauncey.

Personne n’est parfait est un classique de Donald Westlake. Les rebondissements s’enchaînent à très grande vitesse. Dortmunder aura au moins le plaisir, dans cet épisode, de passer quelques vacances bien méritées avec sa femme de toujours, May. Qui a dit qu’être cambrioleur était un métier de tout repos ?



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Julien Védrenne, le 31 décembre 2007 - article3145.html
Donald Westlake, Personne n’est parfait (traduit de l’américain par Henri Collard), Rivages coll. "noir" (n° 666), novembre 2007, 352 p. - 10,50 €.
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