En dehors de moi, personne ici - je dis bien PERSONNE, et cela inclut le bureau du président et la vice-présidente chargée de la recherche et du développement - ne doit connaître l’existence et les caractéristiques de ce patient. À aucun moment il ne doit être fait référence explicite à son nom ou à son statut de "patient 00". Désormais, vous devrez uniquement le désigner par son numéro de dossier simplifié. Il sera le Numéro 7.
Eddie Dante est un pilote d’hélicoptère qui vend ses services en Afrique. Chargé de convoyer un homme important de WOPharma, une puissante compagnie pharmaceutique, il tombe dans une embuscade menée par la guérilla. L’homme est mortellement touché. Eddie Dante sombre dans l’inconscience. Il est alors recueilli par une jeune infirmière, puis transporté dans une mine aux nombreuses galeries. Dans cette mine, ses employeurs procèdent à des tests pour découvrir un vaccin contre le Sida. En toute légalité, ça va de soi. Il est enfermé et neutralisé. Pour deux raisons essentielles. Lui seul sait où se trouvent les documents ultraconfidentiels que détenait l’homme qu’il convoyait et, plus que tout, son organisme crée des anticorps au VIH, lui qui l’a contracté il y a bientôt trente ans ! Eddie Dante devient alors le Numéro 7.
Pendant ce temps, au siège de WOPharma, les luttes d’influence sont plus fortes que jamais. La multinationale prépare son grand congrès de "prospective thérapeutique". Le Numéro 1 doit annoncer son retrait des affaires. Ses successeurs potentiels, tous deux sous-directeurs, combattent avec leurs propres armes. Ils sont les Numéros 2 bis. L’un d’entre eux est une femme et, bien entendu, la maîtresse du Numéro 1. L’autre doit amener sa surprise, le Numéro 7, lors du congrès qui se déroulera au Pays de Galles, dans le petit village de Portmeirion, celui-là même qui a servi de décor à la série britannique Le Prisonnier.
Le Prisonnier, justement, il en est aussi question dans les discussions enragées que tiennent Alice dite WonderAlice91 et BruceG66 sur MSN. Alice passe un week-end en solitaire. Son père et sa belle-mère travaillent. A priori dans la recherche pharmacologique. Elle, sur les conseils de BruceG66 visionne l’intégralité de la série, la décortique et l’étudie pour un dossier de collège. Alice se met même sur la liste pour gagner une des trente-quatre invitations tirées au sort pour participer à la manifestation en l’honneur des 40 ans du Prisonnier. Alice est une romancière dans l’âme qui s’alimente de ce qu’elle découvre sur la Toile mais aussi dans les dossiers de ses parents. Et ce qu’elle a trouvé la dérange, mais elle n’ose en parler. D’autant qu’elle ne sait pas si c’est l’œuvre de son père ou de sa balle-mère.
Toutes ces personnes vont se retrouver à Portmeirion pour une soirée déguisée de gala où vont se révéler les tenants et les aboutissants d’une sombre machination créée de toute pièce par WOPharma, multinationale qui n’hésite pas à écraser ceux qui se mettent en travers de son chemin.
Comme à son habitude, Martin Winckler s’appuie sur sa connaissance des séries anglo-saxonnes. Ce roman est un hommage brillant à la série Le Prisonnier. Bien sûr, il n’est pas nécessaire de l’avoir vue. Martin Winckler est l’œil de la série qu’il explique, décortique, pour mieux nous la présenter. Il ne faut pas se voiler la face : Winckler aime cette série et le but principal de ce roman est de partager cet engouement avec ses lecteurs. Et, qui sait ? d’amener certains d’entre eux à voir et revoir les épisodes de cette série culte des années 60.
Comme toujours, Martin Winckler fait ici intervenir le docteur Sachs qui a assuré sa notoriété d’écrivain dont La Maladie de Sachs, deuxième ouvrage de la "trilogie Sachs" avait reçu le prix Inter 98. Martin Winckler en profite aussi pour régler ses comptes avec une radio qui lui a retiré une chronique quotidienne au lendemain de ce qu’elle a considéré comme un impair. Le tout dans un roman d’investigation où la fiction finit par dépasser la réalité avec une question angoissante et oppressante : et si tout cela était vrai ?
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