
FMR : trois lettres dont l’écho phonétique en français fait entendre l’instant, le peu que dure un clin d’œil ou la fuite muette d’une seconde. Trois lettres qui, frottées l’une à l’autre, émettent une vibration singulière, un son entre silence et caresse soyeuse. Trois lettres majuscules résumant par ses initiales le nom d’un aristocrate de Parme passionné d’art typographique, Franco Maria Ricci qui, en 1964, se lançait dans l’édition afin de réimprimer le Manuale tipografico de Bodoni. Ainsi débutait l’étonnante histoire d’une maison vouée à la fabrication d’ouvrages luxueux par leur facture - à l’ancienne, dans la plus pure tradition des maîtres artisans de jadis, à partir des matériaux les plus nobles - et l’extrême qualité de leur réalisation, prestigieux par leurs thèmes et leurs auteurs. Grands écrivains d’hier et d’aujourd’hui, artistes de renom, textes mythiques de la littérature mondiale, villes ou sites remarquables du patrimoine italien et européen... voilà, sans trop entrer dans les détails, ce que l’on trouve dans le catalogue des éditions FMR, maison dont la "ligne" pourrait tenir en ces deux mots : Arts et Culture. Deux termes soudés par un credo plus large : le culte du Beau, sous ses formes classiques ou inattendues, surprenantes, mal connues - voire mal acceptées. Un Beau polymorphe donc, mais aussi polysensuel qui ne se borne pas à charmer l’œil ; il faut humer un livre FMR, caresser ses plats de couverture et ses pages pour vivre pleinement l’expérience esthétique qu’est sa lecture. Au fil des publications s’est ainsi dessiné l’univers FMR, raffiné, luxueux, érudit.

En 1982, raconte Flaminio Gualdoni dans son "Histoire de FMR" - à lire dans le numéro spécial publié à l’occasion de ce 25e anniversaire et dont le sommaire détaillé figure en fin d’article - s’impose la conviction que le "monde FMR" peut et doit devenir une revue dont le but sera de donner une voix et des yeux aux "chefs-d’œuvres égarés dans le désert de la consommation et relégués dans les réserves de la muséographie" - une mission qu’elle remplit sans désemparer depuis un quart de siècle, toujours avec la même élégance, la même distinction, le même soin méticuleux apporté au choix des sujets et des contributeurs. Ces règles de conduite rigoureuses ont motivé diverses évolutions au cours des années. Et en mars dernier, justement pour marquer ce vingt-cinquième anniversaire, d’autres modifications étaient inaugurées dans le numéro 17. Mais célébrer une étape aussi cruciale dans la vie de la revue méritait davantage...
De fait, l’événement organisé en l’honneur de cet anniversaire fut bien plus qu’une brillante soirée "champagne-et-petits-fours" : tout avait été pensé pour coller au plus près à "l’esprit FMR". Le lieu d’abord : la réception se déroula à l’École nationale des Beaux-Arts de Paris, dans l’église du couvent des Petits-Augustins - désormais musée de copies de la Renaissance italienne et française : le cadre n’eût pu être mieux adapté aux circonstances. Et encore l’endroit n’avait-il pas seulement été aménagé pour accuellir buffets, vestiaires et autres installations nécessaires aux réjouissances : de très savants éclairages colorés avaient été mis en place qui, entre bleu et or, tel un ciel crépusculaire, plongeaient l’église dans une ambiance onirique. Des ombres démultipliées dansaient autour des corps en mouvement, des noirs profonds étaient projetés à l’entour des figures en relief accrochées aux parois qui semblaient alors ceintes de leurs fantômes... Une atmosphère indescriptible sauf à avoir la plume proustienne et à savoir transformer en marine impressionniste une salle de restaurant bondée vue à travers une vitre.
L’onirisme ambiant était renforcé par des écrans où défilait en boucles ininterrompues un film promotionnel constitué d’un montage visuel à l’admirable fluidité - slogans, images fixes ou animées glissent les uns sur les autres, se fondent, se détachent et tournoient au rythme d’une musique elle aussi fluide comme un ru filant entre les rochers... On ne peut le quitter des yeux qu’à grand-peine tant ce film exerce dès le premier regard une puissante et hypnotique fascination. Voyez donc par vous-même : le film est visible sur le site des éditions FMR à partir de ce lien-là...
Que comprendrait-on à la revue sans s’approcher des livres FMR ? Les plus remarquables d’entre eux avaient été exposés dans la "chapelle des louanges" sur des tables recouvertes de nappes blanches, tels des seigneurs en majesté. Parmi eux, la somptueuse anthologie de textes consacrés au rêve, Sogni - Omaggio a Jorge Luis Borges, présentée de manière à ce que figurât derrière elle une copie de la Pietà de Michel-Ange, et les trois volumes, avec leur coffret, de la Bibliotheca Ioannes Paulus II...
Impressionnants ouvrages qui rappellent par leurs dimensions et leur reliure ces livres monumentaux aux plats de bois garnis de métaux précieux travaillés comme des bijoux, incrustés de pierreries. Des ouvrages que l’on n’osait toucher, alors qu’ils étaient grand ouverts sur leur lutrin, offerts à la consultation libre de quiconque voulait les feuilleter. La tentation était immense de les prendre en main mais, en même temps, les manipuler se ressentait comme une profanation et l’on eût souhaité que les doigts se fissent soupirs pour pouvoir satisfaire sa curiosité sans risquer de froisser les pages.
Il y a 14835 signes dans cet article.