Vers quels Jeux Olympiques ?
Vous savez tous que 2008 sera l’année des Jeux. Ceux de Pékin. Dans la Chine communiste qui est aussi la reine du libéralisme. Un grand écart qui ne se matérialise pas seulement dans le commerce. Toute la Chine prend l’eau. Le ver est dans le fruit. Le scandale est aux portes du parti unique. Il n’y a plus rien de communiste au pays du milieu !
À commencer par l’évolution des mœurs. Et du mode de vie. Donc aussi du monde d’occire son prochain. Et on connaissait déjà l’inventivité des tortures chinoises d’antan. Rassurez-vous, les assassins modernes sont dignes de leurs aïeux. Mais c’est compter sans la ténacité de Li, chef du bureau d’investigation. Brigade criminelle. L’as des as... Quand Li piste sa proie, rien ne l’arrête. Pas même l’appareil administratif. Et en Chine, il a son importance.
Peter May continue sa folle aventure. Avant-dernier opus de sa série chinoise, ce roman haletant pénètre les arcanes du sport de haut niveau. À quelques mois des Jeux l’on y apprend l’envers du décor. La quête de performances. La méthode pour y arriver. Qui rêve d’une médaille devra se doper. Désormais les produits sont indécelables. Sauf exception. Sauf biologiste à l’œil malin qui ira chercher là où personne ne pense pouvoir trouver trace du délit.
On retrouve ici avec plaisir les deux personnages principaux. Le docteur Margaret Campbell, pathologiste de renom, qui a enfin réussi à vaincre ses démons. Elle a démissionné de sa faculté américaine pour venir vivre le grand amour avec le commissaire Li. Elle est enceinte. Et ils ne sont toujours pas mariés. Vivant chacun de leur côté en attendant le jour de pouvoir officialiser. La Chine d’aujourd’hui est à la pointe du progrès mais demeure hantée par ses traditions. Mais Li n’aura pas le temps de s’apitoyer. Un nageur est retrouvé pendu sous le plongeoir. Un haltérophile coincé comme un vulgaire chien dans le vagin de sa partenaire alors qu’il a trépassé depuis plus d’une heure. Trois coureurs de relais décédés dans un accident de voiture. Une loi des séries qui n’autorise pas à se laisser classer sans suite. Sont-ils bien morts de façon naturelle, à cause d’un épaississement des artérioles ? Ou cela est-il dû à l’absorption d’un produit stimulant ? Et pourquoi ont-ils tous le crâne rasé ? Li devine derrière tout cela l’ombre du Comité Olympique. Puis des laboratoires qui s’impliquent dans la préparation des athlètes. Puis l’enjeu financier d’une victoire. Et la catastrophe économique d’une défaite...
Malgré un style cartésien ce thriller est captivant. Il informe sur les arcanes du système chinois. Peter May sait y faire : ancien scénariste de la télévision écossaise, il connaît la musique. Détails de la ville où se croisent histoire et modernité. Coutumes et codes de la vie chinoise. Procédures administratives, tout y passe. L’atmosphère est réelle, on s’y croirait.
L’argent et le sport n’ont jamais fait bon ménage. Ni aux USA, ni en Europe. Et encore moins en Chine. Bravant les interdits de sa hiérachie, Li va devoir lutter seul. Il remontera le fil rouge. Un prétexte finement construit qui permet à Peter May de dénoncer le sport spectacle. Seule la victoire est belle. Mais la vie d’un homme en vaut-elle la chandelle ? La performance à tout prix n’apporte rien si la lutte est inégale. Et les sponsors ne sont pas les coureurs. Quand on sait que les finales de natation qui se dérouleront à Pékin auront lieu tôt le matin pour permettre aux chaînes américaines de diffusés en prime time, on aura compris dans quelle boue patauge désormais le sport de haut niveau. On lira avec d’autant plus de plaisir cette aventure. Et on comprendra pourquoi rien n’arrêtera cette dérive. Puisque les hommes sont devenus des marchandises. Un torse avec un logo. Un produit avec un slogan.
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